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Les associations de déportés envisagent la participation des associations homosexuelles aux cérémonies du Souvenir

date de redaction mercredi 20 avril 2005


Compte-rendu des discussions engagées avec la FNDIR et l’UNADIF.


Dimanche 24 avril sera célébrée la prochaine Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation. Soixante ans après la libération des camps et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, cette commémoration verra, plus encore que d’habitude, la nation se rassembler pour pérenniser la mémoire de la déportation et célébrer les valeurs qui en sont issues. Mardi 15 mars, désireuses de participer dans les meilleurs conditions possibles à ce rassemblement, trois formations politiques proches de la majorité ou de l’opposition [1] et sept associations LGBT [2], rejointes par le collectif Homoboulot et par la fédération nationale jeune et étudiante mOules-frItes, ont appelé les déporté/es, les élu/es et l’État à laisser une place au souvenir de la déportation pour homosexualité partie de France durant la Seconde Guerre mondiale.

Jeudi 7 avril, deux des signataires de cet appel étaient reçus par la FNDIR (Fédération nationale des déportés et internés de la résistance) et par l’UNADIF (Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus), représentées par le président de l’UNADIF et vice-président de la FNDIR, Monsieur François Perrot, et par le secrétaire général de l’UNADIF et de la FNDIR, Monsieur Pierre Eudes. La Fédération des CGL était représentée par un de ses secrétaires nationaux, David Auerbach. Les "Oublié(e)s" de la Mémoire étaient représentés par leur vice-président, Philippe Couillet. Cette délégation accueillait également Michel Celse - normalien, agrégé d’Allemand, auteur de l’article "Nazisme" dans le "Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes" (paru aux éditions Larousse en 2003), auteur avec Pierre Zaoui de l’article "Négation, dénégation : la question des triangles roses" dans "Consciences de la Shoah : critique des discours et des représentations" (paru aux éditions Kimé en 2000).

Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF ont souhaité que les Journées du souvenir de la déportation se tiennent désormais dans la sérénité. Ils ont fait état des remarques de certains déportés, qui regrettent l’écho médiatique parfois exagéré donné en France à la déportation pour homosexualité, "au risque de déformer l’histoire et de laisser accroire à l’opinion publique que tous les déportés étaient homosexuels !"

La délégation de signataires de l’appel du 15 mars a remercié la FNDIR et l’UNADIF de recevoir, pour la première fois, des associations oeuvrant au souvenir de la déportation homosexuelle (déportation pour homosexualité). La délégation a rappelé qu’elle était parfaitement consciente que de telles associations ne sont pas, jusqu’à preuve du contraire, des associations de déporté/es. Elles n’ont donc en aucun cas la légitimité des associations de déporté/es sur les questions touchant à la déportation. Elles ont toutefois leur propre légitimité sur les questions touchant à la déportation homosexuelle, légitimité qui leur donne une place dans le travail de mémoire de la déportation et de transmission des valeurs qui en sont issues. Cette place n’est en aucun cas la première, mais elle existe et doit être reconnue à sa juste valeur : ni plus, ni moins. Cette juste valeur doit notamment tenir compte des "5.000 à 15.000 déportés [pour homosexualité], dont 3.000 à 9.000 n’ont pas survécu" ("Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes", page 337). Elle doit aussi tenir compte de l’importance respective des contingents de victimes de la déportation parties de France (en ses frontières du 3 septembre 1939) : 76.000 au titre de leur judéité, dont 3% sont revenues, et 86.700 à un autre titre, dont plusieurs dizaines au titre de leur homosexualité soit environ 1 pour 1.000 (selon le rapport du colonel Mercier publié le 15 novembre 2001 par la Fondation pour la mémoire de la déportation).

Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF sont convenus de ce rappel.

La délégation a ajouté qu’une place devrait éventuellement être faite, dans la mémoire de la déportation, aux détenus de droit commun emprisonnés en application de la législation homophobe promulguée le 6 août 1942 par le régime de Vichy, puis déportés avec d’autres détenus de droit commun. La délégation a cependant constaté qu’à ce jour aucun cas concret de ce type n’était recensé. Elle a ensuite exposé certains des chefs de discussion formulés avec l’appel du 15 mars :

1°/ Concernant le premier chef de discussion, relatif à la préparation des cérémonies des Journées du souvenir de la déportation en 2005 et après, les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF n’ont pas vu d’inconvénient à ce que les organismes en charge de la préparation des cérémonies puissent, d’une part, informer les associations porteuses de la mémoire des victimes homosexuelles du système concentrationnaire des décisions prises lors des réunions de préparation des cérémonies, puis, d’autre part, relayer leurs éventuelles suggestions au cours des réunions suivantes.

2°/ Concernant le deuxième chef de discussion, relatif à la participation aux cérémonies, la délégation de signataires de l’appel du 15 mars a rappelé son souhait que ces associations soient, comme toutes les associations qui oeuvrent au souvenir de la déportation, invitées officiellement aux cérémonies pour qu’elles puissent s’associer officiellement aux commémorations et à l’hommage rendu aux déporté/es. Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF ont de nouveau demandé que leur présence ne donne pas à la déportation homosexuelle une place hors de proportion.

3°/ Concernant le troisième chef de discussion, relatif au message lu à l’occasion des cérémonies, la délégation de signataires de l’appel du 15 mars a rappelé son souhait que le message lu dimanche 30 avril 2006 évoque les minorités dans la déportation : Roms, témoins de Jéhovah, noir/es africain/es ou antillais/es, homosexuel/les, "asociaux"... Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF ont envisagé d’étudier ce souhait avec leurs instances propres et avec leurs partenaires - ADIR (Association des déportées et internées de la résistance), FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes), UNDIVG (Union nationale des déportés, internés et victimes de guerre), FMD (Fondation pour la mémoire de la déportation).

4°/ Sur le quatrième chef de discussion, relatif à la "gerbe unique" déposée au cours des cérémonies, la délégation a rappelé son souhait que les associations qui oeuvrent au souvenir de la déportation homosexuelle soient admises à participer au financement de la gerbe unique, notamment au cours de la cérémonie "nationale" se tenant à Paris. Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF ont rappelé leur attachement au principe de la gerbe unique, "déposée en souvenir de tous les déportés", et ont envisagé d’étudier ce souhait avec leurs instances propres et avec leurs partenaires. Ils ont cependant fait état des remarques de certains déportés, qui s’indignent que ces associations prétendent déposer la gerbe unique à leur place. La délégation a affirmé sa volonté que la première place soit effectivement laissée aux déporté/es, ces associations n’ayant nullement pour vocation de se substituer à eux. Elle a précisé que la présence officielle au sein de la cérémonie, au moment du dépôt de la gerbe unique, constituait la seule forme de participation à ce dépôt souhaitée par les signataires de l’appel du 15 mars. Toutefois, vendredi 15 avril, huit jours après cet entretien, la FNDIR et l’UNADIF ont indiqué que ces associations ne seraient pas admises à participer au financement de la gerbe unique déposée à Paris. La délégation estime que ce refus légitime le dépôt d’une gerbe distincte.

6°/ Concernant le sixième chef de discussion, relatif aux recherches sur la déportation homosexuelle, la délégation a proposé que la FNDIR et l’UNADIF publient dans leur revue interne, "Le Déporté pour la liberté", un appel à témoignage à ceux qui auraient, dans les camps, connu ou observé des hommes ou des femmes déporté/es pour homosexualité et portant ou non le triangle rose ou le triangle noir (une initiative similaire avait été adoptée le 10 février par la FNDIRP sur proposition de certaines associations). Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF ont indiqué qu’ils soumettraient cette proposition au comité de rédaction de leur revue. Ils ont toutefois remarqué que les lesbiennes n’étaient pas concernées par le paragraphe 175 du code pénal allemand, lequel réprimait exclusivement l’homosexualité masculine. Ils ont estimé que l’examen de la question du souvenir de la déportation pour lesbianisme ne semblait pas possible dans le temps restant à courir avant le dimanche 24 avril. Ils ont donc envisagé que cette question puisse faire ultérieurement l’objet des concertations nécessaires.

Pour conclure, la délégation a estimé qu’oeuvrer au souvenir de la déportation homosexuelle, c’est vouloir faire avec l’ensemble des déporté/es acte de mémoire - parce qu’il convient d’oeuvrer au "souvenir des souffrances et des tortures subies" par des Français/es déporté/es au motif que leur orientation sexuelle ou leur identité de genre n’étaient pas conformes à l’idéologie nazie - et acte de pédagogie - parce que l’honneur et l’unité de la communauté nationale demandent qu’elle reconnaisse les violences subies par ses membres sans distinguer selon leur orientation sexuelle ou leur identité de genre.

Les représentants de la FNDIR et de l’UNADIF et la délégation de signataires de l’appel du 15 mars sont convenus de se retrouver pour évoquer l’évolution de ces chefs de discussion. Après deux heures de discussion franche et cordiale, Messieurs Perrot et Eudes ont offert à la délégation un exemplaire du recueil de témoignages publié en 1997 par leurs deux structures, "Jusqu’au bout de la Résistance" (éditions Stock, avec Bernard Fillaire).

Pour l’INTER CENTRES LGBT,
Matthieu Chaimbault & Alexandre Defosse

Pour les "Oublié(e)s" de la Mémoire,
Le Président, Jean-Marc Astor

Notes :

[1] "Aujourd’hui, autrement", "On est là !", la Commission nationale LGBT des Verts

[2] La Fédération des CGL, le Collectif contre l’homophobie et pour l’égalité des droits, les "Oublié(e)s" de la Mémoire, la Coordination InterPride France, les Flamands roses, Mélo’Men, les Gais et lesbiennes branchés


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