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Coordination lesbienne : promouvoir la visibilité

date de redaction lundi 20 octobre 1997     auteur A. Ardoin, Yannis Delmas


Tiré de la revue Politique n°5 « Homos : en mouvement ».

Sophie Sensier, journaliste, est membre du groupe ZOO.

La première coordination nationale lesbienne a vu le jour en mai dernier, regroupant à ce jour une vingtaine d’associations tant en province qu’à Paris. Fortes du succès de manifestations comme le Festival de films lesbiens à Paris, qui va célébrer sa neuvième édition en octobre prochain, et la longévité de groupes comme celui de Bagdam Cafié à Toulouse, mais aussi à Marseille, à Dijon ou à Rennes... les associations lesbiennes ont concrétisé un rêve souvent formulé, jamais atteint : créer un espace commun de rencontres et d’actions pour les lesbiennes.

L’initiative a été prise en mai 1996, tandis que Lesbia magazine et Cinéffable, qui organise le festival de films lesbiens, préparaient déjà conjointement le rendez-vous de Wagram - la lesbian pride -, en juin dernier : « Il nous a fallu tout juste un an pour mettre sur pied la coordination, c’est-à-dire discuter des statuts, préparer ses objectifs, affirme Marie Vendeville, membre de l’équipe de Cinéffable depuis trois ans. En odobre dernier, au festival, nous avons consacré une matinée autour de la coordination avec les associations présentes. » Ainsi, petit à petit, de rendez-vous en rendez-vous, la coordination a pris corps.


Un nouveau dynamisme

La création de cette coordination doit être appréciée à la mesure des évolutions récentes et parallèles, et du mouvement féministe et du mouvement homosexuel. Côté homo, le succès croissant de la Gay Pride a formidablement dynamisé un tissu associatif encore moribond aux débuts des années 90. Précédées par les associations de lutte contre le sida, qui ont tracé de facto les contours d’un nouvel activisme gay - après celui des années 70 -, les associations homosexuelles ont su créer autour de la fierté homosexuelle, une visiblité sociale de l’homosexualité. Toutefois, si la volonté affichée est celle de construire un mouvement homosexuel inclusif, c’est-à-dire capable de prendre en compte la réalité et les nécessités aussi bien des gouines que des pédés (des trans, des bis...), le résultat n’a pas toujours été bon, car il ne suffit malheureusement pas d’ « être une minorité sociale » pour s’affranchir des comportements sexistes, racistes (et même parfois homophobes) dominants.

Maturité et visibilité

Du côté des associations féministes, les combats pour la défense du droit à l’avortement et à la contraception ont vu une remontée des luttes de femmes, dont le succès des récentes assises nationales des femmes ont prouvé la vitalité. Présentes dans le mouvement féministe avec lequel les associations de lesbiennes entretiennent depuis longtemps des liens organiques très forts (voir les articles sur l’histoire), ces dernières ont pourtant souvent le sentiment qu’elles doivent encore jouer des coudes pour se faire une place [1]. Et si pour beaucoup de lesbiennes militantes, il ne s’agit pas de réserver « des places vides », la formation de la coordination est un signe bien au contraire de maturité et de visibilité des groupes lesbiens, décidés à peser sur tous les fronts.

« Le militantisme a évolué, affirme Florence Hertz de l’association Cinéffable. Il existe aujourd’hui une plus grande volonté d’efficacité et la conscience qu’il faut des moyens pour parvenir à des résultats concrets. » Selon elle, la création de la coordination lesbienne nationale reflète une certaine diversité : « La coordination est aussi en quelque sorte la reconnaissance d’une pluralité, inteme et externe. » Travailler ensemble, en respectant la différence de chacune. « On n’essaye plus de trouver la ligne juste, poursuit-elle, au risque d’exclure le plus souvent tout ce qui ne s’y conforme pas. »

Mais les événements lesbiens organisés ici ou là respectent-ils toujours cette volonté de pluralité ? La coordination n’est-elle pas aussi le signe d’un repli sur soi de la part de groupes existants depuis longtemps et relativement « établis » ? Toutes les « expressions lesbiennes » trouveront-elles leur place à l’intérieur de la coordination ?

« Toutes les initiatives doivent pouvoir exister, elles ne se substituent pas, affirme Florence Hertz. C’est ça qui est important. Notre reconnaissance passe par le poids de nos actes, et l’espace on le prend en faisant des choses. » « Les espaces non mixtes rendent visibles la lesbianophobie ambiante, dans la société mais aussi dans le mouvement homosexuel, c’est-à-dire l’intolérance vis-à-vis des lesbiennes » explique Florence Hertz, et prennent donc, selon elle, une dimension politique. Pour preuve le succès du festival de films lesbiens, qui, souvent critiqué pour sa non mixité, a acquis une reconnaissance, et contribue chaque année à un peu plus de « visibilité lesbienne ». [Agir ensemble

Signe des temps, la multiplication d’initiatives ne serait donc plus un acte de division. Soit. Encore faut-il le mettre en pratique et définir le cadre commun d’actions, qui reste nécessaire pour parvenir à des résultats concrets, au risque de voir certaines lesbiennes s’arroger le droit de parler au nom des toutes les autres ou codifier les comportements et manières de « se penser lesbienne ». Ce genre de pratiques - somme toute assez courantes, et pas seulement spécifiques au mouvement lesbien - repose toujours sur des arguments d’efficacité et de simplification, mais génère on le sait des formes d’exclusion contre lesquels nous nous battons.

L’affirmer ne suffira donc pas. Il faudra le prouver dans les faits et éviter qu’un groupe de lesbiennes ne parle au nom des autres.

La crédibilité et la légitimité d’une telle coordination reposent bien sûr sur sa capacité à agir efficacement sur les droits des lesbiennes. Plusieurs objectifs ont été définis dans ce sens : promouvoir la visibilité et la culture lesbienne ; agir auprès des gouvernements et des personnalités politiques au niveau national et international afin que les droits des lesbiennes soient pris en compte et que toute disposition soit prise pour qu’ils soient respectés ; préserver les droits des lesbiennes à la dignité humaine et lutter contre toutes les violences et toutes les discriminations faites aux lesbiennes au niveau national et international ; agir contre les discriminations faites aux femmes, notamment la misogynie, l’homophobie, le sexisme, la racisme ; donner aux associations lesbiennes un cadre de réflexions et d’actions communes en facilitant la communication entre les groupes de lesbiennes nationaux et internationaux ; obtenir et diffuser à ses membres les informations essentielles sur les politiques nationales, européennes et internationales les concernant directement ; favoriser l’échange des savoir-faire, des compétences et promouvoir la formation ; mettre en œuvre directement ou indirectement des campagnes de sensibilisation, d’information, d’action ; enfin, faire reconnaître le droit d’asile pour les femmes persécutées dans leur pays parce que lesbiennes.

Sophie Sensier

Plus d'informations :

Rédaction : La revue Politique, 60-62 rue d’Hauteville, 7501 Paris, Tél. : 01 53 34 00 00. Réalisation de la page : A. Ardoin et Yannis Delmas, Gais et lesbiennes branchés © 1997.

Notes :

[1] Des incidents ont eu lieu lors des assises à propos de la tenue du Forum lesbien et de l’élaboration de la plate-forme finale.


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