La France Gaie et Lesbienne
Accueil du site > Actualités > Décès de Rudolf Brazda, dernier survivant connu des Triangles (...)

Décès de Rudolf Brazda, dernier survivant connu des Triangles roses

date de redaction lundi 8 août 2011


Le dernier survivant connu des déportés pour homosexualité, est mort mercredi 3 août 2011, à l’âge de 98 ans. Retour sur sa vie.


communiqué Les "Oublié-e-s" de la Mémoire - 4/8/2011

Rudolf BRAZDA, dernier survivant connu des "Triangles roses" - déportés pour homosexualité - nous a quittés à 98 ans mercredi 3 août 2011. Il avait été fait Chevalier de la Légion d’honneur en avril dernier.

L’information émane de Jean-Luc Schwab, son confident et biographe, qui s’occupait de Rudolf depuis trois ans déjà. C’est avec beaucoup de tristesse que nous accueillons la nouvelle de ce décès qui voit ainsi se refermer une page de vie et d’histoire presque centenaire de la mémoire homosexuelle.

Poursuivi par les nazis en Allemagne, emprisonné, contraint à l’exil, détenu au camp de concentration de Buchenwald où il porta le triangle rose, avant d’opter pour vivre en France, Rudolf Brazda aura été un citoyen de l’Europe avant l’heure, d’abord par nécessité, et plus tard par conviction. S’il ne s’est manifesté que très tardivement, il n’en aura pas moins été un des très rares témoins d’une catégorie marginale de déportés, longtemps ignorée.

Le 28 avril 2011, au collège Maréchal Leclerc de Puteaux, il recevait de Madame Marie-José Chombart de Lauwe, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, son insigne de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur. Cette distinction récompensait Rudolf Brazda pour son parcours de déporté, mais surtout pour son engagement à transmettre la mémoire auprès des jeunes générations et du grand public.

Rudolf était membre "Témoin de l’Histoire" de notre association depuis le 15 octobre 2008 et nous en gardons le souvenir ému d’un individu à la grande joie de vivre, en dépit des épreuves qu’il aura traversées. Le témoignage écrit de son parcours de vie atypique - Itinéraire d’un Triangle rose, Éd. Florent Massot (2010, traduit depuis en portugais et en tchèque) - reste le seul du genre à s’appuyer de façon aussi extensive sur les archives administratives et judiciaires existant aujourd’hui encore en Allemagne, en France ou en République tchèque, ce qui le rend d’autant plus précieux pour la postérité.

Rudolf s’est endormi paisiblement dans son sommeil à l’aube du 3 août. Il résidait depuis le mois de juin dans un établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes à Bantzenheim (68).

Ses obsèques auront lieu lundi 8 août à 10h à Mulhouse. Conformément aux dispositions de son testament, sa dépouille sera incinérée et ses cendres déposées à côté de celles de son compagnon de vie de plus de 50 années, Édouard Mayer, décédé à Mulhouse en 2003.

Son parcours de vie :

Rudolf Brazda était né de parents originaires de Bohême occidentale, le 26 juin 1913 à Brossen, dans la région de Leipzig. Bien que né et élevé sur le territoire allemand, Rudolf ne posséda jamais la nationalité allemande.

Tchécoslovaque après la Première Guerre Mondiale, il fut condamné une première fois au titre de l’article 175 du Code pénal allemand (réprimant la "débauche contre nature entre hommes") en 1937, avant d’être expulsé du Reich.

Exilé en Tchécoslovaquie, dans la province des Sudètes - annexée peu après par l’Allemagne nazie, il fut frappé d’une seconde condamnation pour le même motif.

Elle lui valut, une fois sa peine de prison purgée, d’être déporté au camp de concentration de Buchenwald. Il y fut détenu du 8 août 1942 jusqu’à la libération du camp le 11 avril 1945.

Choisissant de s’établir en France à la suite d’un camarade de déportation originaire de Mulhouse, il s’y installa dès mai 1945 et y travailla comme charpentier couvreur.

Apatride à partir de 1947, avant d’être naturalisé français en 1960, il garda le silence sur les motifs de sa déportation jusqu’en 2008. Cette même année, l’annonce de l’inauguration prochaine d’un mémorial aux victimes homosexuelles du nazisme à Berlin poussa des proches à l’inciter à se faire connaître.

Il devenait alors le dernier survivant connu de ces quelque 10.000 hommes qui furent envoyés en camp de concentration à cause de leur homosexualité.


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | Infos éditeur