La France Gaie et Lesbienne
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Le dialogue s’instaure pour associer les homosexuels aux cérémonies du souvenir de la déportation

date de redaction jeudi 7 avril 2005


Le 15 mars, dix associations et formations politiques appelaient la nation à étendre le travail de reconnaissance de la déportation homosexuelle au delà de l’enceinte délimitée par le périphérique parisien... Ouvert le 11 mars avec le ministère délégué aux anciens combattants, le dialogue qu’elles souhaitaient s’est prolongé le 30 avec l’ONAC de façon optimale et se poursuivra le 5 avril avec la Fondation pour la mémoire de la déportation, puis le 7 avec deux fédérations de déporté/es, la FNDIR et l’UNADIF.


communiqué inter-associatif - 6/4/2005

Mardi 15 mars, quarante jours avant la prochaine "Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation" qui sera célébrée dimanche 24 avril prochain, dix associations et formations politiques - la Fédération des CGL, le Collectif contre l’homophobie et pour l’égalité des droits, les "Oublié(e)s" de la mémoire, la Coordination InterPride France, les Flamands roses, Mélo’Men, les Gais et lesbiennes branchés, "Aujourd’hui, autrement", "On est là !" et la Commission nationale LGBT des Verts - appelaient État, élu/es et associations de déporté/es à faciliter la commémoration de la déportation pour homosexualité partie de France durant la Seconde Guerre mondiale (et à poursuivre ainsi le travail de reconnaissance entamé par le Premier ministre le 26 avril 2001).

Vendredi 11 mars, lors d’un entretien avec le ministère délégué aux anciens combattants, les signataires de cet appel avaient rappelé que selon le rapport du colonel Mercier publié le 15 novembre 2001 par la Fondation pour la mémoire de la déportation, 210 personnes au moins ont été victimes de cette déportation (dont 206 à partir de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin annexés par l’Allemagne). Ils avaient rappelé que le témoignage porté par Pierre Seel depuis le 28 mai 1981 a mis en évidence, pour ce qui concerne ces trois départements, le rôle des fichiers de police des homosexuels constitués par la République française avant le 17 juin 1940 (puis utilisés par les autorités allemandes alors qu’ils auraient dû être détruits). Les signataires avaient formulé sept chefs de discussion concernant

  • la préparation des cérémonies du 24 avril,
  • la participation à ces cérémonies,
  • le message lu puis
  • la gerbe déposée au cours de ces cérémonies,
  • le site Internet de la Mission du soixantième anniversaire de la libération des camps,
  • les recherches sur la déportation homosexuelle et enfin
  • le concours national de la résistance et de la déportation.

Voici un premier compte rendu des démarches entamées depuis le 15 mars :

Dialogue avec l’ONAC

Mercredi 30 mars, deux des signataires - la Fédération des CGL et les "Oublié(e)s" de la mémoire - étaient reçus par l’ONAC (Office national des anciens combattants et victimes de guerre). Ils ont pu constater la pertinence des lettres-types adressées le 15 mars aux directeurs départementaux de cet établissement public administratif (placé sous la tutelle du ministre délégué aux anciens combattants). Concernant le chef de discussion n°1, le directeur général de l’ONAC, Monsieur Guy Collet, s’est engagé à étudier le principe d’une circulaire aux directeurs départementaux de son établissement les invitant, d’une part, à informer les associations qui oeuvrent au souvenir de la déportation homosexuelle des décisions prises lors des réunions de préparation des cérémonies, puis, d’autre part, à relayer leurs éventuelles propositions au cours des réunions suivantes. Concernant le chef de discussion n°2, Monsieur Collet a envisagé de convier dans une même circulaire ses directeurs départementaux à inviter officiellement ces associations aux cérémonies - ou à se rapprocher des autorités préfectorales ou municipales ou des associations de déporté/es afin qu’elles soient invitées officiellement.

Les autres chefs de discussion n’étaient pas du ressort de l’ONAC, cependant les deux signataires de l’appel du 15 mars ont pu les exposer à son directeur général et à Madame Anne-Sophie Pottier, chef du département de la mémoire combattante. À cette occasion, Monsieur Collet a fait état des remarques de certain/es déporté/es, qui voient dans les démarches menées en souvenir de la déportation homosexuelle une sorte d’évocation des chantages sexuels voire des viols perpétrés par des kapos. Les deux signataires de l’appel du 15 mars ont rappelé que la déportation de personnes homosexuelles au titre de leur homosexualité n’avait rien à voir avec les rapports sexuels consentis ou imposés entre déporté/es de même sexe, homosexuel/les ou non. OEuvrer au souvenir de la déportation homosexuelle, c’est vouloir faire avec l’ensemble des déporté/es acte de mémoire - parce qu’il convient d’oeuvrer au "souvenir des souffrances et des tortures subies" par des Français/es déporté/es au motif que leur orientation sexuelle ou leur identité de genre n’étaient pas conformes à l’idéologie nazie - et acte de pédagogie - parce que la communauté nationale doit pour son honneur et pour son unité cesser de minorer voire d’ignorer les violences endurées par ses membres lesbiens, gais, bi ou trans.

Après deux heures d’une discussion franche et cordiale, le directeur général de l’ONAC a pris note de ces arguments et exprimé fortement son "refus" de "toute intolérance". Il a invité les signataires de l’appel du 15 mars à revenir prochainement vers lui pour évoquer l’évolution de leurs chefs de discussion et envisager leur participation aux collectes du Bleuet de France, les 8 mai et 11 novembre prochains.

Dialogue avec la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

Mardi 5 avril, les signataires de l’appel du 15 mars sont invités à rencontrer la FMD (Fondation pour la mémoire de la déportation) pour évoquer plus avant leurs chefs de discussion n°6 (recherches sur la déportation homosexuelle) et 7 (concours national de la résistance et de la déportation).

Dialogue avec les fédérations de déporté/es

Jeudi 7 avril, ils sont invités à être entendus par la FNDIR (Fédération nationale des déportés et internés de la résistance) et l’UNADIF (Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus) pour évoquer plus avant leurs chefs de discussion n°3 et 4 (message lu puis gerbe déposée au cours des cérémonies). En revanche, ils n’ont pas encore pu obtenir d’être invités par la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes) pour évoquer les mêmes chefs de discussion.

Deux autres associations oeuvrant au souvenir de la déportation homosexuelle - le MDH (Mémorial de la déportation homosexuelle) et l’Inter-LGBT - avaient rencontré la FNDIRP le 10 février : l’Inter-LGBT avait notamment "affirmé sa volonté de ne plus procéder à terme à un dépôt de gerbe spécifique en marge de la cérémonie officielle [à Paris] afin de s’intégrer pleinement à [cette] cérémonie" (communiqué de l’Inter-LGBT du 4 mars) ; de son côté, la FNDIRP avait "donné son accord [pour faire] un appel à témoignage à ceux qui auraient, dans les camps, connus des personnes déportées pour homosexualité" ("Le Patriote résistant", revue de la FNDIRP, livraison de mars). Cependant, la FNDIRP ne semble s’être prononcée, ni sur l’énonciation des motifs de déportation dans le message lu au cours des cérémonies, ni sur la participation des associations qui oeuvrent au souvenir de la déportation homosexuelle au financement et au dépôt des gerbes uniques. Par ailleurs, alors qu’un article de sa revue avait clairement évoqué cette déportation dès juin 2001, un nouvel article semble l’évoquer moins clairement dans sa revue de mars dernier.

Dialogue avec le gouvernement

Lundi 11 avril, les signataires de l’appel du 15 mars sont invités à revenir vers le ministère délégué aux anciens combattants pour évoquer l’évolution de leurs chefs de discussion, particulièrement le n°2 (touchant à la circulaire ministérielle aux préfet/es expressément demandée le 11 mars), le n°5 (touchant au site Internet de la Mission du soixantième anniversaire de la libération des camps qui ignorait, au 11 mars, les déportations homosexuelle, noire et rom) et le n°6 (touchant aux recherches sur la déportation homosexuelle).

Inter-Centres-LGBT - Les Oubliés de la Mémoire - Homoboulot


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