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Commémoration de la Déportation à Marseille : une régression pour les homosexuels

date de redaction mercredi 27 avril 2005


Le président de Mémoire des Sexualités fait un bilan très mitigé de la visibilité des homosexuels lors de la cérémonie et met en cause « les Oubliés de la Mémoire ».


Depuis 1995, les associations homosexuelles, emmenées par l’association Mémoire des Sexualités avaient peu à peu pris leur place en déposant leur gerbe à la fin de la cérémonie officielle. L’association avait tissé des liens avec les différentes associations de Déportés, avec l’administration des Anciens Combattants (l’O.N.A.C.) ou avec la municipalité de Marseille.

En 1996, elle avait reçu Pierre Seel pour une conférence au Goethe Institut, il avait été dignement reçu auparavant au Conseil Général des Bouches du Rhône. A nouveau en 2003, l’association avait reçu Pierre Seel, il avait, cette fois-là, participé à la cérémonie de la Déportation, et avait été fort bien accueilli à l’Hôtel de Ville. Et chaque fois, Pierre avait été très ému de l’accueil reçu à Marseille.

D’année en année, les homosexuels prenaient une place dans la cérémonie de la Déportation, l’aumônier citait la déportation homosexuelle parmi les différentes déportations. Et surprise en 2003, le représentant des déportés, s’exprimant au nom des autres associations, évoquait « à titre personnel » la déportation des homosexuels, dans sa prise de parole officielle.

Le chef du protocole, cette année-là annonçait au micro le dépôt de la gerbe des homosexuels après la cérémonie officielle, accompagnant Pierre Seel et sa délégation lors du dépôt de leur gerbe. Nombreux étaient ceux qui y assistaient, homosexuels ou non, élus et militants divers.

En 2 ans, l’association « les Oubliés de la Mémoire » a tout fait capoter. En 2005, il n’y a plus rien de tout cela et l’association explique, sans ciller, qu’il n’y a plus besoin de rien puisqu’elle est reçue au ministère et qu’elle arbore sans difficulté son drapeau tricolore au triangle rose lors de la cérémonie officielle.

Apparue 4 jours avant la cérémonie de 2003, récupérant alors sans honte la venue de Pierre Seel à Marseille, profitant de la réception en mairie pour déployer son drapeau, l’association « les Oubliés de la Mémoire » adoptait sans vergogne le titre du dernier livre de Jean le Bitoux et s’imposait, sans la moindre concertation avec les associations marseillaises, et sans la moindre discussion préalable avec Pierre Seel. .

Pour éviter toute zizanie publique, Mémoire des Sexualités s’est gardée de se mettre en avant en 2004, « les Oubliés de la Mémoire » occupaient seuls le terrain, mais ils s’en sont tenus au seul port de leur drapeau : ils n’ont pas pris l’initiative d’un dépôt de gerbe en fin de cérémonie. Pour eux, les homosexuels étaient désormais acceptés puisque leur drapeau était là. Ils n’avaient même pas besoin de mobiliser les lesbiennes et les homosexuels, quelques membres du bureau de la LGP et le porte-drapeau - ancien de la guerre de Yougoslavie reconverti - suffisaient. Il est vrai que cette association emmenée par le président de la Lesbian & Gay Pride Marseille tenait à garder les meilleures relations avec le Maire de Marseille, pour eux ce compromis là est le plus présentable.

Début 2005, le contexte est devenu subitement très différent, « les Oubliés de la Mémoire » qui n’avaient jusque là pas déposés leurs statuts se font reconnaître par le ministère des Anciens Combattants, soutenir par la fédération des CGL et sont à deux doigts d’être cooptés par l’Inter LGBT Ile de France.

Devant une telle coalition, fallait-il baisser les bras ? Persuadée de la nécessité de mobiliser les homosexuel/les pour déposer une gerbe, Mémoire de Sexualités reprend l’initiative, elle annonce tranquillement qu’elle déposera une gerbe, elle en parle aux réseaux associatifs. Rapidement, très nombreux sont ceux qui manifestent leur solidarité : lesbiennes du CEL ou de l’UEEH, gays de David et Jonathan, de ECHO ou de AIDES, transsexuels de Caritig, et bien d’autres.

Dix ans plus tard, les homosexuels seront bien encore là, pour déposer leur gerbe après la cérémonie officielle. Mais cette fois, ils dérangent. Les associations d’Anciens Combattants, la municipalité, l’O.N.A.C. avaient trouvé ailleurs des homosexuels conciliants, moins gênants et, qui plus est, reconnus « officiellement ». La presse appréciait leur triangle habile et leur « reconnaissance » fraîchement acquise.

Contre les indésirables avec leur gerbe, le black out a été organisé. L’adjoint aux Anciens Combattant, si accueillant 2 ans auparavant avec Pierre Seel, rabrouait les importuns, l’aumônier ne parlait plus des différentes déportations, le porte-parole des Anciens Combattants, Déportés et Résistants se gardait bien de manifester à nouveau son ouverture passée, le chef du Protocole ne citait pas ce dépôt de gerbe intempestif, faisait prestement remballer le micro et n’incitait pas les anciens Déportés et les porte-drapeaux à laisser place à la « gerbe homosexuelle ».

Suprême négligence, le porte-drapeau des « Oubliés de la Mémoire » courrait à l’Hôtel de Ville serrer la main du Maire qui, pour la première fois depuis bien longtemps, ouvrait sa mairie aux Déportés, Résistants et porte-drapeaux. Ainsi, il n’assistait même pas au dépôt de gerbe des homosexuels.

Dans ce contexte, ils n’étaient pas nombreux autour de leur gerbe, mais ils étaient sûrs de leur volonté et de leur droit : si les homosexuels n’ont plus de place, il leur faut la prendre.

Non informée de ce dépôt de gerbe officieuse, la presse était curieuse et attentive. Mais lorsque après la cérémonie, le porte-parole de Mémoire des Sexualités a pris le temps de répondre aux questions des journalistes, le président des « Oubliés de la Mémoire », toujours inquiet de ses relations avec la presse, n’a eu de cesse d’intervenir pour tenter de le discréditer. Belle image de zizanie affichée publiquement.

La presse a donné une place à ce dépôt de gerbe, trop peut-être au regard de son importance réelle et compte tenu du monde, beaucoup plus important que d’habitude, présent à la cérémonie officielle (il faut dire que cette année de 50ème anniversaire de la Libération et de 90ème anniversaire du génocide Arménien les mobilisait largement : le Maire, le Préfet de Région, le Président du Conseil Général étaient là, en personne).

Elle a parlé aussi de ces dissensions... Mais elle en a l’habitude, à Marseille.

Question ultime, pourquoi le président de la LGP - Oubliés de la Mémoire a-t-il si peu utilisé son carnet d’adresse pour mobiliser sa « communauté » autour de cette cérémonie ? Les homosexuels/les comptent-ils si peu, dans cette affaire qui concerne pourtant leur mémoire, et la reconnaissance de leur histoire ?

Christian de Leusse
Mémoire des Sexualités
27 avril 2005


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