La France Gaie et Lesbienne
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Pour en finir avec l’homosexualité

date de redaction lundi 20 octobre 1997     auteur A. Ardoin, Yannis Delmas


Tiré de la revue Politique n°5 « Homos : en mouvement ».

Christophe Hannequin est vice-président du Centre Gai et Lesbien et responsable du groupe « Droits des lesbiennes et des gais ».

En France, la situation n’est toujours pas très brillante pour les gais et les lesbiennes. Le mal-vivre dû à la stigmatisation des homosexuels reste la principale cause de suicide chez les adolescents. Chaque jour, le Centre gai et lesbien accueille, informe et soutient des gais, lesbiennes, bisexuel(le)s ou transsexuel(le)s qui subissent très concrètement des discriminations : tel gai qui est menacé d’expulsion de l’appartement dans lequel il vivait avec son compagnon à la mort de celui.ci, simplement parce que son nom ne figurait pas sur le bail. Telle lesbienne, qui ne peut vivre avec sa partenaire étrangère, parce qu’en l’absence d’une reconnaissance juridique de leur couple, l’amie étrangère ne peut pas bénéficier de titre de séjour. Tel autre gai, dont le partenaire est séropositif et sans ressources, mais à qui le Ministère de la Défense refuse obstinément d’accorder le statut de soutien de famille pour le dispenser d’effectuer son Service national et pouvoir ainsi soutenir et subvenir aux besoins de son concubin. Nous pourrions multiplier les exemples, mentionner les droits de succession, taxés à 60% pour les couples homosexuels, même en cas de dispositions testamentaires, l’impossibilité pour un couple d’adopter un enfant, le fait de ne pas obtenir la garde de son enfant en cas de divorce simplement parce que l’on est homosexuel(le), etc.


Un groupe artificiellement créé

Il n’y a aucune raison pour que nous continuions à accepter et à subir ces situations, pour une vie que nous n’avons pas à justifier. Ce que nous réclamons, c’est l’application d’une véritable égalité des droits, pour ne plus faire de l’homosexualité un groupe (a)-social artificiellement créé, et nous permettre de redevenir des individus, avant d’être des homosexuel-les. Que voulons-nous ? Comme vous. Pouvoir choisir de se marier, de vivre en concubinage, ou d’être célibataire, d’avoir des enfants ou de ne pas en avoir.

Mais comment se pose la question de l’organisation de cette lutte pour l’égalité des droits ? On a longtemps opposé deux options, supposément contradictoires, sous la forme d’une question autour du « droit à la différence » ou du « droit à l’indifférence ». Cette vieille ritournelle des années soixante-dix est aujourd’hui franchement dépassée. D’abord parce que ces deux expressions disent tout et leur contraire (variantes possibles : « droit à la différence dans l’indifférence » et vice-versa). D’autre part parce que nous récusons à la fois les deux conceptions militantes qu’elles recouvrent : celle d’un côté, d’une organisation en lobby à l’anglo-saxonne, une entité étanche au reste de la société, et qui ne se préoccuperait pas du contexte dans lequel les gais et les lesbiennes sont discriminés, et de l’autre, une conception « à la française », celle d’une République qui ne saurait reconnaître de particularismes ou de communautés, et dans laquelle les homosexuel-les ne devraient plus parler de ce qu’ils sont.

Pour de véritables mouvements gays et lesbiens...

L’application de l’égalité des droits ne pourra venir que sur l’impulsion des homosexuel-les eux-mêmes. Les quelques partis politiques qui se sont prononcés sur cette question - à part peut-être les Verts - ne l’ont fait que du bout des lèvres, trop inquiets de froisser un électorat dont visiblement ils sous-estiment les capacités. Le parti socialiste n’a par exemple jamais manqué, en périodes d’élections, de cligner délicatement des yeux aux gais et aux lesbiennes. Une fois au pouvoir - et mis à part la dépénalisation de l’homosexualité en 1982 - ces oeillades ne se sont pas concrétisées par l’acquisition de droits nouveaux : le P.S. s’est par exemple précautionneusement abstenu de donner un cadre juridique aux couples homosexuels (cf. l’échec du vote du Contrat d’union civile en 1993, déposé par quelques député PS, mais rejeté à la fois par le reste du groupe socialiste, et par le gouvernement Bérégovoy).

Et c’est précisément parce que nous devons avant tout compter sur nous-mêmes qu’il est nécessaire qu’émergent en France de véritables mouvements gais et lesbiens, capables de faire efficacement pression sur le législateur, mais aussi de travailler en étroite collaboration avec d’autres associations de défense des droits de l’homme, de soutien aux immigrés, de lutte pour le droit des femmes, ou plus généralement avec les autres minorités. Le contexte n’a jamais été aussi favorable à la naissance de tels mouvements. C’est tout le travail qu’essaie de mener le Centre gai et lesbien.

...et pour les convergences

Une structuration nécessairement communautaire, donc, mais intelligemment communautaire, c’est-à.dire parfaitement consciente des convergences évidentes avec d’autres luttes. Une convergence qui existe par exemple naturellement avec la lutte pour le droit des immigrés, nous qui vivons aussi avec un ou une partenaire étranger-e, et qui réclamons, pour toutes les personnes gravement discriminées dans leur pays d’origine, notamment en raison de leur orientation sexuelle, l’octroi du statut de réfugié en France. Nous ne savons que trop bien que racisme, misogynie et homophobie ont les mêmes fondements.

Dans les années 80, les gais et les lesbiennes ont été les premiers à s’engager dans la lutte contre le sida, et en restent aujourd’hui les seuls véritables acteurs. Nous avons ainsi permis que la société prenne conscience que le sida était un réel enjeu de santé publique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la société ne nous a pas renvoyé l’ascenseur : nos droits n’ont toujours pas avancé d’un pouce.

Nous sommes homosexuel-les. Et militant-es. Pourtant, nous avons bien autre chose à faire dans la vie que d’être homosexuel-le. Et c’est justement pour cela que nous militons. Pour se débarrasser, une bonne fois pour toutes, de toutes les discriminations sociales et juridiques qui font encore de nous, quoiqu’on en dise, des citoyens et citoyennes de seconde zone. Et passer à autre chose.

Christophe Hannequin

Plus d'informations :

Rédaction : La revue Politique, 60-62 rue d’Hauteville, 7501 Paris, Tél. : 01 53 34 00 00. Réalisation de la page : A. Ardoin et Yannis Delmas, Gais et lesbiennes branchés © 1997.


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