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Journée du Souvenir de la Déportation : un bilan contrasté

date de redaction mardi 27 avril 2010


Le Mémorial de la Déportation Homosexuelle fait le tour de France des cérémonies, et de l’accueil réservé à ceux qui portent la mémoire de la déportation des homosexuels.


Communiqué de presse Mémorial de la Déportation Homosexuelle - Montpellier, le 26 avril 2010

La 65ème Journée Nationale du Souvenir de la Déportation qui a eu lieu ce dimanche 25 avril 2010 a été marquée par 3 faits :

1- La mention des homosexuels déportés par Hubert Falco dans l’allocution que le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants a prononcé lors de la cérémonie nationale à Paris.
Nous sommes satisfaits de constater que la requête que nous lui avions faxée le 20 avril dernier a bien été entendue. (voir courrier ci-joint).

Après le Premier Ministre Lionel Jospin en 2001 et le Président de la République Jacques Chirac en 2005, la mention de la déportation pour motif d’homosexualité dans ce discours ministériel constitue un pas supplémentaire sur le chemin de la reconnaissance politique de cette page longtemps occultée de l’Histoire de notre pays.

2- L’écrasante majorité des cérémonies auxquelles participaient des délégués du MDH et/ou des associations LGBT ont été l’occasion de saluer la mémoire de Jean Le Bitoux, fondateur du MDH, disparu le 21 avril dernier.

3- La politique des petits pas a permis une évolution positive dans telle ou telle ville sans pour autant occulter les blocages manifestes qui persistent dans d’autres. Nous avons constaté avec regret que l’intégration, même timide, des associations LGBT avaient provoqué ici ou là des raidissements et/ou du boycott des cérémonies de la part de certains Anciens Combattants et certains porte-drapeaux.

Le MDH salue chaleureusement toutes celles et tous ceux qui se sont associés à cette Journée Nationale du Souvenir de la Déportation. Le MDH remercie tout particulièrement les associations LGBT partenaires qui déploient du temps et de l’énergie pour accomplir ce travail de mémoire malgré les difficultés persistantes. Enfin, le MDH regrette le travail de sape de certains (comme à Lille) qui se contentent d’une reconnaissance au rabais et se désolidarisent publiquement du travail précieux réalisé avec persévérance depuis plusieurs années par l’association Les Flamands Roses.

Vous trouverez ci-après un récapitulatif du déroulement des cérémonies dans 18 villes de France :

A Nice (06) :

La réunion préparatoire à laquelle Vincent Péchenot, le Délégué Départemental du MDH n’a pas été invité a été houleuse car les associations d’Anciens Combattants refusaient catégoriquement toutes les avancées proposées par le Préfet des Alpes Maritimes qui avait contacté son collègue des Bouches du Rhône pour l’interroger sur le modus vivendi trouvé à Marseille.Pour la première fois le délégué du MDH avait reçu de la Préfecture des Alpes Maritimes plusieurs invitations pour les associations LGBT alors que les années précédentes, il devait se contenter de la sienne.
Lors de l’arrivée des associations LGBT sur le lieu de la cérémonie, les forces de l’ordre, les ont invitées à ne pas répondre à d’éventuelles provocations de leurs opposants.
Ils ont déposé leur gerbe au cours d’une cérémonie complémentaire après la cérémonie officielle et en présence de plusieurs élus locaux et nationaux, de droite et de gauche.
Alors que l’an dernier les services municipaux de la Ville de Nice démontaient les barrières pendant la cérémonie complémentaire et que la sono était refusée à Vincent Péchenot quand il la demandait, cette année, les services municipaux lui ont spontanément proposé le micro.
Une cinquantaine de personnes ont assisté à cette cérémonie complémentaire.

Ce lundi matin, Vincent Péchenot a été convié par Christian Estrosi, Maire de Nice à une réunion à 11h45 dans les locaux de l’Hôtel de Ville, réunion à laquelle il avait également invité le Préfet des Alpes Maritimes. A l’issue de cette rencontre, le Maire et le Préfet ont pris des engagements fermes à ce que l’épisode d’hier ne se reproduise plus. Christian Estrosi a tenu à annoncer le résultat de cette réunion à l’occasion d’une conférence de presse qu’il a tenue en présence et avec les militants LGBT.

A Marseille (13) :

Une situation tout à fait nouvelle en cette année 2010 : Après 16 ans d’ostracisme, les homosexuels ont déposé, pour la première fois, leur gerbe dans le cadre de la cérémonie officielle.
Depuis 1995, ils et elles étaient contraints de déposer une gerbe après la cérémonie officielle.
La persévérance dont ils ont fait preuve, l’ampleur prise par ces cérémonies spécifiques aux LGBT après la cérémonie officielle, au cours des dernières années, et la saisine à l’automne 2009 de la Halde par Christian de Leusse, le Délégué Départemental du MDH ont porté leurs fruits. Les associations de déportés refusant toujours que les LGBT participent au financement de la gerbe unique, la Préfecture a décidé d’autoriser le dépôt de la gerbe des LGBT pendant la cérémonie officielle. S’il y a eu quelques mouvements de mauvaise humeur de la part d’Anciens Combattants et porte-drapeaux, les autorités publiques ont fait preuve de fermeté quant à la défense de l’égalité républicaine.
Une délégation d’associations LGBT a participé au dépôt de la gerbe portant le bandeau « Mémorial de la Déportation homosexuelle ». Une trentaine de militants LGBT Marseillais a manifesté par sa présence son soutien à cette avancée importante, dont nous nous réjouissons.
A noter que le Conseil général des Bouches du Rhône a souhaité cette année, apporter un appui spécifique pour permettre ce dépôt de gerbe, afin de marquer cette avancée.

A La Rochelle et Saintes (17) :

A Saintes, le Centre LGBT ADHEOS (Association d’Aide de Défense Homosexuelle pour l’Egalité des Orientations Sexuelles) a déposé comme il le fait depuis 2 ans sa gerbe spécifique pendant la cérémonie à laquelle elle est pleinement intégrée.

A La Rochelle, ADHEOS a participé pour la première fois à cette cérémonie, essentiellement centrée autour des deux témoins encore vivants, avec dépôt d’une gerbe unique, sans citation des motifs de déportation. La démarche d’ADHEOS était ainsi de nouer des contacts avec les autorités locales afin de faire évoluer la situation dans les années à venir. De ce point de vue, l’association est pleinement satisfaite de cette première participation à la cérémonie officielle, Maxime Bono, le député-maire de la ville lui ayant répondu favorablement et souhaitant également l’aider à ouvrir le dialogue avec les associations d’anciens combattants. A noter qu’ADHEOS a été interviewée par France Bleu qui a consacré un sujet sur la déportation homosexuelle, interrogeant également des anciens combattants qui se sont montrés plutôt ouverts.

A Nîmes (30) :

Pour la 4ème année consécutive, le Collectif Inter Associatif LGBT nîmois, représenté par Georges Muller, délégué départemental du MDH, a déposé la gerbe commune avec les autres présidents d’associations de Déportés. Au moment du dépôt de la gerbe unique, il a été cité comme les présidents des autres associations présents par son prénom, son nom et sa qualité associative a été mentionnée pour la 1ère fois.

A Bordeaux (33) :

Le Grand Rabbin de Bordeaux, Alain Nacache, et Julien Pellet, délégué du MDH, avaient écrit une lettre commune au Préfet de la Gironde demandant la citation de tous les motifs de déportation, conformément à l’esprit de cette commémoration et parallèlement aux vœux exprimés en 2009 par le maire de Bordeaux, Alain Juppé. La Préfecture n’a pas répondu. La situation est en net recul du côté de la cérémonie. Julien Pellet n’a pas reçu de carton d’invitation, contrairement aux années passées. Le directeur de cabinet du préfet, interpelé au téléphone à ce sujet mercredi, se défaussait lâchement en disant que c’est la Mairie de Bordeaux qui envoie les invitations... mais avec une liste communiquée par la Préfecture ! Aucune citation des motifs de déportation évidemment dans la cérémonie. Une gerbe neutre et commune à toutes les associations a été déposée. Une trentaine de militants LGBT ont assisté à la cérémonie complémentaire.
Pour finir, M. Joly, représentant de la FNDIR (Fédération Nationale des Déportés Internés et Résistants) a prononcé à la Mairie, juste avant le vin d’honneur, un discours inadmissible. Il insistait sur l’existence de 2 seules catégories de déportés : les Juifs et les Résistants.
Le MDH va intenter des démarches afin d’obtenir le rappel à l’ordre des services préfectoraux de la Gironde qui font preuve d’une mauvaise volonté manifeste.

A Montpellier (34) :

Hussein Bourgi, le président du MDH a été invité à la réunion préparatoire en Préfecture et à la cérémonie. Il était au premier rand, dans le carré réservé aux présidents d’associations, aux côtés du Préfet et des élus. Une gerbe unique a été déposée.
La veille de la cérémonie, le Mémorial de la Déportation Homosexuelle et le Collectif Contre l’Homophobie avaient donné une représentation de « Nuit et Brouillard », à laquelle ont assisté une soixantaine de personnes dont Hélène Mandroux, maire de la Ville, ainsi que le président de l’ARAC (Association régionale des Anciens Combattants), le président de l’Association pour un Judaïsme Laïque, le vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme.
Monsieur Thomazeau, Archevêque de Montpellier, avait mandaté le Père Dominicain Edouard Divry afin de le représenter. Il s’agit du premier contact entre ces associations LGBT et l’Evêché de Montpellier.

A Tours (37) :

Comme les années précédentes, la Lesbian and Gay Pride Région Centre a dû une nouvelle fois effectuer une cérémonie distincte de la cérémonie officielle, au cours de laquelle elle a lu un texte évoquant la mémoire des lesbiennes déportées et déposé une gerbe spécifique. Plusieurs élu-es de la municipalité et du conseil général, dont notamment sa Présidente, y ont assisté.

A Nantes (44) :

Le Centre LGBT de Nantes est invité à la cérémonie officielle à l’issue de laquelle il a procédé, comme la Licra, à un dépôt d’une gerbe distincte en présence d’une vingtaine de personnes LGBT et autant d’adhérents de la Licra. Plusieurs élus ont assisté à cette cérémonie complémentaire.

A Angers (49) :

Pour la seconde année consécutive à Angers, Quazar, le Centre LGBT était invitée et représentée à la cérémonie. Quazar a participé pour la seconde année au financement de la gerbe commune des associations. Le message national commun des associations de déportés a été lu sans faire mention des catégories de déportés.

A Metz (57) :

Au lendemain de la cérémonie agitée d’avril 2009, le préfet de Région avait reçu Couleurs Gaies pour entendre son unique revendication depuis plus d’une décennie : que soient cités dans la cérémonie départementale à la mémoire des victimes de la déportation tous les motifs de déportation. Couleurs Gaies a présenté une proposition alternative à la citation des motifs dans les discours : la pose devant le monument messin du fac-similé de la plaque commémorative présente au Mémorial National de la Déportation à Paris, citant tous les motifs de déportation. Après 4 relances de l’association, une seule réponse écrite mais évasive du Préfet. Du coup la cérémonie a été particulièrement tendue. La plaque promise reprenant la liste de tous les triangles n’a pas été installée à proximité du Monument aux Mort où sont déposées les gerbes mais dans un bâtiment à côté. Couleurs Gaies, qui était resté à l’extérieur du lieu de commémoration, est passé en force à un moment de la cérémonie pour déposer sous la plaque plutôt que sous le monument une gerbe tricolore avec un ruban portant la mention "A tous les déportés ».

A Lille (59) :

La cérémonie fut semblable aux années précédentes. Environ 40 personnes du Centre Gay & Lesbien de Lille dont singulièrement les Flamands Roses étaient présents sur le lieu de la cérémonie, l’association ayant été invitée officiellement. Après la cérémonie officielle, les associations ont déposé une gerbe spécifique sans ruban, et lu un discours avec le matériel laissé sur place, en présence des politiques et de quelques membres d’associations de déportés, restés à titre personnel.

A Strasbourg (67) :

Depuis plusieurs années, l’association Les Oubliés de l’Histoire, dédiée à la mémoire des homosexuels, des Roms et des usagers de la psychiatrie victimes de la déportation, et assurant localement la représentation du MDH, participe activement à la cérémonie. Il est à noter que pour la 1ère fois à Strasbourg le mot Homosexuels a été prononcé durant la cérémonie officielle, ainsi que Tzigane. C’est un événement et nous tenons à saluer ici cette initiative bienvenue de Gilbert May Président Départemental de l’UNADIF qui a également évoqué la déportation homosexuelle lors du Yomashoa.

A Lyon (69) :

David Souvestre, le délégué du MDH et président de la Lesbian & Gay Pride a été invité à la cérémonie officielle comme une dizaine d’autres présidents d’associations LGBT lyonnaises. 10 responsables des associations Lesbiennes, Gaies, Bi et Trans étaient invités, dont le délégué du MDH. La cérémonie a commencé à 11h30 au veilleur de Pierre sur la Place Bellecour, puis s’est terminée dans les salons de l’’Hôtel de Ville de Lyon pour les discours. Il y a eu deux discours : un au nom des associations de Déportés et Anciens Combattants et un de Jean-Louis Touraine, 1er Adjoint au Maire de Lyon, Député du Rhône qui représentait Gérard Collomb, Sénateur-Maire de Lyon. Dans son discours, Monsieur Touraine a cité plusieurs catégories de victimes de la déportation dont les homosexuels et les tsiganes. Il y a deux gerbes associatives déposées (FNDIRP et MUIADIR), ce qui ne correspond pas à l’usage de la gerbe unique ; dans ces conditions nous examinerons la possibilité de déposer une gerbe pour les déportés homosexuels.

A Paris (75) :

Les délégué-es du MDH, Jean-Bernard Peyronel, Pierre Serne et Ariane Le Doré-Goodwin, ont été invité-es et ont participé aux cérémonies. Le MDH avait remis des invitations à plusieurs militants et sympathisants LGBT. Aussi, étaient également présent-es plusieurs membres de l’Inter-LGBT, d’association LGBT, de commissions LGBT de partis politiques, des élu-es et citoyen-nes LGBT. Plusieurs dépôts de gerbe ont été effectués, mais tous concernaient l’ensemble des déporté-es. Le Secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a prononcé un discours devant l’Hôtel Lutétia, où il a évoqué plusieurs motifs de déportation (juif/ves, tziganes, résistant-es, homosexuel-les) sans pour autant citer tous les motifs de déportation. Cela étant dit, le monument de l’Ile de la Cité possède une plaque décrivant l’ensemble de ces motifs. A noter que Patrick Bloche, Député-Maire du 11e arrondissement de Paris a ouvert la cérémonie qu’il organisait le matin même dans sa mairie par un hommage appuyé et chaleureux à Jean Le Bitoux.

A Evry (91) :

Pour la 4ème année consécutive, l’association ANGEL 91 a été invitée à participer à la cérémonie officielle au cours de laquelle elle s’est rendue avec l’association AIDES. Après avoir été citée par le maître de cérémonie, elle a déposé, comme les autres associations œuvrant pour la mémoire, une gerbe identique à celles des autres associations, portant la mention "aux déportés homosexuels.

A Montreuil (93) :

Pierre Serne, conseiller régional d’Ile de France, mandaté par le MDH, Catherine Morin-Le Sech de la Coordination Lesbienne en France et Vincent Loiseau co-secrétaire de la commission politique de l’Inter-LGBT ont déposé la gerbe qui portait l’inscription "En souvenir de la déportation homosexuelle" et les noms des 3 associations précitées lors de la cérémonie officielle du souvenir au monument aux morts de l’avenue de la Résistance. Les discours tant du responsable des associations de déportés que du député de la circonscription comportaient, contrairement à l’an passé en pareille circonstance, une mention des déportés homosexuels. Le discours de Dominique Voynet, sénatrice et maire de Montreuil, comprenait comme l’an passé une mention claire de la déportation des homosexuels. Elle a ajouté cette année une phrase d’hommage à Jean Le Bitoux récemment décédé et à son rôle pour faire reconnaître cette déportation.

A Arcueil (94) :

Ariane Le Doré-Goodwin, la déléguée du MDH, a déposé pendant la cérémonie officielle une gerbe au nom du MDH sur laquelle était marquée la phrase suivante : "Le Mémorial de la Déportation Homosexuelle à l’ensemble des déporté-es".

Prenant acte de la situation particulièrement bloquée et délétère dans les villes de Bordeaux, Metz et Nice, le MDH va immédiatement saisir Monsieur Hubert Falco, Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants afin qu’il rappelle à l’ordre les Préfets et les services préfectoraux de la Gironde et de la Moselle. Ayant pris acte des engagements pris ce matin par le Préfet des Alpes Maritimes, nous demandons à Hubert Falco de veiller à leur mise en œuvre. En effet, le refus ou l’incapacité de certains Préfets d’associer les associations portant la mémoire de la déportation homosexuelle devient problématique. Les circulaires et des discours ministériels, les interventions de la Halde doivent trouver une traduction concrète et effective sur le terrain. Les Préfets de la République doivent dépasser les pressions d’une petite minorité d’Anciens Combattants qui font preuve d’une intolérance insupportable, empêchant que la Journée du Souvenir rende véritablement hommage à tous les déportés. Notre patience a des limites, cela fait 20 ans que nous faisons preuve de dialogue, d’ouverture et de bonne volonté alors que certains de nos opposants s’enferment dans une posture irrationnelle et sectaire.

Il appartient également aux responsables nationaux des fédérations de Déportés d’intervenir auprès de leurs représentants pour les ramener à la raison. Ils seraient d’autant plus entendus s’ils commençaient eux-mêmes à mentionner dans leur message annuel l’ensemble des victimes de la Déportation en n’occultant plus comme ils le font depuis des années les homosexuels, les Républicains Espagnols, les Francs-Maçons, les handicapés physiques, les déficients mentaux et les droits communs.

L’Histoire est comme la République, une et indivisible ! Elle ne doit plus être tronçonnée au gré des humeurs des uns ou des oukases des autres.

Hussein BOURGI Le président du MDH

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