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La rentrée chargée de Jean-Luc Romero

date de redaction lundi 30 août 2004


Ce document est publié dans le prochain numéro d’IBnews, disponible gratuitement dans plus de 370 établissements gays et amis à partir du 1er septembre 2004. Il est reproduit avec l’aimable autorisation de la publication.


Dans quelques jours, vous allez donner le coup d’envoi d’une nouvelle formation politique : Aujourd’hui, Autrement. Vous continuez de soutenir l’actuelle majorité. Pourquoi ne pas avoir créé un courant dans l’UMP ou rejoint l’UDF ?

Créer un courant... dans la situation actuelle de l’UMP, cela me paraît à la fois difficile mais aussi trop réducteur. Difficile, car eu égard au positionnement de beaucoup de parlementaires de la majorité, il était impossible d’en trouver 10 issus de 10 départements différents (conditions incroyables prévues par les statuts de l’UMP) soutenant notre projet atypique et novateur [...]. Nous serons le premier mouvement politique à soutenir dans son programme l’extension du mariage aux conjoints de même sexe et la prise en compte de l’homoparentalité dans notre politique familiale [...]. Réducteur ensuite parce que je ne pense pas, qu’actuellement dans le parti majoritaire, on puisse défendre des idées aussi novatrices. De plus, il n’y a aujourd’hui plus aucune stratégie à l’UMP, on ne sait pas où va ce mouvement. Concernant l’UDF, malgré une image moderne, elle ne m’apparaît pas encore suffisamment en phase avec la société dans laquelle nous vivons.

De la dépénalisation de l’euthanasie à l’encadrement strict de l’expérimentation sur les OGM en passant par la majorité civile et civique à 16 ans, l’assouplissement des 35 heures ou encore la création d’une Europe fédérale, votre manifeste émet des propositions défendues par des partis antagonistes. Comment vous situez-vous alors sur l’échiquier politique français ?

Je ne crois plus vraiment dans les clivages actuels [...]. A Aujourd’hui, Autrement, nous voulons faire de la politique autrement : il nous apparaît urgent de fracasser les lignes partisanes actuelles qui ne représentent plus rien pour les Français [...] puisqu’ils zappent d’élection en élection, passant indifféremment de la droite à la gauche. Toutes nos propositions ont une vraie cohérence : elles prennent en compte les aspirations et les modes de vie des Français. Elles dépassent les clivages surannés.

Vu l’actuel manque de représentation des petites formations, quitter un grand parti n’est-il pas un pari risqué ?

Je ne quitte pas encore mon ancien parti : notre mouvement permettra la double appartenance, comme le fait déjà le Parti radical. D’autre part, les petits partis peuvent avoir un vrai rôle [...]. Cap 21, le mouvement de Corinne Lepage, fait des scores de plus en plus forts et dépasse à chaque élection où il se présente les 3%, ce qui lui permet de négocier des alliances intéressantes au moment des scrutins et d’imposer ainsi aux grands partis certaines de ses options fondamentales. Créer un parti peut donc être un moyen efficace pour faire avancer des idées. De même, les Français sont attachés au pluralisme de notre vie politique et ont plusieurs fois refusé le bipartisme : la gauche plurielle n’existe plus et l’essor de l’UDF indique que l’UMP n’a pas totalement convaincu dans sa stratégie de parti unique à droite et au centre. Enfin la vie est faite de risques, la vie politique aussi et c’est ce qui la rend exaltante.

Vous écrivez que « les Français ne croient plus en la politique car ils trouvent leurs représentants trop décalés par rapport à leurs modes de vie ». En quoi créer la VIe République « pour rénover nos pratiques politiques » comme vous le proposez est-il une solution suffisante ?

Créer la VIe République ne résoudra évidement pas ce décalage par un coup de baguette magique, mais c’est un moyen efficace de développer de nouvelles pratiques politiques. Les réformes que nous proposons permettent de rapprocher les citoyens de leurs élus et d’empêcher l’absence de renouvellement de l’élite et donc de favoriser l’adéquation de nos élus avec les évolutions de la société. C’est ainsi que nous proposons la reconnaissance du vote blanc comme un suffrage exprimé, de rendre le vote plus facile (vote électronique), plus compréhensible (simplification et unification des modes de scrutin) et plus juste (dose de proportionnelle)... Mais réformer les institutions ne suffit évidemment pas : nous proposons de faire des questions de société des questions majeures [...] car ce sont les questions de la vie quotidienne, celles qui intéressent et mobilisent nos concitoyens.

Depuis plusieurs mois, vous militez avec de nombreuses associations pour que la lutte contre le sida soit la Grande cause nationale 2005. Où en est ce dossier ?

Cela fait plus de 2 ans que je mobilise associations et politiques pour que la lutte contre le sida soit déclarée grande cause nationale en 2005. En juillet, avec 11 associations, j’ai déposé officiellement le dossier de candidature au ministre de la Coopération lors du congrès international sur le sida à Bangkok. Ce dossier est actuellement examiné par le Premier ministre. J’ai bon espoir car Jean-Pierre Raffarin m’a promis de le soutenir et l’a annoncé publiquement. Ce sera un signal fort à un moment où les comportements de prévention se relâchent gravement, notamment chez les gays. Cette décision m’apparaît essentielle car je pense que le sida se soigne aussi par la politique et que nous avons besoin de signaux forts au plus haut niveau de l’Etat ! Réponse définitive : fin septembre.

Le procès de votre outing continue en septembre devant la Cour d’appel. Les premiers juges vous ont donné raison. Qu’espérez-vous de la suite de cette affaire ?

Ce n’est pas moi qui ai fait appel mais le journaliste [Alain Royer, ndlr] qui m’a dénoncé. J’espère que la Cour d’appel confirmera la décision du TGI de Paris. Outre le fait que je n’avais aucune raison d’être outé, eu égard à mes combats constants en faveur des homos, je considère l’outing comme un procédé honteux hérité des pires pratiques des collabos. Même si je peux comprendre l’envie qu’on peut avoir de dénoncer un homo qui tient des propos homophobes, je crains que si nous entrons dans ce système, cela conduira à un engrenage. Et rien ne pourra ensuite empêcher l’extrême droite de dénoncer n’importe quelle personnalité qui n’a pas, à son sens, un comportement éthique. Ce procès doit rappeler aussi que chacun a droit au respect de son intimité particulièrement les homos car l’homophobie reste une terrible réalité de nos jours, mais aussi que c’est uniquement à la personne concernée de dire son homosexualité et certainement pas à un journaliste !

Votre nouveau livre, Je n’ai jamais connu Amsterdam au Printemps, sort le 13 septembre. Comme dans vos 2 premiers ouvrages, vous y relatez une partie de votre vie personnelle alors que vous réclamez devant les tribunaux le respect de votre intimité. On a pu vous le reprocher...

Je ne dis rien dans ce livre qui soit impudique. Parler de mes souffrances quotidiennes est un moyen de rappeler à quel point être séropositif n’est pas une sinécure et cela est utile pour ceux qui sous estiment la nécessité de se protéger. Par ailleurs, je n’ai jamais été opposé à ce qu’une personnalité évoque sa vie si cela permet de mieux appréhender l’homme ou la femme public. Ce que je conteste c’est que ce soit un tiers, en l’espèce un journaliste, qui dévoile votre intimité, car cela est inacceptable dans le pays des droits de l’homme.

Après votre Lettre à une droite maladroite, vous aviez encore des choses à dire sur la politique ?

Il m’apparaissait important de faire le bilan de mon action de secrétaire national de l’UMP, voir si mon action a été utile, rappeler l’urgence de certaines réformes et d’expliquer pourquoi il m’apparaît important de créer à la rentrée un parti -Aujourdhui, Autrement- qui mette les questions de société au cœur de son projet.

Propos recueillis par Loïc Frossard
© IBnews, septembre 2004. Tous droits réservés.

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