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La murder music récompensée par un Césaire !

date de redaction lundi 27 novembre 2006


Le CRAN, la Fédération des Centres LGBT et An Nou Allé demandent le retrait du prix accordé au chanteur homophobe Admiral T, étrangement cautionné par la mairie de Paris, et appellent à l’annulation de son concert du 8 décembre au Zénith.


communiqué de presse An Nou Allé ! n°ANA2006/51 - 26/11/2006

Le 23 octobre dernier, Admiral T, jeune chanteur à la mode, a reçu un Césaire de la Musique dans la catégorie « Révélation ». Le 11 octobre, moins de deux semaines avant, il avait aussi soudainement que discrètement publié (sur son site Internet) un communiqué tout amour et paix : « Quiconque s’intéresse à ma carrière [sait que] je suis le premier à vouloir que les hommes et les femmes [...] de toutes moeurs puissent vivre ensemble, libres et égaux, dans la tolérance. Je suis et serai toujours pour le respect de l¹autre et des différences. Je bannis la violence et la haine [...] ».

Amnésie ou cynisme ? Quiconque s’intéresse à la carrière d’Admiral T sait précisément qu’entre 2001 et 2004, sur au moins six albums dont deux remix, il interprétait des paroles beaucoup moins amour et paix dans sa chanson « Makoumé » ou « Batty Boy Dead now » (« Pédé » ou « À mort les pédés ») - qui a, selon le site Internet Reggae.fr, « retourné les West Indies » (« les Antilles ») : « On est venu pour brûler les pédés qui restent près de l’hôtel de ville... « Tu peux en être sûr, ils ne s’en sortiront pas sans bobos... « Ce que je dis, c’est ce que je pense moi-même, je ne suis pas un menteur... « Si tuer les pédés, c’était du sexe, je serais un nympho... « Ils vont souffrir, souffrir, ils vont prendre du gaz, du gaz... « Au lieu de tirer au fusil sur ton frère, tire sur eux... « Ils vont cuire comme de l’eau dans un chauffe-eau... « Les pédés, c’est des cigarettes, brûlez-les comme des mégots... »

Qui faut-il croire, l’Admiral T de 2006 qui fait part de son amour et de sa tolérance universelle, ou l’Admiral T de 2004 qui appelle au meurtre en affirmant : « Ce que je dis, c’est ce que je pense moi-même, je ne suis pas un menteur » ? À l’évidence, Admiral T se situe dans la lignée peu glorieuse des chanteurs homophobes de dancehall, reggae, ragga & autres, comme Beenie Man, Bounty Killer, Buju Banton, Capleton, D. Pleen, Lieutenant, Sizzla ou Straika (sans même parler de Krys, le dernier en date, qui a lancé d’autres appels au meurtre contre les personnes lesbiennes, gaies, bi & trans en général et contre Vincent McDoom en particulier). Mais plusieurs de ces « artistes », véritables marchands de mort, ont déchanté quand leurs concerts ont été annulés. Ils ont appris à cette occasion que la loi n°2004-1486 du 30 décembre 2004 punit d’un an de prison ou de 45.000 euros d’amende les auteurs de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination à raison de l’orientation sexuelle.

Si le principe des Césaire de la Musique, promouvoir la musique noire francophone, paraît tout à fait louable, nous regrettons qu’un prix ait été décerné à un chanteur comme Admiral T. Soit le jury a omis de se renseigner sur cette fameuse « révélation », soit il a jugé que ses paroles de mort étaient sans gravité, soit il s’est contenté d’un communiqué de circonstance publié à deux semaines de la cérémonie... Si les chanteurs homophobes peuvent être récompensés de la sorte, en va-t-il de même pour les artistes racistes, sexistes ou antisémites ? Est-ce ainsi que l’on entend faire la promotion des cultures noires ? En mettant en avant des chanteurs qui diffusent la haine et appellent au meurtre ? Y a-t-il un règlement pour ce concours ? Que dit-il à ce sujet ? Bref, nous exigeons du jury des explications et nous lui demandons de retirer ce prix à Admiral T, qui déshonore Aimé Césaire, les autres lauréats, le concours lui-même et la mairie de Paris qui soutenait l’événement, toutes personnes qui se retrouvent associées à cette fâcheuse récompense.

À trois semaines de son prochain concert prévu vendredi 8 décembre au Zénith de Paris, nous exigeons de véritables excuses d’Admiral T, qui doit assumer la gravité de ses propos et désavouer clairement et publiquement sa chanson « Makoumé ». Nous interpellons la maison de disque d’Admiral T, Universal Music, ainsi que la chanteuse Diam’s, connue pour son engagement féministe, qui s’est récemment commise avec Admiral T. Nous interpellons la société Good Music Diffusion, organisatrice des Césaire, dirigée par Frank Anretar et Jean-Manuel Massenya. Nous interpellons les partenaires des Césaire, cautions de fait de cette récompense de la honte : la mairie de Paris (déjà citée), Léon Bertrand (ministre délégué au tourisme auprès du ministre des transports, de l’équipement, du tourisme et de la mer), RFO (service public...), le distributeur Wagram Music, le Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais), le quotidien France-Antilles, les radios Trace FM, Radio Caraïbes International, Africa N°1 et Média Tropical, le magazine WeshMag, les sites Internet Grioo.com, Ovibes.com et Zouker.com, la compagnie Air Caraïbes, les produits cosmétiques Iman de la société Sephytal, le traiteur « L’Assiette créole », la SARL « Art de fondre », la maison de champagne Nicolas Feuillatte et « Thug » (?).

An Nou Allé !
Le CRAN
La Fédération française des Centres LGBT


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