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Marseille : enfin, les homosexuel-le-s auront une place dans la cérémonie officielle de la Journée Nationale du Souvenir

date de redaction vendredi 23 avril 2010     auteur Christian de Leusse


Compte-rendu de la réunion de préparation des cérémonies commémoratives du 1er semestre 2010, tenue le 18 mars 2010 en préfecture des Bouches-du-Rhône.


La réunion en préfecture de préparation des cérémonies commémoratives du 1er semestre 2010 s’est tenue le 18 mars 2010.

La question de la participation des homosexuels à cette cérémonie s’est jouée en 4 temps :

1-Avant la réunion

Pour la 4ème année, au double titre de l’association Mémoire des Sexualités et du Mémorial de la Déportation homosexuelle, je participe à ces réunions de préparation. La réunion est toujours un peu un examen de passage, marquée par l’appréhension des uns et des autres serrer la main du représentant, un peu importun, des homosexuels qui vient perturber l’ordonnancement officiel de ces réunions.

Et le fait que la Halde, saisie en septembre 2009, n’ait toujours pas pris de position (officielle) rend le tour des poignées de mains aussi délicat que les années précédentes.

Il y a eu à ce moment là des attitudes un peu contrastées de la part des divers interlocuteurs que seules les étapes suivantes permettront de comprendre : Patrick Forêt, chef du protocole de la Préfecture 13, et Mme Michèle Amadeï-Gilly, du protocole de la Ville de Marseille, sont tous deux accueillants.

Le représentant du préfet, M. Proisy, tout nouveau dans ce cénacle, fait le tour des uns et des autres, et m’écoute en aparté me présenter et lui dire que nous sommes depuis de très nombreuses années marginalisés lors de la Cérémonie de la Déportation, il me répond "les derniers seront les 1ers" puis se rattrapant un peu, il ajoute "c’est ce que dit l’évangile".

Mme Genovesio, présidente depuis 5 ans de l’association des Déportés, Internés et Résistants, réagit en se bloquant « ça sera non ! », je lui réponds que nous avons saisi la Halde et que nous espérons quelque chose de sa part. Mais elle qui il y a 3 ans disait, à titre personnel, et en tant que déportée avec sa mère lorsqu’elle était petite fille, qu’elle qui ne voyait pas d’inconvénient à ce que les homosexuels participent à la gerbe commune (mais qu’elle n’était pas maître de la décision), préfère alors se détourner.

Je note que Jean-Marc Astor, invité au titre des Oubliés de la Mémoire, n’est pas là.

2-En 1er point de l’ordre du jour est discutée la question de la cérémonie du 25 avril 2010

M. François Proisy, nouveau directeur de Cabinet du Préfet se présente comme ancien sous-préfet de Verdun, grand habitué des cérémonies commémoratives. Avant le déroulé de la cérémonie, il donne la parole à Monsieur Francis Agostini, président de la Maison du Combattant (il a le grade de commandant, il est ancien d’Algérie, et ancien conseiller régional Front National) qui est un peu remonté « nous avons été sommés par la Halde, nous ne comprenons pas très bien nous avons reçu plusieurs fois les représentants de l’association que nous respectons tout à fait, dans les locaux de la Maison du Combattant, nous nous appliquons à respecter la loi républicaine ». L’association requérante - qui a de fait été très bien reçue à la Maison du combattant en 2007 - n’est pas mentionnée.

La Halde est donc intervenue, à temps, et visiblement avec précision et fermeté, les autres interlocuteurs publics ne demandent pas davantage d’explication, ils semblent donc être au parfum.

M. Proisy m’invite alors à m’expliquer.

Je dis alors que je découvre tout cela, que nous avons effectivement saisi la Halde en septembre 2009 car depuis 15 ans les homosexuels déposent une gerbe à l’occasion de la Cérémonie de la Déportation, mais qu’ils sont repoussés après la cérémonie officielle parce que les associations de Déportés refusent de les associés à la Gerbe Unique, d’année en année il y a de plus en plus de monde après la cérémonie officielle pour accompagner la gerbe des homosexuels au point d’en faire une 2ème cérémonie, et la cérémonie de l’an dernier a été marquée par une affluence assez exceptionnelle, avec des représentants de tous les partis politiques, les lycéens mêmes sont restés, et le protocole de la Ville de Marseille était là pour nous aider come il le fait depuis de très nombreuses années. M. Proisy se tourne alors vers M. Francis Agostini : "Vous n’êtes pas contre de nouveaux contributeurs quels qu’ils soient ils ne peuvent être exclus, la porte est ouverte pour participer à la gerbe commune, il ne peut être question d’avoir un dépôt de gerbe après coup, il n’y a aucune raison d’avoir plusieurs cérémonies successives, cette situation n’est pas conforme ; les choses sont claires, le président Agostini a été clair, la porte est ouverte, plus on fait sobre et plus les choses passent".

M. Proisy pense alors avoir circonvenu sa résistance.

M. Agostini se garde de dire non, il pense cependant pouvoir reprendre l’offensive en parlant "de choses beaucoup plus graves", pour lui qui représente 46 associations "les partis politiques ! ce n’est pas une cérémonie patriotique ! il faudrait que l’Etat remette de l’ordre, à Paris au quai Branly on a voulu ajouter des civils tués en Algérie, si on laisse faire où va-t-on aller, c’est le foutoir !". Le Colonel, représentant le Général Gouverneur Militaire, ajoute "pour le 11 novembre, on a des remises de gerbes de paris politiques, c’est choquant !". M. Proisy indique qu’il y a des cérémonies officielles et d’autres non, le message est brouillé, on ne sait plus ce qu’on commémore, ….Il appartient à l’Etat de rappeler à l’ordre, … si vous êtes témoins de cela dites le nous, mettez-vous en contact avec M. Agostini, soyons tous unis". Nous sommes loin de notre sujet, M. Proisy pense un peu que le débat est clos. Il semble avoir obtenu l’intégration des homosexuels à la gerbe commune.

3-Offensive des associations de déportés

C’est alors que Mme Genovesio prend la parole "Il n’est pas question qu’ils déposent avec nous !... nous représentons les associations de déportés et leurs familles, il y avait 3 associations de déportés qui déposaient conjointement, il n’en reste qu’une, l’ADIRP". Un monsieur ajoute que l’Amicale des Déportés d’Auschwitz dépose de son côté lors de certaines cérémonies.

Je manifeste alors mon désappointement : peut-on accuser les homosexuels de n’avoir pas de familles ? On nous a dit pendant tant d’années qu’il y avait une gerbe unique, et maintenant on nous empêche d’y être associés ? C’est une question républicaine qui est ici posée, nous nous tournons vers les autorités publiques.

4-Le directeur de Cabinet du Préfet propose un moyen terme

Voyant la situation bloquée, M. Proisy insiste "intégrons le dépôt de gerbe des homosexuels (1ère fois qu’il emploie le terme "homosexuels") dans la cérémonie officielle, on ne dépose plus en catimini…Pourquoi ne les laissez-vous pas déposer avec la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, en ce cas ?" (en effet une autre gerbe est déposée par cette Fondation).

Mme Genevesio explique alors que cette Fondation, créée ces dernières années par les associations de Déportés, l’a été pour prendre le relais des différentes associations lorsqu’elles n’auront plus de survivants "c’est notre enfant" dit-elle.

M. Proisy propose alors que les homosexuels déposent leur gerbe après la gerbe Unique et après celle de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, dans le cadre de la Cérémonie officielle. Il me demande mon accord, je réponds positivement.

M. Agostini tente alors une dernière offensive : "Pour les juifs, ont peut parler d’héroïsme !". C’est alors que le chef du Protocole de la Préfecture qui a fait quelques rappels à la loi au cours de la discussion, tranche en quelque sorte, en rappelant que cette Cérémonie concerne les héros mais aussi les victimes de la déportation.

Le débat sur la première Cérémonie de ce semestre est clos.

La lutte a été sévère mais la bataille valait la peine. Les homosexuels sont enfin reconnus dans la Cérémonie officielle de la Journée Nationale du Souvenir à Marseille.

La Ville et l’Etat ont été des alliés de poids, le Conseil Général, le Conseil Régional et, le dernier arrivé, la Communauté Urbaine ont été aussi des alliés, discrets, mais tout aussi essentiels du fait de leur participation importante aux dépôts de gerbes des homosexuels, ces dernières années.

Et la Halde, discrètement, semble avoir joué un rôle décisif. Une belle bataille est gagnée, il reste maintenant aux LGBT à être à la hauteur en étant présents nombreux lors des Cérémonies à venir.

Pour la mémoire de Pierre Seel et de tous nos déportés.


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