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Les ’Oublié(e)s’ de la Mémoire réagissent au rapport Kaspi

date de redaction mercredi 19 novembre 2008


L’association, qui perpétue le souvenir des hommes et femmes homosexuels-les victimes de la barbarie nazie, s’inquiète de la disparition proposée de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la Déportation.


communiqué Les « Oublié(e)s » de la Mémoire - 17/11/2008

Le 12 novembre dernier, Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, a reçu le rapport de l’historien André Kaspi, président de la commission de réflexion sur la modernisation des commémorations publiques, laquelle a consulté l’association Les « Oublié(e)s » de la Mémoire.

Les principales conclusions de ce rapport ont suscité de vives polémique et réactions. A la lecture du rapport, nous prenons acte que les dates de commémorations ne seraient pas supprimées. De plus, Jean-Marie Bockel a exprimé « son souhait du maintien de toutes les commémorations nationales actuelles, au moins tant que les témoins et acteurs oculaires des événements commémorés sont encore en vie. »

Lors de notre rencontre avec le cabinet du ministre, en mai dernier, Les "Oublié(e)s" de la Mémoire, association civile homosexuelle du devoir de mémoire, a été invitée à rédiger un aide-mémoire à l’intention de cette commission, lequel fut transmis et pris en compte. Nous avons pu exprimer notre opinion, avancer des propositions générales sur le sujet, mais nous avons aussi transmis les attentes des personnes et des associations concernées par le souvenir de la déportation pour motif d’homosexualité. Notre association, parmi les grandes associations et fédérations d’anciens combattants et de Mémoire, a été remerciée chaleureusement dans le rapport, pour avoir accepté de participer à ses débats.

Sur ce rapport, nous avons toutefois des commentaires et des inquiétudes à exprimer. Nous avons retenu plusieurs points essentiels et apportons aux institutions nos propositions pour éviter le déclenchement de la concurrence des mémoires.

Nous constatons que quelques points de notre mémorandum ont été pris en compte comme : le souhait de l’implication plus importante de la part des médias ; l’interrogation sur l’absence des jeunes de la vie active aux commémorations ; rendre plus vivantes les commémorations par le concours des survivants, des témoins et des acteurs des évènements que l’on évoque - à condition que le témoignage soit de bonne qualité et qu’il ne déforme pas la réalité historique.

Nous partageons l’idée que le 11 novembre devienne une journée symbolique, où seraient commémorés les morts du passé - ceux de la Grande Guerre, des guerres qui ont suivi - et malheureusement ceux du présent - ceux des opérations extérieures de la France à travers le monde. Cette date serait une cérémonie majeure du calendrier mémoriel. Nous bénéficions du sacrifice de nos aînés, nous ne devons pas oublier les témoins et les acteurs qui ont souffert et ont défendu la patrie.

Pour les évènements phares de la Seconde Guerre Mondiale, nous devons continuer à respecter les dates célébrées et placer au premier plan le 8 mai, parce que c’est la victoire sur le nazisme, le triomphe de la liberté et de la démocratie.

La « révolution lente » est nécessaire, mais elle ne devra pas servir d’instrument politique au gré des idéologies ou, plus simplement des inclinations politiques. Nous sommes inquiets pourtant sur le devenir de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la Déportation (dernier dimanche d’avril). Vu les propositions de la Commission, cette journée aurait vocation à disparaître, et certaines mémoires de la Déportation se retrouveraient sur deux dates - les Résistants, le 8 mai et les victimes de la répression dite raciale lors de la journée de la Shoah, le 27 janvier. De fait, les autres catégories de victimes de la Déportation (tsiganes, témoins de Jéhovah, homosexuels, asociaux...) seraient purement et simplement effacées de l’histoire officielle. Ce que nous ne pouvons tolérer.

Si, toutefois, cette journée subsistait et devenait uniquement locale ou régionale, nous avons peur de la poursuite de certaines disparités mémorielles, constatées selon les villes. Cette commémoration ne doit pas disparaître et elle doit rester nationale avec une meilleure homogénéité sur tout le territoire. Dans notre mémorandum nous avions proposé que soit fait mention de tous les motifs de déportation lors de la lecture du message des associations de Déportés ou de l’Etat lors de grands anniversaires.

Pour une meilleure information mémorielle auprès des citoyens, et notamment des jeunes, nous proposions que soit mis en place à proximité de tous les monuments (Première guerre, etc...) un panneau pédagogique historique - comme par exemple pour ceux de la Déportation, où seraient mentionnés tous les signes de déportation (triangles, étoiles) ; s’inspirer de la plaque installée, depuis 2002, sur le monument parisien de l’Ile de la Cité.

Cette prise en considération de nos demandes pédagogiques et historiques, deviendrait une « politique moderne de mémoire », et contribuerait à la « paix sociale ».

La France ne peut non plus se résoudre à déroger à l’existence de journées internationales destinées à rendre hommage ou à sensibiliser le public à divers phénomènes de société (journée de la femme, journée de la lutte contre le sida, journée de la protection de l’enfance, journée contre l’homophobie, etc.)

Nous partageons l’idée que pour vraiment commémorer, il faut à la fois une cérémonie officielle, mais aussi des évènements culturels parallèles à l’école, dans les médias, par les voyages que les enfants et les adultes font sur des lieux de mémoire. Il faut reconstituer l’atmosphère de l’époque par le théâtre, le cinéma, la musique, des expositions. Tout cela permet aux citoyens de s’approprier la commémoration ; la cérémonie officielle ne suffit pas, elle doit être complétée par d’autres initiatives.

Les commémorations doivent transmettre des valeurs républicaines et sociales cultivant une mémoire vive et vigilante au service du présent, de la justice et de la fraternité. C’est la raison pour laquelle il faut bien réfléchir à la commémoration que l’on choisit et à la manière de la célébrer.

Notre conclusion sera celle de la commission : « Nous estimons que les commémorations nationales méritent mieux qu’un intérêt passager. Elles ne reflètent pas seulement notre passé. Elles doivent faire l’objet d’une attention constante et d’une modernisation continue. Elles affectent notre culture, notre mémoire collective, en un mot notre avenir. »

Pour l’association Les « Oublié(e)s » de la Mémoire,
Le président, Philippe COUILLET


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