La France Gaie et Lesbienne
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Le jour J de Franck et Thierry

date de redaction mercredi 28 juillet 2004


Le 24 juillet, Franck Duhamel et Thierry Decambeau ont été unis en mairie « au nom des valeurs républicaines ». Plus tard dans la journée, un mariage religieux a été présidé par la pasteure Caroline Blanco. Ce fut une très touchante expression d’amour, un samedi, en Normandie. IBnews y était.


Les derniers préparatifs

Le mariage de Bègles aurait-il fait des émules À Caudebec-lès-Elbeuf, petite ville située à une trentaine de kilomètres au Sud de Rouen, on se défend de vouloir jouer un remake du 5 juin. En effet, c’est en mars 2004 que Noël Caru, maire divers gauche (ex-PS) de la commune, avait retenu la possibilité d’une « cérémonie symbolique » en mairie. Quelques temps avant le jour J, l’essentiel était déjà en place. Il restait bien sûr les derniers détails. Préparer la salle vendredi soir. Et samedi, pas une seconde à perdre : revoir la salle une dernière fois, décorer les voitures. C’est Thierry qui a décoré l’inévitable voiture-balai et, naturellement, celle des mariés, une flambant neuve 307 CC noire. Puis vient l’heure de l’habillage. Costume gris anthracite, cravate rayée gris-blanc et chemise blanche pour Franck ; costume noir col Mao, cravate grise et chemise blanche pour Thierry. « On ne fait pas ça à la légère », confie Franck mi-ému, mi-stressé. Plusieurs semaines après son agression par un collègue de travail qui devait être son témoin, Franck va mieux. La vie a repris ses droits.

À la Mairie

13 heures. Une heure avant la cérémonie, quelques badauds affluent déjà. Selon une femme venue voir « de loin, pour rigoler », « l’homosexualité est un dysfonctionnement du cerveau ». Ce fut une des rares paroles plus bêtes que méchantes de la journée. Après les réactions menaçantes du gouvernement suite au mariage de Bègles, il n’était plus question de mariage traditionnel. À 13 heures 45, il n’y a plus une place assise dans la salle des mariages. De nombreux journalistes et photographes se pressent autour du couple. Noël Caru, pourtant en vacances à plus de 1.000 kilomètres de Caudebec-lès-Elbeuf, provoque la surprise en revenant exprès pour présider la cérémonie. « Je suis revenu pour ne pas laisser croire que j’avais pris une décision, seul, et que je me défilais devant mes responsabilités », a-t-il justifié. Peu avant 14 heures, Noël Caru, prend la parole. Il prononce d’abord un discours en forme de règlement de comptes. Sur Noël Mamère : « Ce n’est pas ma vision de la démocratie ». À Lionel Jospin : « Vous n’avez pas su trancher et, aujourd’hui encore, vous vous opposez au mariage des homosexuels. Ne soyez pas étonné de votre résultat aux élections présidentielles ». Il s’est également défendu d’avoir donné les coordonnées de Franck et Thierry, ce qui contredit ce que ceux-ci ont déclaré dans IBnews le mois dernier Constatant que le Code civil actuel, « totalement désuet », ne permet pas le mariage d’un couple de même sexe, il a indiqué qu’il ne peut pas exiger de ses administrés qu’ils respectent la loi s’il n’en donne pas lui-même l’exemple. Le contenu de la séance s’est donc limité à une « cérémonie solennelle ». Pas d’écharpe tricolore, pas de livret de famille, pas d’inscription au registre d’état civil, pas de lecture des fameux articles 212 et suivants du Code civil. Un peu déçus par cette demi-mesure, Franck et Thierry admettent quand même que « pour un couple homosexuel, être uni dans une mairie, c’est un grand pas ». Après l’échange des consentements, le maire a déclaré le couple uni « au nom des valeurs républicaines ». C’est dans une émotion palpable que les actes ont été signés par les mariés, les témoins et le maire. Pour finir, les alliances en or blanc, les prénoms gravés à l’intérieur. Et le petit baiser se transforma en longue étreinte. Dans l’enthousiasme, une conférence de presse s’improvise. « Si j’étais contre le mariage de Franck, je ne serais pas là. Je suis fière de mon fils », affirme sa mère. Celui-ci confie : « Je suis sur un petit nuage », « C’est très intense ». Thierry pense déjà à l’adoption : « Si je peux rendre heureux un enfant qui ne l’est pas, alors je le ferai ». Puis avec solennité : « J’aime Franck ». À l’extérieur, un joli petit monde attend le couple et les couvrent de riz et de confettis. Sur le parvis de la Mairie, SOS Homophobie a déroulé un rainbow-flag et accueille les amoureux aux cris de « Vive les mariés ! Vive la République ! », « Les français évoluent plus vite que le gouvernement ! ». Vers 15 heures, direction Sotteville-sous-le-Val pour la bénédiction. Sur la gauche en partant, des applaudissements s’élèvent de la terrasse du Café de l’Hôtel de ville. Plus loin, d’autres habitants saluent le cortège. Seul bémol : la police aurait interpellé 4 ou 5 individus suspectés de vouloir jeter des œufs à la sortie du couple.

L’union devant Dieu

16 heures. De la ville à la pleine campagne et de la presse à l’intimité, le changement d’ambiance est radical. Le couple et ses proches retrouvent dans une salle à flanc de colline, recouverte de vigne vierge. La bénédiction est dirigée par la pasteure Caroline Blanco, responsable du Centre du Christ Libérateur (CCL). Elle a déjà uni de nombreux couples homosexuels. « Aucune des 400 bénédictions que j’ai célébrées ne m’a rapporté le moindre profit pécuniaire, mais beaucoup de bonheur et de satisfaction », dit-elle avec un sourire. Sa vocation ? Poursuivre l’œuvre du pasteur Joseph Doucé ayant opéré la première bénédiction d’un couple homosexuel en 1976. Il voulait « être au service des humains pour la gloire de Dieu ». Le CCL n’est pas une « Église de plus, nous sommes une Église temporaire », explique Caroline Blanco. « Le but de notre Église, c’est de réconcilier chacun avec sa propre religion ». Comme tous les couples unis par le CCL, Franck et Thierry ont suivi une préparation spirituelle au mariage. Trois thèmes fondamentaux sont débattus. « Premièrement, la valeur symbolique que chacun accorde à ce geste de bénédiction. Ensuite, la fidélité : sans juger, il s’agit de comprendre si le mot fidélité veut dire la même chose pour les deux partenaires. [...] Enfin la position du couple dans le famille et de la famille dans le couple : je demande qu’au moins un membre de chaque famille soit présent. Il faut montrer que ce n’est pas une singerie du couple hétéro, c’est une affaire sérieuse ».

Et comme il n’y a pas de mariage sans son vin d’honneur, son repas et sa soirée dansante, c’est entre proches que les festivités se sont poursuivies. Enfin, Thierry a préparé et tiré un feu d’artifices. Dans sa famille, la tradition veut en effet que chaque grande occasion soit ainsi fêtée. Vive les mariés !

Loïc Frossard

Reproduit avec l’aimable autorisation d’IBnews
© IBnews, août 2004. Tous droits réservés


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