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N’abandonnez pas les jeunes gays

date de redaction lundi 25 mai 2009


Nicolas Noguier, président du Refuge, écrit à Roselyne Bachelot à propos de son Plan Santé Jeunes, contredit par la disparition des crédits alloués à son association.


paru initialement dans le journal Libération le 19 mai 2009

Madame la ministre, le 27 février vous avez présenté en Conseil des ministres une série de mesures visant à mieux protéger la santé des jeunes, principalement de 16 à 25 ans, et à répondre à leur besoin d’autonomie et de responsabilité.

Votre Plan santé jeunes se déclinait en plusieurs points dont le repérage et la prévention de la crise suicidaire chez les jeunes homosexuels.

Cette prise de conscience fait suite au constat alarmant dressé par le docteur Marc Shelly, médecin de santé publique, que vous citez dans votre rapport.

Selon son étude, menée en 2005, les jeunes homosexuels ont entre sept et treize fois plus de risques de faire une tentative de suicide que des jeunes hétérosexuels.

Ces résultats confirment les chiffres issus des études américaines, canadiennes et australiennes : elles aboutissent, chez les homosexuels, à des chiffres de « sursuicidalité » variant de six à treize.

Les chiffres français ont été obtenus à partir d’un échantillon de 993 hommes âgés de 16 à 39 ans.

En analysant les résultats, il avait ainsi constaté que, chez les jeunes gays, les tentatives de suicide étaient fortement associées à une dégradation de l’estime de soi : 80 % de ceux qui avaient attenté à leur vie au moins une fois avaient une opinion négative d’eux-mêmes ou évoquaient un manque de respect perçu chez autrui.

Force est de constater que les moyens mis en avant dans le cadre du Plan santé jeunes ne sont pas en rapport avec les demandes formulées et que le résultat espéré (annoncé pour fin 2008) n’est pas au rendez-vous.

Quelles solutions concrètes apportez-vous au jeune rejeté par sa famille, raillé à l’école ou dans ses lieux de vie qui se retrouve devant cette extrémité qu’est le suicide ?

Quel soutien proposez-vous aux familles ?

N’aurait-il pas été plus judicieux de valoriser le travail des associations présentes sur le terrain, au plus près de l’homophobie du quotidien ?

Or, les associations ont été méprisées. Le travail de terrain, si précieux, a été balayé. Reçue à deux reprises par votre cabinet dont une première fois par votre attaché parlementaire, Pierre Bachelot, l’association nationale Le Refuge connaît de grandes difficultés suite à la suppression inexpliquée de la subvention allouée par votre ministère.

Pourquoi fragiliser, au lieu d’accompagner, la seule structure en France conventionnée pour l’accueil d’un jeune public victime d’homophobie et en situation de profond mal-être ?

Que répondre, après cette journée mondiale de lutte contre l’homophobie, à nos six jeunes actuellement hébergés qui risquent, demain, de se retrouver à nouveau à la rue faute de courage politique de l’Etat et d’abandon par votre ministère ?

Toutes vos actions, si elles sont douées de bonnes intentions, ne doivent pas se déliter peu à peu. Il faut des actions fortes, qui portent en elles une réponse adaptée aux réalités du terrain que nous, associations, constatons quotidiennement. C’est pour tout cela, madame la ministre, que nous vous faisons confiance pour prendre en compte cette souffrance majeure. Je vous demande, avec insistance, de faire preuve d’un vrai courage politique et de soutenir les acteurs de terrain qui œuvrent au quotidien pour la tolérance.

Plus d'informations :

Le site du Refuge www.le-refuge.org


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