
-Présidence de M. Jacques Larché, président
Source : Sénat
La commission a
procédé à une journée d'auditions publiques sur la proposition de loi n°
108 (1998-1999) relative au pacte civil de solidarité.
Au cours d'une première séance tenue dans la matinée, M. Jacques Larché,
président, a indiqué, en préambule, que la tenue de ces auditions publiques
marquait la volonté du Sénat d'aborder ce texte dans un climat différent de celui qui
avait prévalu à l'Assemblée nationale. Il a exprimé le souhait de la commission des
lois de se livrer à un examen juridique préalable approfondi des conséquences du texte
proposé, afin d'en mesurer pleinement les implications.
La commission a ensuite entendu Mme Irène Théry, sociologue, auteur du rapport
" couple, filiation et parenté aujourd'hui ", et M. Jean Hauser,
professeur de droit, auteur du rapport sur le pacte d'intérêt commun.
Mme Irène Théry a tout d'abord soulevé quelques grandes alternatives posées à
propos du débat sur le pacte civil de solidarité (PACS) : créer des droits à
partir de la réalité des situations de fait ou créer un contrat d'un nouveau
type ; mettre en place, par la voie du contrat, une nouvelle forme d'union juridique
ou un pacte d'entraide englobant toutes les formes de la solidarité ; désinstituer
ou non la différence des sexes en apportant une reconnaissance légale aux couples
homosexuels.
Elle a constaté que la proposition de loi présentée en octobre à l'Assemblée
nationale n'apportait pas de réponse évidente à ces différentes questions. Elle a
cependant estimé qu'une certaine clarification résultant des débats parlementaires
permettait désormais de définir le PACS comme un contrat, une nouvelle forme d'union
alternative au mariage, réservée aux couples mais indifférente au sexe, ouvrant de
nouveaux droits sociaux et fiscaux.
Puis elle a annoncé qu'elle avait choisi d'évoquer trois problèmes posés par cette
nouvelle forme juridique d'union du couple, à savoir le problème de l'union libre, celui
de l'égalité et, enfin, celui de la différence des sexes.
A propos du problème de l'union libre, Mme Irène Théry a considéré que la
polarisation du débat sur les rapports entre PACS et mariage avait conduit à ignorer la
réalité du développement des unions de fait qui concerne aujourd'hui cinq millions de
personnes vivant en union libre, 40 % des naissances ayant désormais lieu hors
mariage. Elle a jugé qu'ainsi était laissée pour compte la signification profonde du
concubinage contemporain, caractérisé dans l'immense majorité des cas par un choix
positif, revendiqué comme tel, d'un lien de couple strictement privé, les couples
hétérosexuels n'ayant jamais demandé la création d'une nouvelle forme d'union
juridique et les couples homosexuels souhaitant que leur union reste un engagement
purement privé étant probablement très nombreux.
Mme Irène Théry a déclaré que l'invention du PACS avait donc pour effet de
renvoyer l'union libre hors du droit et qu'il s'agissait paradoxalement d'une victoire
inattendue des partisans de l'" engagement " au sein du couple,
conduisant à disqualifier les concubins au détriment desquels on pouvait craindre un
recul des droits reconnus par la jurisprudence.
Elle a rappelé que les adversaires des concubins s'étaient rassemblés autour de la
formule " pas de droits sans devoirs " mais elle s'est interrogée sur
la signification de cette formule s'agissant des rapports des couples avec l'Etat et
notamment des droits sociaux et fiscaux. Elle a relevé que le droit social se fondait en
revanche sur la réalité des situations concrètes, la prise en considération de la
simple communauté de vie pouvant entraîner, par exemple, la suppression du bénéfice de
certaines prestations sociales.
Elle a considéré que l'approche retenue pénaliserait les concubins préférant l'union
libre au PACS, qui resteraient, en particulier, des étrangers l'un à l'autre au regard
de la fiscalité des successions, quelle qu'ait été la durée de leur union.
Abordant ensuite la question de l'égalité, Mme Irène Théry a regretté que l'on
ait souhaité mêler deux situations différentes, celle des couples hétérosexuels et
celle des couples homosexuels, en une formule définissant le PACS comme une union
s'adressant aux couples qui " ne peuvent ou ne veulent se marier ".
Elle a en effet estimé que cette formule avait finalement conduit à une inévitable
inégalité remettant en cause l'unicité du mariage civil. Constatant l'infériorité des
engagements et des droits ouverts par le PACS comparativement au mariage, notamment en
matière de successions, elle s'est interrogée sur l'intérêt pour la société
d'instituer un PACS limité à un contenu strictement matériel. Elle a fait observer
qu'une formule paraissant séduisante avait ainsi pour conséquence de prendre en otage
ceux qui ne veulent pas se marier par le désir d'union de ceux qui n'ont pas accès au
mariage, et ceux qui ne peuvent pas se marier par le mariage possible des autres. Elle a,
en outre, constaté qu'une inégalité fondamentale subsisterait, les couples homosexuels,
à la différence des autres couples, n'ayant accès qu'au seul PACS.
Elle a noté qu'en revanche le choix de certains pays d'organiser un partenariat
homosexuel spécifique permettait d'ouvrir aux homosexuels l'égalité totale concernant
la protection juridique du lien institué de couple, sans toutefois ouvrir l'adoption, ni
la procréation médicalement assistée.
Enfin, à propos de la différence des sexes, Mme Irène Théry, se référant à
un universalisme à la française, a jugé paradoxal, au moment où une réforme sur la
parité proposait d'instituer la différence des sexes au coeur de la citoyenneté là où
elle n'avait pas lieu d'être, que le PACS propose de la nier là où elle avait lieu
d'être.
Elle a rappelé que le problème de la différence des sexes concernait tant les
hétérosexuels que les homosexuels car toute relation sexuelle ou amoureuse s'inscrivait
à sa façon dans la symbolique du masculin et du féminin.
En conclusion, elle s'est demandée si les conséquences du déni du masculin et du
féminin à travers un PACS limité à une union juridique entre deux personnes avaient
été suffisamment pesées.
En réponse à une interrogation de M. Jacques Larché, président,
Mme Irène Théry a précisé que si les naissances hors mariage
représentaient plus de la moitié des premières naissances, elles ne concernaient en
revanche que le quart des secondes naissances.
Répondant ensuite aux questions de M. Patrice Gélard, rapporteur, elle
a estimé qu'il n'était pas possible de définir le concubinage, situation de fait, dans
le code civil mais qu'en revanche il était possible d'y introduire un article tendant à
préciser que le concubinage s'appréhende par la possession d'état de couple, que les
concubins soient ou non de sexe différent.
A propos de l'idée d'un " mariage " homosexuel, elle a rappelé que
de nombreux pays avaient institué des contrats de partenariat, mais que certaines
associations homosexuelles ne s'y étaient pas déclarées favorables, préférant l'union
libre à l'union instituée. Elle a considéré qu'une législation sur le concubinage
n'interdirait pas d'envisager à l'avenir une évolution vers le mariage homosexuel alors
que l'instauration du PACS l'exclurait.
M. Jean Hauser, professeur de droit, auteur du rapport sur le pacte d'intérêt commun,
a tout d'abord indiqué qu'il était favorable à une intervention du législateur dans ce
domaine, compte tenu de l'accroissement constant du contentieux du concubinage.
Il a ensuite commenté article par article le texte de la proposition de loi adoptée par
l'Assemblée nationale.
S'agissant du texte proposé pour l'article 515-1 du code civil, il s'est interrogé sur
la nécessité de préciser que le PACS pouvait être conclu par des personnes de sexe
différent ou de même sexe dans la mesure où l'on s'inscrivait dans une logique
contractuelle.
Il a en outre souligné que la notion de " vie commune " pouvait avoir
trois significations : une communauté de résidence, une communauté de lit ou
encore une simple communauté patrimoniale.
A propos du texte proposé pour l'article 515-2 du code civil, il s'est demandé pourquoi
étaient reproduits des empêchements calqués sur le mariage pour organiser une simple
" vie commune ". Il a considéré que l'on créait ainsi des
empêchements sociaux que l'on avait justement cherché à écarter du droit du mariage au
profit des seuls empêchements biologiques liés à la procréation.
M. Jean Hauser s'est par ailleurs interrogé sur la nature juridique de la
déclaration écrite prévue par le texte proposé pour l'article 515-3 du code civil. Il
s'est notamment demandé si les règles de droit civil relatives au contrat seraient
applicables en cas de contentieux et s'il serait possible d'introduire des clauses
interdites dans le droit du mariage comme une clause de non-responsabilité ou une clause
pénale.
Concernant le texte proposé pour l'article 515-4 du code civil, il a évoqué le
problème de la portée de l'obligation d'aide mutuelle et matérielle imposée aux
partenaires liés par un PACS.
Au sujet des modalités de la déclaration et de ses modifications ultérieures, il a
regretté la complication du dispositif prévu, s'interrogeant notamment sur le juge
compétent en cas de contentieux.
A propos du texte proposé pour l'article 515-5 du code civil, il a considéré qu'il n'y
avait pas lieu de créer un régime d'indivision automatique et forcée qui serait plus
contraignant que le régime matrimonial de la communauté réduite aux acquêts, et qu'il
serait préférable de prévoir une simple présomption d'indivision sauf preuve
contraire.
Il a jugé inadaptée l'extension sans précaution des articles 832 et suivants du code
civil au PACS.
Au sujet du texte proposé pour l'article 515-8 du code civil, il a estimé qu'était
organisée une sorte d'état civil parallèle apparentant l'acte de déclaration à un
acte de mariage et s'est interrogé sur l'absence de sanction du défaut de déclaration.
M. Jean Hauser a enfin recensé un certain nombre de lacunes du texte proposé. Il
a en effet constaté que celui-ci ne traitait ni les incapacités, ni les libéralités,
ni les obligations alimentaires, ni les dommages et intérêts éventuels. Il a en outre
évoqué le devenir de ceux qui ne signeraient pas un PACS, soulignant que si la
jurisprudence continuait à appliquer les règles actuelles du concubinage, il pourrait
être plus intéressant de rester en dehors du PACS.
En conclusion, il a déploré que le texte ne se soit pas libéré d'un positionnement
négatif par rapport au mariage et n'ait pas donné de sens positif à la démarche,
" tout restant à faire" alors que les concubins auraient mérité mieux.
En réponse à une question de M. Patrice Gélard, rapporteur, sur
l'interdiction du PACS entre alliés, M. Jean Hauser a réaffirmé que la reprise
par l'Assemblée nationale d'empêchements démodés posait problème comme d'ailleurs
l'ensemble des interdictions prévues.
Il a également précisé qu'en l'absence d'opposabilité du PACS aux tiers, il
appartiendrait, le cas échéant, à ceux-ci de se prémunir en demandant aux intéressés
l'acte de déclaration.
Il a en outre souligné le manque de précision de la disposition prévoyant que les
partenaires régleraient eux-mêmes les modalités de leur séparation ou, qu'à défaut,
celle-ci serait réglée par le juge, le problème étant de savoir quel serait le juge
compétent et quelles règles il serait chargé d'appliquer. Il a considéré qu'il serait
révolutionnaire d'appliquer les règles contractuelles qui n'ont jusqu'ici jamais été
appliquées au concubinage par la jurisprudence.
Après avoir rappelé que le tribunal de grande instance avait une compétence générale
d'attribution, M. Robert Badinter a souhaité, au regard des risques
d'inflation contentieuse, que la commission puisse entendre un magistrat et un avocat
spécialisés dans le contentieux du droit de la famille.
M. Jacques Larché, président, a alors précisé que les auditions publiques
seraient complétées par d'autres auditions du rapporteur ou de la commission.
Faisant observer que la liberté des moeurs était désormais reconnue par le code pénal,
M. Guy Allouche a souligné la nécessité de prendre en compte une situation
nouvelle, fait de société indéniable, et a rappelé qu'il ne s'agissait encore que de
l'ouverture du chantier législatif sur ce sujet. Tout en souhaitant que l'on parvienne au
meilleur texte possible nonobstant les nombreuses difficultés énoncées par les deux
premiers intervenants, il s'est demandé si le mariage pouvait être décrit comme une
solution parfaite.
En réponse, M. Jean Hauser, constatant que les conditions d'élaboration du texte
n'avaient pas été entièrement satisfaisantes, s'est déclaré convaincu qu'il fallait
agir sans présupposé idéologique mais que ce sujet méritait un traitement plus
sérieux.
Mme Irène Théry, après avoir expliqué qu'elle avait retenu une approche
différente de celle de M. Jean Hauser, s'est déclarée en accord avec lui sur
l'impossibilité de séparer les grandes questions posées du détail du droit.
M. Robert Badinter a demandé à M. Jean Hauser si, à partir d'un
choix initial qui pourrait être la définition d'un statut de l'union libre, il serait
possible de parvenir à une cohérence juridique.
En réponse, celui-ci a estimé que l'on pourrait commencer par traiter la réalité
strictement patrimoniale du concubinage mise en évidence par le contentieux actuel, tout
en reconnaissant que cette démarche ne permettait pas de répondre à une demande d'ordre
symbolique et philosophique dont il était cependant difficile d'assumer les
conséquences.
La commission a ensuite procédé à l'audition de M. Guy Coq, philosophe et
de M. Eric Fassin, sociologue, professeur à l'école normale supérieure.
M. Guy Coq a tout d'abord indiqué que son intervention se situerait
essentiellement sur un plan philosophique et qu'il s'efforcerait de démontrer
l'illégitimité sociale du projet de loi.
Il a considéré que la société devait s'intéresser au couple et au mariage parce que
le couple avait potentiellement vocation à procréer, qu'il convenait de se préoccuper
de l'éducation des enfants à naître et que dans ces conditions l'existence des enfants
apparaissait comme le seul motif légitime de l'intervention du législateur.
M. Guy Coq a ensuite dénoncé les perversions que subiraient le principe
d'égalité et les droits de l'homme en général, relevant que le principe d'égalité ne
devait pas impliquer un régime juridique identique pour toute relation entre deux
personnes, citant en exemple l'impossibilité de considérer de la même manière la
relation établie par le mariage et celle résultant d'un contrat de commerce.
Constatant l'absence de prise en compte par la loi des relations d'amitié, M.
Guy Coq a souligné que la non-reconnaissance dans le code civil des couples
homosexuels ne traduisait pas un jugement moral.
Il a estimé que le vote de la proposition de loi sur le PACS déboucherait
nécessairement sur la reconnaissance du droit à l'adoption par les couples homosexuels.
M. Guy Coq a considéré qu'une loi privilégiant la commodité individuelle et
favorisant l'instabilité des couples serait préjudiciable aux enfants.
Il a estimé que le projet de loi serait de nature communautariste et anti-républicaine
car il s'agirait d'un texte dont seuls les homosexuels pourraient tirer avantage. Il a
ajouté que le texte impliquerait un droit à la répudiation.
M. Guy Coq, constatant que 6 millions de personnes vivaient
seules, a considéré que le progrès dans la justice consisterait non pas à privilégier
la minorité homosexuelle, mais à faciliter par exemple l'extension d'un contrat de bail
à deux personnes vivant ensemble, celui de faire bénéficier une autre personne de sa
propre protection sociale ou celui de pouvoir faire une donation à fiscalité réduite à
une personne déterminée.
M. Guy Coq considérant que les conséquences du texte proposé avaient été
mal étudiées et que le débat était faussé par une
" diabolisation " des opposants à la proposition de loi, a invité
les parlementaires à voter en conscience à l'issue d'un débat serein.
Enfin, il a relevé que si la Constitution concernait la sphère politique de la
société, il n'y avait pas de garanties juridiques pour protéger les principes non
écrits de toute société humaine.
Puis, la commission a entendu M. Eric Fassin, sociologue, professeur à l'école
normale supérieure.
Indiquant qu'il intervenait en faveur du principe du PACS en dépit des incohérences et
des insuffisances du texte proposé, M. Eric Fassin a d'abord considéré que dans
le débat sur la proposition de loi, la ligne de partage ne se situait plus entre ceux qui
se déclaraient favorables au texte et ceux qui y étaient hostiles, mais plutôt entre
ceux pour qui le PACS permettrait ensuite d'aller au-delà et ceux pour qui il convenait
de maintenir les principes de base sur lesquels notre vie sociale est fondée.
M. Eric Fassin a exposé que dans les années 1980 le législateur avait
avancé vers l'égalité en effaçant toute discrimination fondée sur l'orientation
sexuelle d'une personne tandis que dans les années 1990, il ne s'agissait plus seulement
de considérer les individus mais également les couples.
Il a jugé que le refus de reconnaissance des couples de même sexe constituait une
discrimination et que les familles homoparentales étaient de véritables familles.
M. Eric Fassin a considéré que s'il existait un accord pour respecter les droits
des homosexuels et récuser la discrimination à leur égard, un consensus devrait se
dessiner pour donner une place à l'homosexualité.
M. Eric Fassin a protesté contre un recours abusif aux sciences dans ce débat,
considérant que la définition du couple, de la famille et de la parenté ne devait pas
être soustraite à la délibération démocratique car les lois de la science n'étaient
pas les lois de la République.
Il a considéré que les sciences sociales ne nous permettaient pas de donner des
définitions intemporelles du couple, de la famille et de la parenté et a relevé que les
sociétés au cours de leur histoire remodelaient les institutions qui les structuraient,
précisant que ce qui nous apparaissait inimaginable aujourd'hui n'était que ce à quoi
nous n'avions pas encore pensé, comme par exemple les familles homoparentales.
Pour illustrer son propos, M. Eric Fassin a cité les exemples de sociétés
africaines où la femme riche et puissante était considérée socialement comme un homme
et pouvait être un " père ".
Il a relevé le paradoxe tenant à ce qu'une tolérance relative face à l'homosexualité
s'accompagne d'un refus de reconnaissance juridique.
M. Eric Fassin a constaté que le droit en vigueur permettait aux
célibataires d'adopter un enfant ou aux mères d'avoir des enfants sans père légitime,
ce que le respect strict de la biologie ne devrait pas autoriser.
Il s'est interrogé sur le coût social et humain qui pourrait résulter d'une volonté
politique d'exclure les homosexuels du mariage et de la filiation.
En conclusion, M. Eric Fassin a récusé un modèle qui ne prendrait en compte que
la reproduction biologique en la confondant avec la filiation sociale.
Il a souligné qu'il convenait de redéfinir la citoyenneté indépendamment de la
sexualité comme elle avait été redéfinie aux Etats-Unis indépendamment de la couleur
de la peau.
Enfin, il a fait valoir que les fortes préventions à l'égard de la législation sur la
contraception en 1967 nous paraissaient aujourd'hui assez difficiles à comprendre et que,
dans trente ans, les réticences à l'égard du PACS pourraient paraître aussi peu
concevables.
A M. Jacques Mahéas qui l'interrogeait sur le lien qui pouvait exister
entre le débat actuel et celui sur l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats
électoraux et aux fonctions électives, M. Guy Coq a répondu que l'égalité ne
s'opposait pas à une différenciation et que la distinction entre les hommes et les
femmes était, en l'occurrence, indispensable au renouvellement des générations.
En réponse à une question de M. Patrice Gélard, rapporteur, s'inquiétant
des limites dans lesquelles il convenait que le législateur traite de la vie privée des
personnes, M. Eric Fassin a estimé que le droit avait pour objet d'assurer
l'égalité entre toutes les personnes et M. Guy Coq a affirmé qu'une société
devait faciliter le renouvellement des générations et donc ne pas remplacer le couple
hétérosexuel par un couple asexué.
La commission a ensuite procédé à l'audition de Monseigneur Vingt-Trois, évêque
auxiliaire de Paris, président de la commission épiscopale de la famille, M.
Olivier Abel, théologien, président de la commission éthique de la fédération
protestante de France, M. le rabbin Senior, membre du cabinet de
M. Joseph Sitruk, grand rabbin de France, et M. Dalil Boubakeur,
recteur de la mosquée de Paris.
Monseigneur Vingt-Trois a tout d'abord précisé que la proposition de loi tendant à
instituer le pacte civil de solidarité heurtait les convictions catholiques sur la
sexualité. Il a rappelé que, dans la foi chrétienne, l'union de l'homme et de la femme
était en quelque sorte une parabole et une illustration de l'alliance entre Dieu et
l'humanité. Il a souligné que la fidélité, qui est à la base du mariage catholique,
avait imprégné les moeurs jusqu'à être reconnue par le code civil comme une valeur
laïque du mariage.
Monseigneur Vingt-Trois a observé que la proposition de loi avait pour ambition
apparente de développer la solidarité au sein de notre société et de résoudre
quelques problèmes patrimoniaux, sociaux, fiscaux ou financiers. Il a estimé que des
adaptations ponctuelles des dispositions réglementaires ou législatives existantes
auraient permis de résoudre ces difficultés et que le choix consistant à définir un
nouveau statut ouvert à des couples constitués en dehors du mariage était un premier
pas vers la reconnaissance d'un mariage homosexuel. Il a fait valoir que les critères de
définition du PACS calquaient les caractéristiques principales du mariage. Il s'est
inquiété de la possibilité ouverte par le PACS d'une répudiation qui pénaliserait le
conjoint le plus faible et a remarqué qu'une telle disposition laissait mal augurer de la
prochaine réforme du divorce.
Evoquant les conséquences du PACS pour la société, Monseigneur Vingt-Trois a
rappelé que l'article 16 de la déclaration universelle des droits de l'homme affirmait
que la famille était l'élément naturel et fondamental de la société et qu'elle avait
droit à la protection de la société et de l'Etat. Il a en outre souligné qu'au moment
où l'on assistait à une détérioration du tissu social et à une montée de la
violence, il était nécessaire de mettre l'accent sur le développement de relations
sociales denses et régulées, mais que l'on ne pouvait à la fois faire appel à la
responsabilité des parents et affaiblir les familles par la mise en place de modèles
alternatifs.
Monseigneur Vingt-Trois a alors souligné que le respect dû aux personnes
homosexuelles ne pouvait suffire à justifier la reconnaissance de leur situation dans la
loi, celle-ci ayant une fonction légitimante. Il a estimé que la relation homosexuelle
n'avait pas la même capacité structurante pour la société que la relation entre
l'homme et la femme et a rappelé que l'évolution ayant conduit à l'établissement
juridique du mariage dans notre société avait été un progrès sur les unions forcées,
sur l'exploitation des faibles dans des relations sexuelles sans engagement, sur la
fragilité de l'éducation des enfants hors d'une famille stable.
Concluant son propos, Monseigneur Vingt-Trois a indiqué que les considérations
qu'il développait ne s'inspiraient pas d'une théorie du mariage particulière aux
catholiques, mais constituaient au contraire des réflexions générales sur ce que
l'Eglise estimait utile pour l'ensemble de la société. Il a invité le législateur à
rechercher des solutions imaginatives aux problèmes rencontrés par certains couples sans
prendre le risque d'une déstructuration de la société.
M. Olivier Abel, théologien, président de la commission éthique de la fédération
protestante de France, a tout d'abord exprimé sa satisfaction que les principales
confessions religieuses soient entendues dans le cadre du débat au Sénat. Il a remarqué
que des positions tranchées prévalaient sur ce sujet, consistant d'un côté à rejeter
le PACS en tant qu'attaque contre la filiation, de l'autre à justifier le PACS en
insistant sur l'absence de rapport avec la filiation. Il a observé que, dans ce débat,
était négligée la possibilité d'une conjugalité sans filiation, alors qu'il
conviendrait d'articuler ces deux notions pour que l'une ne soit plus subordonnée à
l'autre.
M. Olivier Abel a indiqué que la commission éthique de la fédération
protestante de France avait souhaité mieux distinguer la conjugalité de la filiation. Il
a estimé à l'honneur des homosexuels d'avoir posé la question de la conjugalité dans
une société libérale et a fait valoir qu'il s'était prononcé à titre personnel pour
le contrat d'union civile lorsque cette proposition avait été formulée. Il s'est
déclaré convaincu de la nécessité de faire progressivement une place à la
conjugalité homosexuelle.
Evoquant la relation conjugale, M. Olivier Abel a estimé qu'elle était une
alliance, un contrat politique marqué par l'acceptation de la possibilité du désaccord.
Il a rappelé que le mariage n'était pas un sacrement dans la théologie protestante et
qu'il était indispensable de ne pas nier les effets du temps et la possibilité des
conflits conjugaux y compris jusqu'au divorce. Il s'est alors interrogé sur la
possibilité de créer une institution spécifique pour les homosexuels soulignant que
cette évolution serait préférable au statu quo. Observant que l'on avait nié dans ce
débat la nécessité de prendre en compte l'anthropologie, M. Olivier Abel a
estimé qu'on ne pouvait en déduire que tout était permis. Il a considéré que
certaines questions devaient faire l'objet d'un débat politique en particulier celle de
la place des enfants dans les nouvelles formes de conjugalité.
A propos de la filiation, M. Olivier Abel a souligné que la famille avait
longtemps obligé la conjugalité à se soumettre à la filiation, avant que la
conjugalité ne s'émancipe, notamment par la dissociation de la sexualité et de la
procréation. Il a estimé que l'on assistait à un retour de la filiation, sous la figure
du retour aux traditions, à la loi, à la place du père. Il a fait valoir que, dans une
société où tout est précaire, flexible et jetable, tout le poids du désir de
stabilité et de durabilité s'était investi dans le désir d'enfants et a remarqué que
si nous trouvions le sens d'une conjugalité qui sache faire place au temps et au
désaccord, nous aurions moins besoin de la filiation.
Concluant son propos, M. Olivier Abel a souligné que l'institution de la filiation
supposait deux parents de sexes différents et que cela n'excluait pas qu'il existe des
situations où la garde d'un enfant ou son adoption puisse être dévolue à une personne
seule ou à un couple du même sexe, ces situations devant rester de l'ordre du choix
singulier.
Il s'est interrogé sur la possibilité de penser une institution spécifiquement
homosexuelle. Tout en reconnaissant que beaucoup de protestants ne partageraient pas cet
avis, il a estimé que ce serait préférable à une absence totale de réponse. Il a
enfin rappelé que la Bible disait : " Dieu peut faire naître de n'importe
quelle pierre une descendance à Abraham ".
M. le rabbin Senior, membre du cabinet de M. Joseph Sitruk, grand rabbin de France,
a tout d'abord rappelé que la société était faite d'individus vivant, pensant,
évoluant avec leurs moeurs et que le législateur devait répondre aux demandes de cette
société. Il a estimé que le législateur, dans son action, devait rechercher le bien et
la permanence de cette société. Il a alors fait valoir que l'introduction dans la loi de
nouveaux modèles de couples impliquait de s'interroger sur les conséquences de cette
évolution pour la société.
M. le rabbin Senior a alors observé qu'en hébreu la création de l'homme et de la
femme était désignée par le même terme que celui utilisé pour désigner l'homme, mais
avec l'ajout de l'article défini. Il en a déduit que l'individu se réalisait dans la
réunion de la différence et que cette différence permettait la permanence, fondement de
la famille. Il a ensuite évoqué l'épisode du déluge pour remarquer que, dans la
tradition juive, la société à laquelle appartenait Noé avait été condamnée pour
avoir voulu mélanger les espèces. Il a estimé que le projet de Noé, à travers la
construction de son arche, avait permis un retour au respect de la différence et que nous
étions les descendants de Noé.
M. le rabbin Senior s'est inquiété du fait que l'on veuille donner une
reconnaissance législative à un modèle nouveau de la famille. Il s'est interrogé sur
les chances de pérennité de ce modèle et a souhaité que le législateur mesure ses
responsabilités en présence de cette proposition de loi. Il a formé le voeu que l'on
rebâtisse l'arche de Noé pour permettre la pérennité de l'humanité.
M. Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, a indiqué que le PACS
soulevait de nombreuses objections et questions. Il a rappelé que l'Islam ne
reconnaissait aucun statut du couple en dehors du mariage devant Dieu et les hommes,
lequel impliquait des droits et des devoirs pour chaque membre de la famille. Il a
souligné que la loi de la famille était une loi naturelle et éternelle, que la famille
était une micro-cellule communautaire, qu'elle constituait le berceau de perpétuation
des valeurs éthiques, sociales et spirituelles.
Observant que les partisans du PACS souhaitaient que soit établi un cadre légal pour le
concubinage et l'homosexualité, M. Dalil Boubakeur a souligné que le Coran
mettait fortement l'accent sur le fait que les hommes étaient créés d'un homme et d'une
femme. Il a exprimé la crainte qu'à un moment où l'on constatait un éclatement de la
famille, la légitimation d'unions non inscrites dans l'ordre religieux, social et naturel
ne conduise à un développement de l'égoïsme, traduisant une évolution du stoïcisme
à l'hédonisme.
M. Patrice Gélard, rapporteur, a alors interrogé les
intervenants sur la place dans les religions de l'homosexualité.
M. Dalil Boubakeur a indiqué que le Coran désignait l'homosexualité comme
" ce que faisait le peuple de Loth " et que celle-ci était condamnée
dans l'ancien Testament, Dieu punissant Sodome et Gomorrhe.
M. le rabbin Senior a souligné qu'il convenait de distinguer l'accueil et
l'écoute des personnes homosexuelles de la reconnaissance légale de cette situation. Il
a indiqué qu'en tant que rabbin, il était appelé à écouter et parfois à réconforter
des personnes homosexuelles qu'il convenait de ne pas rejeter, mais s'est opposé à la
reconnaissance de cette situation dans un projet de société.
Monseigneur Vingt-Trois a tout d'abord observé que l'homosexualité n'était pas
une abstraction, mais concernait des personnes vivant leur sexualité dans des situations
différentes. Il a indiqué que certaines personnes avaient des tendances homosexuelles
sans jamais passer à l'acte, que d'autres vivaient des relations épisodiques, que
d'autres encore vivaient durablement en couple homosexuel. Il a alors fait valoir qu'il
convenait de partir de situations individuelles pour tenter de mettre fin à des
injustices scandaleuses, mais s'est demandé si toutes les ressources du droit actuel
avaient été utilisées pour ce faire. Il a estimé que la question de fond consistait à
se demander si l'homosexualité ou l'hétérosexualité étaient indifférentes par
rapport à la structure de la société et a pour sa part conclu que cela avait une
influence sur le fonctionnement de la société.
M. Olivier Abel a fait valoir qu'il fallait effectivement distinguer des
situations différentes et que ce n'était pas la même chose que de dire son amour d'une
personne du même sexe et de constater son homosexualité. Il a souhaité que l'on
encourage tout ce qui pouvait favoriser la permanence, la durée des relations, qu'elles
soient homosexuelles ou hétérosexuelles.
Répondant à une question de M. Patrice Gélard sur la place du mariage
dans la théologie protestante, M. Olivier Abel a indiqué que dans l'éthique
puritaine, le mariage était un accord résiliable. Il a rappelé que Calvin acceptait le
divorce et que John Milton avait même fait son éloge. Il a en outre souligné que
la conquête du mariage en tant qu'acte civil par l'Edit de tolérance avait été pour
les protestants un acte de libération.
M. Dalil Boubakeur a alors précisé que dans l'Islam également le mariage était
un contrat mais un contrat social, structurant la place de chacun dans la famille.
M. le rabbin Senior a souligné au contraire qu'en hébreu le mot mariage
signifiait sanctification. Il a indiqué que, dans le Talmud, un homme ou une femme non
marié était considéré comme inachevé.
Puis la commission a procédé à l'audition de Mme Geneviève Delaisi, psychanalyste,
et de M. Samuel Lepastier, pédopsychiatre et psychanalyste.
Mme Geneviève Delaisi a tout d'abord estimé que la montagne des débats à
l'Assemblée nationale sur le PACS avait accouché d'une souris transgénique, hybride
entre le mariage et l'union libre. Elle a souligné le courage de la définition du couple
figurant dans la proposition de loi, à savoir " deux personnes majeures de sexe
différent ou de même sexe ". Elle a cependant estimé que la disposition
relative aux fratries était très contestable, dans la mesure où elle confinait à
l'inceste et invalidait le reste du texte.
Mme Geneviève Delaisi a observé que la discussion sur le PACS avait été
l'occasion d'un débat sur l'existence éventuelle d'un critère objectif de la bonne
parentalité. Elle a souligné que la proposition de loi permettrait aux couples
hétérosexuels ayant conclu un PACS d'avoir accès à la filiation et peut-être bientôt
à l'adoption, mais que ces droits n'étaient pas prévus pour les homosexuels ayant
conclu un PACS. Elle en a déduit que pour avoir accès à la parentalité, il fallait
avoir une sexualité hétérosexuelle ou en donner l'apparence.
Mme Geneviève Delaisi a alors estimé qu'il n'appartenait pas au législateur de
déterminer si le fait d'être élevé par un couple homosexuel était une source de
difficultés pour la construction psychologique d'un enfant. Elle a considéré qu'il
était naïf de penser que l'hétérosexualité des parents garantissait un bon
développement des enfants. Elle a ensuite observé que si l'on souhaitait s'interroger
sur les conséquences sur le développement de l'enfant de son éducation dans le cadre
d'un couple homosexuel, il conviendrait également de se poser la même question en ce qui
concerne l'adoption par une personne seule, aujourd'hui autorisée par la loi, ou la
pratique de la procréation médicalement assistée avec donneur anonyme. Elle a donc
souhaité que l'on fasse preuve d'humilité face aux configurations sociales évolutives.
Elle a estimé qu'il convenait d'étudier de près tous les nouveaux types de familles,
familles de concubins, familles monoparentales, familles adoptives, familles d'accueil,
familles homoparentales, familles multicomposées (du fait du recours à la procréation
médicalement assistée), sans adopter un texte législatif qui bloquerait toute
évolution.
M. Samuel Lepastier, pédopsychiatre et psychanaliste, a tout d'abord marqué
son étonnement sur la notion d'enfants de couples d'homosexuels, observant que tout
enfant naissait d'un père et d'une mère malgré les artifices de la procréation
médicalement assistée.
Il s'est interrogé sur les raisons pour lesquelles l'homosexualité était encore souvent
rejetée. Il a estimé que celle-ci n'était ni une maladie, ni une perversion, mais
plutôt une particularité du choix d'objet. Il a observé que, de toutes les déviations
sexuelles, l'homosexualité était la seule qui permettait dans certains cas une relation
d'objet stable avec amour. Il a rappelé que les travaux de Freud, en particulier ses
trois essais sur la théorie sexuelle, avaient permis de montrer que les homosexuels
étaient capables de mouvements éthiques très élevés. Il a souligné que de grands
artistes, notamment écrivains, étaient homosexuels et a cité André Gide, Marcel
Proust, Henri de Montherlant, Louis Aragon, Julien Green, Colette et Marguerite Yourcenar.
M. Samuel Lepastier a observé que les associations américaines de
psychologie tendaient à placer les pratiques homosexuelles et hétérosexuelles sur un
plan d'égalité. Il a souligné que cela conduisait même l'association américaine de
psychologie à recommander aux personnes rédigeant des thèses de ne pas indiquer, dans
les comptes rendus d'entretiens, le sexe des personnes interrogées.
M. Samuel Lepastier a estimé que la paranoïa à l'égard de l'homosexualité
procédait d'une crainte inconsciente de cette homosexualité. Il a souligné que Freud
avait montré que le rejet violent de l'homosexualité procédait en fait d'une attirance
non admise pour une personne du même sexe. Il a qualifié cette situation
d'homosexualité psychique. Il a alors indiqué que des travaux avaient été accomplis
afin de déterminer si les homosexuels assumés étaient moins paranoïaques que les
autres. Il a fait valoir que le fait d'agir sur l'homosexualité ne supprimait pas la
crainte de l'être et que certains homosexuels projetaient leur culpabilité sur
l'ensemble de la société, demandant constamment des comptes à celle-ci. Il en a conclu
que cela expliquait que certains homosexuels ne cessent d'estimer qu'il existait un
problème de l'homosexualité en France, alors que cette dernière a une tradition de
tolérance reconnue envers l'homosexualité.
M. Samuel Lepastier a alors estimé que l'affirmation de l'homosexualité
comme affection génétique visait en fait à considérer celle-ci comme un défaut de
naissance qu'il est indispensable d'assumer. Il a souligné que cette thèse était
aujourd'hui rejetée et n'était plus défendue que par certaines associations
d'homosexuels.
Evoquant la situation des enfants élevés par des personnes homosexuelles, M. Samuel
Lepastier a souligné que des travaux américains tendaient à montrer qu'il
n'existait guère de différences entre les enfants élevés par des parents
hétérosexuels et ceux élevés par des couples homosexuels. Il a toutefois indiqué que
ces travaux étaient contestés, compte tenu de la taille réduite des échantillons
observés, du caractère non aléatoire de l'échantillonnage, enfin de la possibilité de
réponses biaisées.
A propos d'une éventuelle loi sur l'adoption par les couples homosexuels, M. Samuel
Lepastier a indiqué qu'elle ne pourrait être comparée aux lois sur l'avortement ou
la contraception qui visaient à mettre en conformité le fait et le droit. Il a observé
qu'en l'occurrence, il s'agirait de légitimer une situation qui n'existait pas. Indiquant
n'avoir aucun doute sur la capacité d'amour des homosexuels, il a estimé que les enfants
d'un couple de même sexe constitueraient une fiction légale sans équivalent et s'est
interrogé sur les raisons conduisant à une telle demande.
M. Samuel Lepastier a alors souligné que la pensée se construisait à partir
de repères anatomiques et a observé qu'un enfant élevé par des parents homosexuels ne
pourrait avoir accès à la pensée dans les mêmes conditions que les autres enfants, la
réalité duale ne pouvant être prise en compte. Il a indiqué que pouvait être observé
chez certains enfants élevés par des homosexuels, soit une grande passivité, soit des
réactions de type paranoïaque, mais a souligné que l'on manquait en tout état de cause
de recul pour pouvoir porter un jugement sur le développement des enfants élevés par
des couples homosexuels.
M. Patrice Gélard, rapporteur, a demandé comment Freud et Lacan
interprétaient l'homosexualité. Il a en outre souhaité savoir si de nombreux
homosexuels éprouvaient le désir d'être parent.
M. Samuel Lepastier a indiqué que, pour Freud, l'homosexualité masculine
résultait d'une fixation vis-à-vis de la mère, le désir ne se portant que sur elle et
étant donc impossible à l'égard de toute autre femme. Il a souligné que Freud
s'intéressait surtout aux aspects corporels, à la pulsion, tandis que Lacan s'était
placé dans une perspective plus symbolique et structuraliste.
M. Samuel Lepastier a ensuite fait valoir que l'homosexualité féminine
pouvait résulter d'une fixation à l'égard de la mère ou bien d'une déception à
l'égard du père. Il a enfin souligné que de nombreux homosexuels souhaitaient élever
des enfants et étaient probablement tout à fait à même de leur donner de l'amour.
Mme Geneviève Delaisi a estimé que réfléchir à l'adoption d'enfants par des
homosexuels ne revenait pas à s'interroger sur une situation inédite. Elle a souligné
que des hommes et des femmes avaient une vie homosexuelle après avoir eu des enfants, que
certaines femmes homosexuelles avaient adopté des enfants en tant que célibataire sans
révéler leur homosexualité, que des femmes homosexuelles avaient bénéficié de la
procréation artificielle, en se rendant par exemple en Belgique, qu'enfin un couple
d'hommes homosexuels pouvait avoir un projet d'enfant avec un couple de femmes
homosexuelles. Elle a enfin indiqué que le célèbre rapport Kinsey sur la sexualité
avait montré que nombre de personnes alternaient au cours de leur vie des périodes
homosexuelles et des périodes hétérosexuelles.
M. Samuel Lepastier a alors déclaré que ce qui le choquait était la fiction
tendant à désigner un enfant comme l'enfant de deux personnes de même sexe. Il a
rappelé que, dans les cas cités par Mme Delaisi, subsistait pour l'enfant un
repère féminin et un repère masculin. Il a enfin contesté les conclusions du rapport
Kinsey relatives à l'homosexualité, observant qu'il avait été montré que les
échantillons retenus n'étaient pas pertinents. Il a observé que le rapport Kinsey
concluait à l'homosexualité de 10 % de la population environ, alors que cette
proportion était plutôt estimée aujourd'hui à 2,5 %.
M. Patrice Gélard a souhaité savoir s'il existait de nombreux cas
d'hommes homosexuels élevant des enfants.
M. Samuel Lepastier a indiqué que, dans le cadre de son activité de
praticien, il n'avait rencontré qu'un cas d'enfant psychotique élevé par un couple
d'hommes homosexuels.
Mme Geneviève Delaisi a fait valoir qu'une équipe belge accueillait depuis
1981 des demandes de procréation artificielle de la part de lesbiennes. Elle a observé
que cette équipe n'accueillait pratiquement plus de demandes de mères célibataires,
ayant constaté que les enfants élevés par une mère célibataire lesbienne
connaissaient des difficultés dans leur développement, contrairement à ceux élevés
par un couple de lesbiennes.
M. Samuel Lepastier a alors souhaité insister sur le fait que l'absence de
recul ne permettait guère d'avoir une idée des conséquences pour un enfant d'être
élevé par un couple homosexuel. Observant qu'était souvent souligné le fait que ces
enfants n'étaient pas rejetés par les autres, il a estimé que ce critère n'était pas
pertinent. De même, il a considéré que le fait que ces enfants ne devenaient pas à
leur tour homosexuels ne suffisait pas à tirer des conclusions concernant leur
développement psychologique et la structuration de leur personnalité. Il a conclu en
soulignant que si les fonctions paternelles et maternelles évoluaient, l'anatomie, elle,
ne changeait pas.
Mme Geneviève Delaisi a alors rappelé que nombre de situations autres que
l'éducation d'enfants par des couples homosexuels posaient des difficultés. Elle a cité
la possibilité ouverte par la loi sur la bioéthique de faire naître des enfants issus
de donneurs anonymes, observant qu'il était également difficile de savoir comment les
enfants issus de cette procréation assumeraient cette situation.
Au cours d'une deuxième séance tenue dans l'après-midi, la commission a procédé tout
d'abord à l'audition de M. Denis Quinqueton, secrétaire général du
collectif pour le contrat d'union sociale et le pacte civil de solidarité, de
Mme Marguerite Delvolvé , présidente de l'association pour la promotion
de la famille, représentante du collectif pour le mariage et contre le PACS, de
M. Xavier Tracol, président du collectif pour l'union libre, et de
Mme Renée Labbat, présidente de l'union nationale des groupes d'action des
personnes qui vivent seules (UNAGRAPS).
M. Denis Quinqueton, secrétaire général du collectif pour le contrat d'union sociale et
le pacte civil de solidarité, a tout d'abord regretté que l'on reproche au PACS ce
qu'il n'est pas, sans s'attarder sur ce qu'il est, à savoir un lien social de nature à
renforcer la cohésion sociale.
Il a expliqué que la réflexion sur le PACS était née des évolutions de la société
contemporaine, à savoir l'extension du concubinage hétérosexuel, la demande de
reconnaissance des couples homosexuels, l'existence de duos de solidarité entre
cohabitants. Il a précisé qu'il était apparu qu'il n'était pas possible de régler les
problèmes posés par cette situation par quelques mesures éparses, comme la délivrance
de certificats de vie commune, mais qu'il fallait trouver un véritable statut unifiant
qui permette de répondre sur le plan juridique aux problèmes communs se présentant pour
toutes les personnes concernées.
Il a donc constaté la nécessité de légiférer et s'est félicité que le Parlement se
soit saisi de ce projet venu de la société.
A propos du choix du nom retenu pour ce nouveau statut, M. Denis Quinqueton
a indiqué que le collectif, après avoir proposé le " contrat d'union
civile " ou le " contrat d'union sociale ", avait finalement
préféré au " pacte d'intérêt commun " proposé par le professeur
Jean Hauser le " pacte civil de solidarité ", et que le
" PACS " était déjà entré dans le langage courant.
S'agissant des modalités de la conclusion du PACS, il a rappelé que la mairie
constituait un endroit familier et proche des citoyens qui pourrait être choisi pour la
signature du PACS mais a convenu que le greffe du tribunal d'instance, retenu par
l'Assemblée nationale, présentait les garanties d'indépendance du monde judiciaire.
Il a par ailleurs estimé qu'il n'apparaissait pas opportun d'interdire la conclusion d'un
PACS entre d'autres personnes qu'entre ascendants et descendants, certaines fratries ou
certaines personnes handicapées pouvant également être intéressées par ce statut.
En ce qui concerne les modalités de la rupture du PACS, il a considéré qu'il fallait
trouver un système conciliant la liberté de chacun et la protection du plus faible, en
mettant fin à la répudiation actuellement permise par la situation de non-droit des
couples non mariés. Le recours au juge en cas de désaccord lui est apparu répondre à
ce problème.
M. Denis Quinqueton a ensuite indiqué que le contenu du PACS consistait en un
ensemble de droits (imposition commune, droits de succession, droits en matière de
sécurité sociale, droit au rapprochement dans la fonction publique, droits du conjoint
de chef d'entreprise...) et de devoirs (aide mutuelle et matérielle, solidarité pour les
dettes contractées pour les besoins de la vie courante).
Il a par ailleurs considéré qu'il était dans l'intérêt des enfants d'avoir des
parents vivant dans un cadre juridique stable plutôt que dans une situation précaire.
Au sujet des délais prévus par la proposition de loi pour l'acquisition de certains
droits afférents au PACS, il a estimé qu'ils étaient acceptables dans la mesure où ils
étaient levés pour tenir compte des situations de détresse comme les maladies graves.
En conclusion, M. Denis Quinqueton a regretté l'extrême politisation et la
radicalisation du débat, rappelant que plusieurs parlementaires de l'opposition avaient
à l'origine apporté leur soutien au projet de PACS.
Il a estimé que le PACS ne donnait pas d'avantages mais retirait seulement des
inconvénients à une situation de fait en proposant un nouveau cadre juridique à côté
d'un autre cadre constitué par le mariage.
Mme Marguerite Delvolvé, présidente de l'association pour la promotion de la famille,
représentante du collectif pour le mariage et contre le PACS, a tout d'abord
déploré que l'importance de l'opposition à cette proposition de loi, qu'elle a jugée
d'une exceptionnelle gravité, ait été minimisée.
Elle a rappelé que 20.000 maires s'étaient déclarés opposés à la célébration
d'un contrat de ce genre et que les députés de la majorité eux-mêmes avaient
manifesté leur manque d'enthousiasme lors de la discussion à l'Assemblée nationale.
Elle a en outre indiqué que les opposants au PACS avaient constitué un collectif de
citoyens de tous horizons dont elle a estimé qu'ils représentaient la
" majorité silencieuse ".
Mme Marguerite Delvolvé a estimé que le PACS constituait un projet trompeur car
il était faux de le présenter comme un acte de solidarité, tant vis-à-vis des
" non pacsés " que pour les " pacsés "
eux-mêmes.
S'agissant des " non-pacsés ", elle a souligné que le PACS
organisait des privilèges, notamment fiscaux, en faveur des duos, aux dépens des
célibataires et des familles. Elle s'est en outre interrogée sur la limitation de la
reconnaissance de la solidarité entre personnes ayant un projet commun de vie aux seuls
duos alors que des trios ou des groupes plus nombreux pouvaient avoir des intérêts
communs n'ouvrant pas droit au PACS.
En ce qui concerne les " pacsés " eux-mêmes, elle a fait observer
que les partenaires seraient soumis pendant la durée du PACS au régime de l'indivision
qu'elle a jugé le plus mauvais régime qui soit. Elle a également souligné que le PACS
pourrait être rompu par la seule volonté unilatérale de l'un des partenaires, ce qui
constituait une véritable répudiation.
Mme Marguerite Delvolvé a déclaré qu'au-delà des présentations trompeuses, le
PACS cachait une reconnaissance officielle du couple homosexuel et constituait de ce fait
à ses yeux un projet destructeur.
Elle a en effet considéré que le PACS serait destructeur du mariage civil républicain,
facteur d'unité nationale et d'intégration, et qu'il ouvrirait la voie à une
multiplicité de statuts conjugaux propres à chaque communauté.
Elle a également considéré que le PACS serait destructeur de la cellule familiale car
il contribuerait à la perte des repères pour une jeunesse déjà désorientée et
mettrait en cause la place de l'enfant dans la famille, le PACS étant destiné à
évoluer pour s'étendre à la question de l'adoption.
En conclusion, elle a déclaré que le PACS violait les principes fondamentaux de
l'organisation sociale et les principes fondamentaux reconnus par les droits de la
République en institutionnalisant l'homosexualité.
Rappelant que le droit français avait toujours eu pour objectif de faire de la famille la
cellule de base de la société, elle a estimé que la reconnaissance d'un autre contrat
de communauté de vie que le mariage remettrait en cause des principes constitutionnels.
M. Xavier Tracol, président du collectif pour l'union libre, a tout d'abord
indiqué que ce collectif avait été créé afin de prendre en compte le concubinage en
tant que tel. Il a considéré que le droit devait tirer les conséquences d'une
évolution sociologique caractérisée par une augmentation considérable du nombre de
couples vivant en union libre et des enfants nés hors mariage, mais pas en créant un
nouveau contrat se situant entre le concubinage et le mariage.
Il a rappelé que les droits accordés aux couples hétérosexuels non mariés étaient
actuellement limités au transfert du bail en cas de décès ou de départ du partenaire,
à l'assurance maladie-maternité, au bénéfice du capital-décès de la sécurité
sociale, à la déduction des frais réels de transport en droit fiscal, aux avantages
sociaux issus du code de travail et des conventions collectives et enfin, depuis le
décret du 28 décembre 1998, à la possibilité de représenter une partie
devant le tribunal d'instance et le juge de l'exécution au même titre que le conjoint.
Il a estimé que le PACS tendait à instaurer un cadre juridique incohérent et un statut
inadapté aux concubins qui risquait de remettre en cause les droits déjà accordés à
ceux-ci.
Il a en effet considéré que le PACS était présenté de manière erronée comme un mode
de reconnaissance du concubinage octroyant des droits pour les concubins, l'union libre
étant en fait renvoyée dans le non-droit.
M. Xavier Tracol a déploré que le PACS hésite continuellement entre une logique
de contrat et une logique de simple constat, estimant par exemple que l'instauration de
délais de carence auxquels serait subordonné le bénéfice des droits serait concevable
dans le cadre d'une union libre de fait mais non dans le cadre d'un contrat. Il a
souligné le paradoxe consistant à exiger un engagement formel et en même temps à nier
la valeur de cet engagement.
Il a indiqué que le collectif pour l'union libre proposait d'instituer une reconnaissance
juridique véritable du concubinage, dans le souci d'un égal accès de chacun à la
protection de la loi, en prenant en compte l'évolution sociologique du pays.
Il a cependant fait valoir qu'il ne s'agissait pas de donner par cette réforme un cadre
légal contraignant au concubinage qui constituait par essence une union de fait.
M. Xavier Tracol a précisé que le collectif pour l'union libre avait pris
position en faveur de l'inscription de l'union libre dans le code civil et souhaitait que
le PACS soit conçu comme un certificat légal de concubinage constituant un mode de
preuve parmi d'autres de cette situation.
Il a en outre indiqué que le collectif demandait la reconnaissance de droits substantiels
au profit de l'ensemble des couples vivant en union libre, du simple fait de la
communauté de vie et de la durée de vie commune.
Il a souhaité que la situation juridique des couples de même sexe soit alignée sur le
régime actuellement appliqué aux couples hétérosexuels non mariés afin de revenir sur
la jurisprudence restrictive de la Cour de cassation refusant de reconnaître le
concubinage entre personnes de même sexe.
Il a par ailleurs estimé que l'accès des concubins homosexuels aux mêmes droits que les
couples hétérosexuels non mariés impliquait que le même traitement leur soit appliqué
en termes de charges financières.
M. Xavier Tracol a considéré que des droits supplémentaires devraient être
accordés à l'ensemble des concubins, tant en ce qui concerne leurs rapports privés que
leurs relations avec les tiers.
Il a en effet fait valoir que les concubins devraient être libres d'organiser leurs
rapports matériels, grâce à la possibilité d'opter pour un régime de biens
contractuels et à une présomption d'indivision qui s'attacherait aux biens acquis durant
la vie commune.
Il a relevé que le principe d'indivision posé par la proposition de loi risquait de
poser des problèmes pratiques, aucune alternative n'étant prévue, ce qui apparaissait
en contradiction avec la logique de l'union libre et la liberté de disposer.
Rappelant que la logique du concubinage impliquait une absence d'engagement, il a estimé
qu'il n'y avait pas lieu de faire du concubin un héritier légal mais seulement de lui
permettre d'hériter dans les mêmes conditions qu'un conjoint sur le plan fiscal.
Il a contesté la disposition tendant à instaurer un délai de deux ans pour bénéficier
d'une imposition réduite entre partenaires sauf en cas de maladie de longue durée, cette
exception lui paraissant constituer une discrimination à raison de l'état de santé. Il
s'est donc déclaré favorable à une suppression pure et simple du délai de carence
s'agissant des droits de mutation à titre gratuit.
Enfin, il a souhaité que soient étendus aux concubins les droits reconnus aux conjoints
en matière de sécurité sociale, vis-à-vis des instances médicales, quant à
l'organisation des funérailles et enfin pour la délivrance d'un titre de séjour et d'un
permis de travail à un partenaire de nationalité étrangère.
Mme Renée Labbat, présidente de l'union nationale des groupes d'action des personnes
qui vivent seules (UNAGRAPS), a tout d'abord déclaré que les personnes qui vivaient
seules se sentaient très concernées par le projet de PACS.
Elle a rappelé que ce projet avait pour origine le constat des inégalités dont seraient
victimes les couples sans enfant vivant en union libre et les homosexuels, soit environ
cinq millions de personnes, en raison de leur statut fiscal très pénalisant de
célibataire.
Elle a cependant fait observer que cette préoccupation à l'origine du PACS ignorait la
réalité sociale de l'accroissement du nombre de personnes vivant seules, au nombre de
sept millions aujourd'hui.
Mme Renée Labbat a estimé que sous couvert d'assurer une plus grande justice
sociale aux personnes vivant à deux, le PACS conduirait à accroître la pénalisation
des personnes seules qui avaient déjà un niveau de vie inférieur de 30 % en
moyenne à celles qui vivaient en couples. Elle a en effet expliqué que les avantages
fiscaux du PACS accordés aux couples sans enfant viendraient se superposer à un niveau
de vie déjà supérieur à celui des personnes seules.
Sans contester la nécessité d'aider les familles à élever leurs enfants, elle a
rappelé qu'aux termes de l'article XIII de la Déclaration des droits de l'homme de
1789, l'impôt devait être également réparti entre tous les citoyens selon leurs
facultés contributives. Elle s'est donc interrogée sur la justification
constitutionnelle d'une situation discriminatoire faite aux personnes seules en
avantageant les couples en tant que tels et sur le lien de solidarité qui fonderait cette
discrimination.
Mme Renée Labbat a par ailleurs fait part de ses préoccupations devant les propos
tenus par M. le professeur Jean Hauser ou par
Mme Elisabeth Guigou, garde des sceaux, selon lesquels la société aurait
intérêt à encourager la vie à deux afin de lutter contre une solitude trop répandue
et de favoriser la solidarité plutôt que l'individualisme.
Elle a déclaré que la vie à deux deviendrait dans ces conditions une norme sociale
privilégiée quasi-obligatoire tant pour des motifs financiers qu'en raison d'une
marginalisation morale des personnes seules et elle a estimé que cette évolution allait
à l'encontre des droits de la personne.
En conclusion, Mme Renée Labbat a exposé les propositions de l'UNAGRAPS tendant
à " mettre à plat " les différents choix de vie, dont le célibat,
et à séparer nettement la situation des couples sans enfant et des couples avec enfant,
certaines questions concernant les couples sans enfants, relatives par exemple au
logement, pouvant être réglées devant notaire, les autres problèmes tenant à la
fiscalité, à la sécurité sociale et aux successions pouvant être réglés par une
" dépénalisation " du statut de célibataire, par exemple en
réservant la possibilité d'établir une déclaration fiscale commune aux couples mariés
avec enfant à charge.
Elle a en effet estimé que les couples sans enfant devaient être solidaires des familles
et des personnes seules, et non l'inverse.
En conclusion, elle s'est demandée si le célibat devait encore être considéré comme
un " délit ", se déclarant choquée par les propos tenus par
Mme Elisabeth Guigou, garde des sceaux, sur le célibat au cours du débat sur
le PACS à l'Assemblée nationale.
Elle a enfin regretté que les problèmes rencontrés par les homosexuels n'aient pas
donné lieu à l'organisation d'un grand débat national sur la personne en tant que
telle.
A l'issue de ces différents exposés, M. Patrice Gélard, rapporteur, a
considéré que les deux derniers intervenants demandaient en fait une suppression du
mariage, le collectif pour l'union libre réclamant les mêmes droits pour les concubins
que pour les personnes mariées et l'UNAGRAPS ne reconnaissant que les mariages donnant
lieu à la naissance d'enfants.
Il a par ailleurs constaté que, selon Mme Marguerite Delvolvé, il n'était pas
question de traiter les problèmes spécifiques des homosexuels.
Enfin, il a estimé, à propos de l'intervention du collectif pour le PACS, que ce contrat
ne comportait que des droits et aucun devoir et n'offrait aucune sécurité puisque
personne n'était tenu d'y rester.
Il s'est enfin interrogé sur l'interdiction du PACS entre alliés.
En réponse à ces observations, Mme Renée Labbat a précisé qu'il n'était pas
question à ses yeux de supprimer le mariage mais simplement de supprimer les privilèges
donnés aux personnes vivant à deux sans enfant, la vie en solo entraînant des charges
financières plus élevées que celles des couples.
M. Patrice Gélard, rapporteur, a indiqué que le régime particulier
fait au mariage trouvait son fondement constitutionnel dans les dispositions du Préambule
de la Constitution de 1946 relatives à la famille.
M. Xavier Tracol a pour sa part précisé qu'il ne demandait pas l'extension aux
concubins de tous les droits accordés aux personnes mariées, évoquant les questions
liées à la présomption de paternité, à la filiation, à l'adoption ou encore à la
nationalité. Il a par ailleurs indiqué qu'il ne proposait pas non plus d'étendre aux
concubins le devoir de fidélité s'imposant aux personnes mariées.
Il a en outre rappelé la proposition du collectif pour l'union libre tendant à la
matérialisation de cette union par la délivrance d'un certificat de concubinage,
soulignant que les communes n'étaient pas tenues de délivrer de tels certificats à
l'heure actuelle.
A la suite d'une observation de M. René-Georges Laurin,
M. Jacques Mahéas a précisé à ce sujet que la plupart des municipalités
délivraient ces certificats aux couples hétérosexuels et que certaines en délivraient
aussi aux couples homosexuels.
Mme Marguerite Delvolvé a considéré qu'il n'existait pas de problèmes
particuliers des homosexuels justifiant l'intervention du législateur, soulignant par
exemple que le bail pouvait être signé par les deux personnes souhaitant vivre ensemble.
Elle a de nouveau contesté la légitimité d'une institutionnalisation de
l'homosexualité.
Après avoir indiqué qu'il ne prétendait pas prendre la place du législateur, M.
Denis Quinqueton a pour sa part déclaré que le PACS n'avait pas pour base le lien
sexuel mais le lien de solidarité.
Il a par ailleurs estimé que le recours au juge en cas de désaccord sur la dissolution
du PACS permettrait le cas échéant d'obtenir des dommages et intérêts et de régler le
problème des dettes.
Puis la commission a procédé à l'audition de Mme Dominique Blanchon,
responsable de la commission mariage et égalité des droits de l'association Act-up
Paris, M. Daniel Borrillo, responsable du groupe juridique de la fédération
nationale Aides, Mme Martine Gross, vice-présidente de l'association des
parents et futurs parents gays et lesbiens et M. Dominique Touillet,
représentant de l'association Lesbian and Gay pride.
Mme Dominique Blanchon a rappelé que les principales revendications de
l'association Act-up en la matière portaient sur l'égalité des droits entre, d'une
part, les concubins hétérosexuels et, d'autre part, les couples homosexuels, ainsi que
sur la reconnaissance du droit à l'adoption par ces derniers.
Après avoir rappelé le soutien de son association aux projets successifs d'ouverture de
droits nouveaux pour les homosexuels, elle a manifesté sa satisfaction devant l'adoption
de la proposition de loi par l'Assemblée nationale.
Mme Dominique Blanchon a souligné que l'absence de droits pour les
couples homosexuels malades du SIDA provoquait des situations dramatiques.
Elle a relevé toutefois que la proposition de loi n'était pas satisfaisante en raison
des délais qui seraient imposés pour bénéficier de certaines dispositions du PACS et
de l'incidence du PACS sur l'ouverture du droit aux minima sociaux.
En ce qui concerne le délai de deux ans pour bénéficier d'une imposition commune ou
d'une minoration des droits de succession, Mme Dominique Blanchon a
souligné que les homosexuels étaient défavorisés dans la mesure où ils ne disposaient
pas de la possibilité de se marier.
Elle a considéré que ce délai marquait une certaine conception de la morale et s'est
demandé pourquoi les divorcés moins de deux ans après le mariage ne devaient pas
restituer les avantages acquis au titre de leur mariage.
Mme Dominique Blanchon a remarqué qu'à l'expiration du délai de deux
ans, le traitement fait aux homosexuels demeurait encore inégal par rapport à celui
réservé aux personnes mariées.
Elle a fait observer que la dispense de cette condition de délai pour les malades du SIDA
entraînerait une inégalité devant la loi, par exemple, par rapport aux victimes d'un
accident de la route.
Mme Dominique Blanchon, rappelant que les personnes ayant conclu un PACS
verraient pris en compte leurs revenus communs au lieu de leurs ressources individuelles
pour l'ouverture du droit aux minima sociaux, a souligné que le PACS pourrait de ce fait
provoquer la suppression de l'attribution à certaines personnes de l'allocation de
soutien familial, du revenu minimum d'insertion ou de l'allocation de parent isolé et ce,
sans condition de délai.
Elle a regretté que le texte adopté par l'Assemblée nationale ne considère la durée
du PACS conclu par un étranger avec un ressortissant français que comme un élément
laissé à l'appréciation des préfets pour l'attribution d'un titre de séjour,
souhaitant que cette durée puisse ouvrir le droit à ce titre.
Enfin, Mme Dominique Blanchon a indiqué qu'un observatoire du PACS,
regroupant diverses associations, avait conclu une charte récapitulant leurs principales
revendications communes, et en particulier celles de la signature du PACS à la mairie, de
la suppression de tous les délais, de l'individualisation des minima sociaux et de
l'accès à l'adoption ou à la procréation médicalement assistée pour les homosexuels
vivant en couple.
La commission a ensuite entendu M. Daniel Borrillo, responsable du groupe
juridique de la fédération nationale de l'association AIDES.
M. Daniel Borrillo a affirmé qu'il n'était pas possible de se limiter à
accorder aux personnes des droits individuels sans tenir compte de leur environnement
affectif, estimant que pour parvenir à l'égalité, la prise en compte de l'individu pris
isolément ne pouvait pas suffire.
Il a considéré que le droit au mariage devrait être ouvert à tous, indépendamment de
l'orientation sexuelle et rappelé que, selon la jurisprudence de la Cour de cassation
établie en 1989, les homosexuels étaient écartés des droits reconnus aux concubins.
M. Daniel Borrillo a estimé que la France devrait tirer les
conséquences de deux résolutions adoptées par le Parlement européen les
8 février 1994 et 9 octobre 1998 recommandant qu'il soit mis fin à
l'interdiction pour les homosexuels de se marier ou de bénéficier de dispositions
juridiques équivalentes, y compris pour l'adoption, lesquelles avaient été votées par
les membres de divers groupes politiques.
Il a donc jugé que toutes les formes juridiques de partenariat devraient être admises
sans distinction de l'orientation sexuelle.
Précisant qu'il était favorable au principe du PACS, M. Daniel Borrillo
a enfin indiqué qu'il souhaitait voir apporter plusieurs modifications à ce texte. Il a
cité en particulier la signature du PACS devant un officier d'état civil et
l'acquisition par les homosexuels de droits civils et sociaux égaux à ceux des personnes
mariées.
La commission a ensuite entendu Mme Martine Gross, vice-présidente de
l'association des parents et futurs parents gays et lesbiens.
Mme Martine Gross a considéré que les enfants n'étaient pas exposés
à des difficultés de nature différente lorsque les personnes les élevant étaient de
même sexe. Elle a estimé que le PACS, en légitimant le couple, apporterait plus de
sécurité à l'enfant.
Mme Martine Gross a regretté que le texte adopté par l'Assemblée
nationale comporte un délai de deux ans pour le bénéfice de certains droits, un
enregistrement auprès du greffe et aucune disposition sur l'homoparentalité, estimant
que le rôle de parent ne pouvait constituer un monopole des hétérosexuels.
Mme Martine Gross a considéré qu'en élevant des enfants, des couples
de même sexe contribuaient aussi à l'intérêt de la société, mais qu'avec le PACS,
ils ne bénéficieraient toujours pas des mêmes droits que les parents biologiques. Elle
a estimé que les difficultés rencontrées par certains homosexuels divorcés pour
exercer leur droit de visite constituaient un déni de paternité ou de maternité.
Déplorant l'impossibilité pour les couples homosexuels d'adopter un enfant, elle s'est
demandé en quoi la sexualité pouvait constituer un critère d'agrément.
Mme Martine Gross, évoquant l'hypothèse d'un enfant élevé par deux
personnes de même sexe, a fait valoir que pour parer au cas de décès du parent légal,
son compagnon devrait pouvoir procéder à une adoption simple, et a estimé que la
procréation médicalement assistée devrait être ouverte à tous les couples, sans
aucune distinction.
Enfin, la commission a entendu M. Dominique Touillet, représentant de
l'association Lesbian and Gay pride.
M. Dominique Touillet a souligné que le nombre important de personnes
participant aux manifestations organisées par l'association Lesbian an Gay pride chaque
année témoignait de l'écho dont bénéficiaient les idées pour lesquelles celle-ci
militait.
Il a exprimé son approbation globale du texte malgré certaines insuffisances et
certaines incohérences. M. Dominique Touillet a souhaité que les
dispositions d'application du texte, s'il était voté, soient d'inspiration suffisamment
libérale et interviennent dans des délais rapides.
M. Dominique Touillet a considéré que grâce au PACS, le couple
deviendrait un référent social indépendamment de toutes perspectives de procréation,
se félicitant de la légitimation du couple homosexuel que la proposition de loi
apporterait.
Il a observé que, si les opposants au PACS n'étaient pas tous homophobes, tous les
homophobes s'opposaient au PACS.
M. Dominique Touillet a souligné que l'homosexualité apparaissait
généralement à l'adolescence et qu'il était particulièrement important pour ces
jeunes de bénéficier d'une perspective de stabilité pour structurer leur personnalité,
eu égard aux nombreux suicides d'adolescents homosexuels.
Il a regretté que le texte proposé accorde aux fratries la possibilité de bénéficier
de certaines de ses dispositions, considérant que l'image du couple ayant souscrit un
PACS s'en trouverait brouillée et que les problèmes particuliers des fratries devraient
plutôt être traités dans le cadre d'un texte concernant la famille.
M. Dominique Touillet a relevé que le PACS entraînerait d'un côté des
sujétions applicables immédiatement, comme la prise en compte des revenus communs pour
le calcul de l'impôt de solidarité sur la fortune, et de l'autre des avantages acquis à
terme, comme en matière de succession par exemple.
Il a contesté que le PACS puisse provoquer une évasion fiscale, estimant que celui-ci ne
serait plus avantageux que si l'un des deux membres du couple percevait des revenus au
moins deux fois plus importants que l'autre.
Rappelant que la personne ayant conclu un PACS ne pourrait pas se marier, il en a déduit
qu'elle ne serait donc plus célibataire. Il a estimé dans ces conditions que, sauf à
s'exposer à de grandes difficultés pratiques, il serait plus justifié de faire
enregistrer le PACS par un officier d'état civil, regrettant que la formule choisie à
cet égard ne l'ait été que pour satisfaire l'opinion publique.
M. Dominique Touillet, se référant à la pétition signée par vingt
mille maires pour s'opposer à l'enregistrement des PACS à la mairie, s'est demandé si
le législateur considérerait normal qu'un groupe de citoyens tente de s'opposer le cas
échéant à l'application d'une loi.
Il a souhaité que la loi prohibe explicitement toute exploitation commerciale de fichiers
de personnes ayant conclu un PACS et demandé qu'un cocontractant puisse, en cas de
maladie de l'autre, bénéficier d'un droit spécifique d'information sur sa santé.
Regrettant que le texte soumis au Sénat ne fasse de la durée d'un PACS par un étranger
avec un Français qu'un élément à prendre en considération pour l'attribution d'un
titre de séjour, il a estimé qu'une telle disposition conférerait une marge
d'appréciation excessive à l'administration.
M. Dominique Touillet a enfin souhaité que la France adopte une
législation reconnaissant les statuts non maritaux pour les couples homosexuels, en
vigueur dans plusieurs pays européens.
S'adressant aux quatre personnes auditionnées par la commission, M. Patrice Gélard,
rapporteur, a observé que la condition de délai pour bénéficier de certains droits
reconnus par le texte était justifiée par la très grande simplicité des formalités de
souscription et de dénonciation du PACS.
Il a considéré que l'enfant d'un homosexuel ou d'un hétérosexuel disposait d'un statut
identique et qu'une personne pouvait demander l'adoption simple de l'enfant de son
conjoint homosexuel.
M. Patrice Gélard, rapporteur, a fait observer à M. Dominique Touillet
que les dispositions sur le PACS ne concernant pas spécifiquement les homosexuels, la
valeur symbolique qu'il attachait aux dispositions proposées devaient être relativisée.
Il s'est demandé combien de personnes souscriraient chaque année un PACS et quel
pourcentage d'homosexuels le refuserait.
Mme Martine Gross a fait valoir que l'adoption simple ne réglerait pas
la question de l'autorité parentale.
Mme Dominique Blanchon a estimé qu'il ne convenait pas d'adopter une
législation spécifique pour les homosexuels et a considéré que la jurisprudence de la
Cour de cassation n'accordant pas aux couples homosexuels les droits reconnus aux
concubins pouvait logiquement s'expliquer par l'impossibilité légale de mariage entre
personnes de même sexe.
Elle a considéré que la législation sur la contraception démontrait que le couple
n'était pas nécessairement destiné à la procréation.
M. Robert Badinter a demandé quel serait l'apport du PACS dans
l'hypothèse où n'existeraient plus de discriminations entre homosexuels et
hétérosexuels en matière de concubinage.
M. Daniel Borrillo a considéré qu'à défaut de droit au mariage pour
les couples homosexuels, il convenait de prévoir pour ceux-ci un acte juridique de
reconnaissance.
Il a admis que le texte sur le PACS ne résoudrait pas la discrimination entre homosexuels
et hétérosexuels en matière de concubinage.
A Mme Dominique Blanchon, qui s'étonnait que l'on puisse redouter la
conclusion d'un plus grand nombre de " PACS blancs " que de
" mariages blancs ", M. Patrice Gélard, rapporteur,
a fait observer que cette crainte s'appuyait sur le fait que les procédures de mariage et
de divorce étaient à la fois plus longues et plus coûteuses que celles de conclusion et
de dissolution d'un PACS.
En réponse à M. Guy Allouche, Mme Dominique Blanchon a
affirmé qu'elle ignorait les motifs pour lesquels l'Assemblée nationale n'avait pas pris
en compte les critiques formulées par l'association Act-up, hormis des considérations
financières.
M. Dominique Touillet a considéré que les députés avaient pu aussi
prendre en considération certaines réactions d'hostilité au texte proposé,
perceptibles dans l'opinion publique.
A M. Jacques Larché, président, demandant aux quatre personnes
auditionnées si, compte tenu des réserves qu'elles avaient exprimées, elles
envisageaient après l'adoption éventuelle du texte, une action pour atteindre tous les
objectifs qu'elles s'étaient fixées, les quatre intervenants ont répondu par
l'affirmative.
Puis la commission a procédé aux auditions de Mme Chantal Lebatard,
administrateur de l'union nationale des associations familiales,
Mme Dominique Marcilhacy, de Familles de France,
M. Jean-Marie Andrès, de la confédération nationale des Associations
familiales catholiques, Mme Claudine Remy, vice présidente de l'association
Familles rurales, et M. Bernard Teper, chargé de la communication au sein de
l'Union des familles laïques.
A titre liminaire, Mme Chantal Lebatard a regretté que les auditions de
la commission aient été regroupées au cours d'une même journée et a estimé qu'il
aurait été plus raisonnable d'attendre les conclusions du groupe de travail de la
Chancellerie sur l'évolution du droit de la famille.
M. Jacques Larché, président, a alors fait observer que le calendrier des travaux
de la commission résultait de l'ordre du jour prioritaire fixé par le Gouvernement.
Après avoir souligné que, conformément à sa mission légale, l'Union nationale des
associations familiales s'exprimait au nom de l'ensemble des familles françaises et
étrangères vivant en France, Mme Chantal Lebatard a indiqué que, lors
de son assemblée générale de juin 1998, deux textes avaient été soumis à l'UNAF dont
l'un avait été approuvé à près de 90 %.
Exposant les principales orientations retenues dans ce dernier texte, Mme Chantal
Lebatard a fait savoir que l'UNAF contestait la confusion créée par la proposition
de loi adoptée par l'Assemblée nationale avec les dispositions relatives à la famille
ainsi que la mise en cause de la famille et de l'enfant qui en résultait.
Mme Chantal Lebatard a fait observer que le PACS maintenait ou ajoutait à la
confusion, d'une part, entre les publics bénéficiaires, d'autre part, entre les
dispositions proposées et celles relatives au mariage et, enfin, entre les couples
homosexuels et hétérosexuels au risque de brouiller les repères fondamentaux de la
parentalité.
Elle s'est ensuite interrogée sur l'intérêt et la portée réelle d'un nouveau statut
du couple, intermédiaire entre celui du mariage et l'union libre, sans aucune réflexion
préalable sur les motifs qui conduisaient les concubins à écarter ou à différer un
mariage. Elle a souligné que le pacte civil de solidarité n'apportait pas de réponse au
besoin de sécurité et de protection du plus faible des contractants.
Mme Chantal Lebatard a également fait valoir que l'élargissement du
dispositif aux fratries risquait d'être plus générateur d'inégalités de droits entre
les membres d'une même fratrie dès lors que celle-ci serait composée de plus de deux
personnes.
S'intéressant aux dispositions fiscales qui prévoyaient une déclaration conjointe et
une imposition commune, Mme Chantal Lebatard a souligné que ces
dispositions ne concerneraient que ceux qui payaient l'impôt. Dans ces conditions, elle
s'est interrogée sur la cohérence de ces mesures fiscales avec les discours sur la
solidarité et sur les besoins réels des plus défavorisés.
Puis, Mme Chantal Lebatard a rappelé que l'UNAF avait lancé un appel
solennel au Gouvernement le 29 octobre dernier, soulignant qu'un sujet aussi
essentiel pour la société ne saurait être traité dans la précipitation. Elle a
indiqué que cet appel demandait un vrai débat et une concertation associant toutes les
forces vives de la nation et tous les courants de pensée. Elle a considéré que le
Sénat devait privilégier le discernement et la réflexion sur les considérations plus
politiques. Elle a fait valoir que la législation actuelle offrait des possibilités pour
régler les problèmes matériels difficiles qui résultaient de certaines situations.
Mme Chantal Lebatard a estimé qu'à ces conditions pourraient être
élaborés des textes qui, dans le respect de l'équité, des choix privés et de
l'intérêt de la société, assurent à tous, surtout aux plus faibles, notamment à
chaque enfant, protection et garantie des droits fondamentaux.
Pour finir, Mme Chantal Lebatard a fait observer qu'il convenait de
s'interroger sur la fonction même de la loi dans la structuration des personnes, laquelle
ne devait pas permettre la confusion des genres.
Mme Dominique Marcilhacy, de Familles de France, tout en exprimant des
sentiments de respect et de sympathie à l'égard des homosexuels et des concubins, a fait
valoir que le pacte civil de solidarité constituait une régression.
Mme Dominique Marcilhacy a considéré que ce pacte était tout d'abord
dangereux pour les contractants eux-mêmes qui bénéficieraient de droits beaucoup moins
protecteurs que ceux prévus dans le cadre du mariage. Elle a en particulier souligné que
le texte ne prévoyait aucune protection contre la rupture brutale du contrat.
Elle a en outre estimé que le pacte civil de solidarité était dangereux pour les
enfants dans la mesure où il préparait une future revendication concernant l'adoption
d'enfants par les couples homosexuels.
Mme Dominique Marcilhacy a fait valoir que si la tendresse d'un couple
homosexuel pour l'enfant n'était pas en cause, en revanche, ce dernier avait besoin d'un
père et d'une mère. Elle a estimé que si l'homosexualité était désormais présentée
comme une norme, cette situation guiderait les enfants vers ce choix, lequel ne
permettrait pas leur véritable épanouissement.
Puis Mme Dominique Marcilhacy a fait observer que le pacte civil de
solidarité était dangereux pour la société en général et pour les personnes mariées
en particulier. Elle a ainsi relevé que le texte encouragerait des fraudes multiples dont
les conséquences seraient finalement supportées par les tiers.
Considérant que l'Etat avait pour mission de favoriser le mariage, Mme Dominique Marcilhacy
a relevé que ce dernier assurait la pérennité de la société, laquelle devait
encourager la stabilité des couples. Elle a noté que tel était l'objet de
l'interdiction de la répudiation et de la présomption de paternité.
En conclusion, Mme Dominique Marcilhacy a considéré que le mariage
était un " enfant battu " de la République. Elle a souhaité que le
législateur ne contribue pas à brimer cette institution.
M. Jean-Marie Andrès, de la confédération nationale des
Associations familiales catholiques, après avoir souscrit aux interventions
précédentes, a souligné l'unanimité des associations familiales sur cette question et
leur volonté qu'une réflexion approfondie soit engagée.
Considérant que la famille n'était pas une catégorie sociale, toute personne en étant
au moins issue, M. Jean-Marie Andrès a estimé que les associations
familiales étaient fondées à s'occuper de tout problème de société et donc, à ce
titre, à représenter les citoyens.
Après avoir estimé que cette proposition de loi ne reflétait pas la volonté populaire,
M. Jean-Marie Andrès a fait valoir qu'elle comportait des ambiguïtés
de fond qui ne pourraient pas être levées. Il a ainsi relevé l'ambiguïté entre le
traitement du concubinage et le problème du mariage homosexuel, ou encore la confusion
des objectifs entre la volonté de trouver un substitut au mariage et la recherche de
solutions aux problèmes de solidarité entre les individus. Il a en outre souligné que
le texte institutionnalisait la précarité et qu'il évitait d'aborder la question de
l'enfant.
Demandant le retrait pur et simple de la proposition de loi, M. Jean-Marie Andrès
a fait observer que pas plus l'homosexualité que le concubinage n'étaient mis en cause
et que les couples continuaient à se marier. Dans ces conditions, il s'est interrogé sur
les motifs justifiant l'élaboration d'un nouveau statut du couple.
En conclusion, il a indiqué que les associations familiales manifesteraient sur la voie
publique leur opposition au pacte civil de solidarité afin de sensibiliser les citoyens
à la nécessité de traiter la question au fond et de demander le retrait de la
proposition de loi.
Mme Claudine Rémy, vice-présidente de l'association Familles rurales,
indiquant que son mouvement était défavorable à la proposition de loi, a fait valoir
que si les choix de vie de chacun, notamment la préférence sexuelle, devaient être
respectés, cela ne signifiait pas que tous les types de relation devaient être mis sur
le même plan. Elle a souligné que la différence des sexes était fondamentale pour
notre société et que les enfants avaient besoin de ce repère pour trouver leur place et
se construire en tant qu'hommes ou femmes.
Mme Claudine Rémy a estimé que le pacte civil de solidarité ne
protégeait pas le plus faible, la rupture du contrat pouvant intervenir à n'importe quel
moment sur simple demande. Elle a en outre considéré qu'il ouvrait la porte aux abus
dans la mesure où, au regard des avantages qu'il pourrait procurer, il revêtait un
caractère peu contraignant.
Estimant que ce pacte amputait le couple de sa fonction parentale,
Mme Claudine Rémy a rappelé que les avantages accordés au couple
hétérosexuel n'étaient pas liés au couple lui-même mais à la présence d'enfants ou
au projet d'en avoir. Elle a en outre déploré que les droits de l'enfant à avoir un
père et une mère afin de construire son identité soient complètement ignorés, le
dispositif se bornant aux droits des personnes dans le couple comme si celui-ci était une
fin en soi que la société devait reconnaître en tant que tel.
Après avoir noté que la vie privée n'était pas un sujet de droit, Mme Claudine Rémy
a considéré que l'acte civil du mariage serait indirectement mis en cause au moment
même où chacun reconnaît la nécessité de renforcer la citoyenneté et de mieux
sensibiliser les familles à leurs responsabilités éducatives. Elle s'est étonnée que
l'Etat se soucie aussi peu de valoriser les actes d'état civil dont il était pourtant le
garant.
Mme Claudine Rémy a par ailleurs relevé qu'à la différence de l'acte
civil du mariage qui ménageait des devoirs entre les cocontractants, le pacte civil de
solidarité ouvrait des avantages sans attendre quoi que ce soit de l'union des personnes.
Elle s'est en conséquence demandé si un célibataire qui s'investissait dans la vie
associative ou sous toute autre forme dans la société ne pourrait pas bénéficier des
mêmes égards.
En conclusion, considérant que le pacte civil de solidarité ne répondait plus à son
objet initial qui était de combler un vide juridique, Mme Claudine Rémy
a estimé qu'il remettait en question les fondements mêmes de la société.
Tout en se montrant favorable à l'aménagement de certaines règles afin de répondre aux
situations de séparation ou de décès dans lequel le plus faible n'était pas protégé,
Mme Claudine Rémy a fait valoir qu'il n'était pas utile de légiférer
sur de nouvelles formes d'union.
Faisant observer que la loi devait assurer la paix civile tout en permettant à la
société d'être ouverte sur l'avenir, M. Bernard Teper, chargé de la
communication au sein de l'Union des familles laïques, a constaté que le pacte civil
de solidarité avait plutôt renforcé les hostilités et les outrances.
Estimant que le résultat était navrant, il a considéré que le texte n'avait désormais
plus d'intérêt pour les quelque cinq millions de concubins hétérosexuels. Il a relevé
que le texte adopté par l'Assemblée nationale instituait des délais de carence
incompréhensibles, instaurait un droit de répudiation et refusait la protection du plus
faible dans le couple. Il s'est en outre interrogé sur l'avenir des concubins qui
n'auraient pas passé un pacte civil de solidarité.
Puis M. Bernard Teper a considéré qu'on ne pouvait pas se contenter du
statu quo qui n'était plus acceptable compte tenu des évolutions de la société. Il a
ainsi relevé que divers bouleversements appelaient la création de droits nouveaux en
zone rurale pour les fratries et les personnes seules, mais aussi en zone urbaine compte
tenu du grand développement de l'union libre et du nombre important de personnes seules.
Soulignant que la paix civile justifiait de séparer la sphère publique et la sphère
privée, M. Bernard Teper a estimé que l'Etat devait respecter le libre
choix des citoyens à l'intérieur de la sphère privée.
Jugeant, en deuxième lieu, qu'il était nécessaire de sérier les problèmes, M. Bernard Teper
s'est prononcé pour une grande loi sur les fratries qui soit distincte des lois
intéressant le droit des couples et qui ne limite pas le droit des fratries à deux
individus. Il s'est également prononcé pour une plus grande reconnaissance légale de
l'union libre et pour l'amélioration de ses droits. Il a considéré que ces deux lois
différentes permettraient de résoudre les problèmes sociaux qui se posaient dans les
zones rurales et dans les zones urbaines.
Puis M. Bernard Teper a estimé qu'il conviendrait de supprimer
l'homophobie dans le droit français en reconnaissant une égalité de droits de tous les
concubins qu'ils soient hétérosexuels ou homosexuels.
Considérant en outre qu'il fallait faire entrer le droit des couples et le droit familial
dans le progrès et la modernité, M. Bernard Teper a proposé de
définir les différents modes de preuve permettant de reconnaître le concubinage et
d'améliorer le droit des concubins, notamment en matière de succession ou de donation.
Il s'est en outre interrogé sur la possibilité de reconnaître aux concubins dans
certains domaines des droits identiques à ceux des couples mariés, ce qui leur
permettrait de faire un véritable choix entre le mariage et le concubinage.
Enfin, M. Bernard Teper s'est prononcé pour une grande réforme de la
fiscalité qui, tenant compte de la diversification des modes de vie, serait fondée sur
les individus et non sur les ménages, solution adoptée par de nombreux pays
développés. Il a considéré qu'ainsi repensée, la fiscalité permettrait de mettre en
oeuvre plus facilement une solidarité horizontale tenant compte des dépenses liées aux
enfants et une solidarité verticale en fonction des revenus.
En conclusion, M. Bernard Teper a considéré que le législateur devait
à la fois doter la France de lois qui lui permettent de tenir son rang en tant
qu'inspiratrice des lumières, du progrès et de la modernité et instaurer la paix civile
par des solutions qui satisfassent tous les citoyens.
M. Patrice Gélard, rapporteur, a fait observer que si le Sénat rejetait
purement et simplement la proposition de loi, comme le proposaient certains intervenants,
il était vraisemblable que l'Assemblée nationale reprendrait son dispositif de première
lecture, lequel comportait de très nombreux défauts.
Il s'est par ailleurs interrogé sur les solutions envisageables pour répondre aux
problèmes réels des couples homosexuels et a souhaité savoir si, du point de vue des
associations familiales, le mariage homosexuel devait être définitivement écarté.
Enfin, il s'est demandé si des formules contractuelles ne permettraient pas de résoudre
les difficultés que rencontraient dans leur vie commune certaines personnes n'ayant pas
de liens sexuels.
M. Jacques Larché, président, a confirmé la volonté de la commission
d'examiner les différentes dispositions de la proposition de loi dont certaines
paraissaient, en l'état, totalement inapplicables juridiquement.
Tout en soulignant que les concubins, les célibataires et les homosexuels bénéficiaient
d'un statut en matière de protection sociale et concernant le régime des biens, Mme Dominique Marcilhacy
a néanmoins estimé que des améliorations étaient nécessaires, en particulier pour
réduire le montant des droits de succession ou encore pour faciliter les transmissions de
logement par un aménagement du régime de la tontine.
M. Jacques Larché, président, a alors fait valoir qu'il faudrait
relever le plafond beaucoup trop faible prévu dans le cadre de ce régime.
Mme Dominique Marcilhacy a, en revanche, écarté l'idée de mesures
fiscales qui aboutiraient, selon elle, à encourager le concubinage, qu'il soit homosexuel
ou hétérosexuel. Elle a en outre fait valoir qu'il était d'ores et déjà possible de
passer un acte sous seing privé pour régler différents aspects de la vie en commun.
M. Jean-Marie Andrès a souligné que, n'ayant pas d'objectifs clairs, la
proposition de loi combinait des dispositions très diverses. Il a souhaité que les
problèmes concrets qui pouvaient résulter de certaines situations fassent l'objet d'un
examen spécifique et que le problème du mariage entre homosexuels soit traité
clairement ainsi que ses conséquences sur la situation des enfants.
Après avoir fait valoir que la procréation n'était pas consubstantielle au mariage, M. Guy Allouche
a souligné que toutes les familles n'étaient pas nécessairement heureuses et qu'à
l'inverse, certains couples homosexuels ou concubins souhaitaient légitimement voir
consacrer le lien affectif réel qui les unissait.
En réponse, M. Jean-Marie Andrès a fait observer que la solidarité
entre les individus s'exprimait de façon privée à travers le concubinage et en public
par l'intermédiaire du mariage. Il a souligné qu'à la différence du concubinage, le
mariage constituait un engagement de solidarité faisant l'objet d'une procédure
spécifique de séparation sous la forme du divorce, ce qui justifiait qu'il soit
valorisé par l'Etat.
Tout en se montrant favorable à ce que les problèmes de la vie commune entre deux
personnes soient réglés par le législateur, M. Bernard Teper s'est
néanmoins de nouveau prononcé pour une loi spécifique qui soit différente de celle
applicable aux couples mariés et aux familles.
En réponse à M. Jacques Larché, président, il a indiqué que, selon
lui, le couple homosexuel devait se situer dans le cadre juridique intéressant les
relations affectives.
M. Bernard Teper, soulignant que les relations entre les individus
relevaient de la sphère privée, a de nouveau plaidé pour la suppression de l'homophobie
dans le droit français.
En réponse à M. Patrice Gélard, rapporteur, il a précisé que les
droits applicables aux concubins hétérosexuels devaient être étendus aux couples
homosexuels.
M. Jacques Larché, président, a alors fait valoir que cette différence
de traitement ne pouvait être assimilée à de l'homophobie, contrairement aux
dispositions pénales répressives désormais supprimées du droit français. Il a par
ailleurs fait observer que le passage par le concubinage était rarement définitif et
que, de même, les naissances hors mariage étaient surtout fréquentes pour le premier
enfant.
M. Patrice Gélard, rapporteur, a estimé qu'il existait plusieurs sortes
de concubins : ceux, notamment des personnes âgées, qui ne se mariaient pas car la
situation de concubinage était plus intéressante pour elles, ceux qui refusaient
purement et simplement le mariage et enfin ceux qui, tout en prolongeant une situation de
concubinage, n'excluaient pas de se marier.
S'intéressant aux aspects fiscaux, M. Yves Fréville s'est interrogé
sur le sujet de droit qui devait être pris en compte, soit l'individu, soit le couple
constituant un foyer fiscal. Il s'est demandé s'il convenait de revenir sur l'imposition
par foyer.
En réponse, M. Bernard Teper a fait valoir que l'accroissement du nombre
de personnes qui divorçaient et ensuite vivaient en concubinage traduisait une
complexité plus forte des modes de vie.
Considérant que prendre en compte l'individu au plan fiscal constituerait une réforme de
grande ampleur, il a néanmoins estimé qu'il serait alors plus facile de concevoir les
solidarités devant être mises en oeuvre.
En conclusion, M. Jacques Larché, président, s'est félicité que ces auditions
aient permis aux sénateurs d'entendre des opinions très diverses de nature à éclairer
leur réflexion sur la proposition de loi.