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- Avoir un enfant lorsqu'on est un homme séropositif
est possible. Certaines méthodes existent pour diminuer ou éliminer
le risque de transmettre le VIH à sa compagne, lorsque celle-ci
est séronégative. Ces méthodes sont expliquées
dans cet article.
- Rappelons que le risque de transmission du VIH
à l'enfant n'existe que si la femme est elle-même contaminée.
Si elle ne l'est pas, il n'y a aucun risque que l'enfant soit atteint.
- Au-delà des considérations techniques,
concevoir un enfant est une décision complexe qui demande au couple
un travail de réflexion et de partage dans la sincérité
et la confiance mutuelle.
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- Réflexion et partage
-
- Quelques questions peuvent servir de base à
ce dialogue:
- Qu'est-ce qui motive ce désir d'enfant
chez chacun? Aurait-on le même désir si les deux partenaires
étaient séronégatifs?
- Comment imagine-t-on le devenir du couple avec
cet enfant? Comment chaque partenaire s'imagine-t-il dans le rôle
de parent? Comment a fonctionné le couple jusqu'à présent?
Quels sont ses points forts et ses faiblesses? Comment a-t-on géré
les crises vécues ensemble?
- Si la conception par voie naturelle est retenue,
quelles seront les conséquences psychologiques de cette prise de
risque sur le couple et sa sexualité?
- Parce que les nouvelles thérapies anti-VIH
n'assurent pas la guérison définitive, que se passerait-il
si la maladie du père venait à progresser? Sur qui le couple
et l'enfant pourront-ils s'appuyer sur un plan affectif, mais aussi matériel,
professionnel, médical? L'entourage du couple sera-t-il prêt
à ce moment-là?
-
- Enfant &laqno;biologique»?
-
- D'autres questions concernent la démarche
choisie par le couple. Désire-t-on un enfant ou l'enfant biologique
du partenaire masculin? L'insémination de la mère par le
sperme d'un donneur anonyme ou bien l'adoption sont-elles envisageables?
Dans ce désir d'enfant, quelle est, pour le père, la part
du souhait de continuer la lignée du sang, de transmettre ses gènes
ou, pour la mère, de garder un peu de&laqno;la chair&laqno;de son
partenaire si celui-ci venait à disparaître?
- Si on choisit d'avoir un enfant qui soit biologiquement
issu des deux parents, attache-t-on une grande importance au fait de donner
la vie à travers l'expression sexuelle de l'amour partagé
ou bien le fait d'avoir recours à l'insémination artificielle
de sperme&laqno;lavé&laqno;est-il envisageable?
- C'est en dialoguant à coeur ouvert sur
ces thèmes que les deux partenaires pourront mieux cerner les raisons
de leur désir, la méthode de procréation qui leur
convient et les dispositions à prendre pour accueillir Bébé
le mieux possible.
- Afin que ce dialogue soit aussi éclairé
que possible, il convient de s'informer sur toutes les possibilités
qui existent auprès de son médecin, des associations et en
rencontrant des couples qui ont fait ce choix.
-
- L'adoption
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- Cette possibilité est ouverte aux personnes
ayant au moins vingt-huit ans (qu'elles vivent seules ou en couple) et
aux couples plus jeunes, s'ils sont mariés depuis au moins deux
ans. Une autorisation d'adoption est indispensable. Celle-ci est délivrée
en six à neuf mois, après une enquête sociale.
- Un certificat médical est nécessaire.
La séropositivité n'est pas, en soi, un motif de refus. Mais,
plus généralement, il semble que l'autorisation soit rarement
délivrée lorsque la santé de l'un des membres du couple
est affaiblie.
- L'autorisation donne uniquement le droit d'adopter.
En France, très peu d'enfants sont adoptables et le délai
d'attente s'étend souvent sur plusieurs années. A l'étranger,
cela peut aller nettement plus vite. Il est conseillé de passer
par une structure agréée en France, car les procédures
administratives sont parfois complexes.
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- Le don de sperme
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- Les Centres d'Etude et de Conservation des OEufs
et du Sperme humain (CECOS) sont responsables de la collecte et de la distribution
du sperme de donneurs anonymes. Ce sont des établissements publics,
rattachés à un centre hospitalier. Ils sont implantés
dans une vingtaine de grandes villes françaises.
- Depuis dix ans, les CECOS sont confrontés
aux demandes de couples dont l'homme seul est séropositif et qui
désirent bénéficier d'une insémination artificielle.
Environ la moitié des demandes ont été acceptées.
63 enfants étaient nés de cette procédure à
la fin de 1996. En moyenne, 60 couples cherchent à accéder
à cette possibilité chaque année.
- Aujourd'hui, seuls quatre CECOS continuent systématiquement
à refuser. Dans les autres CECOS, cette possibilité existe.
Le couple doit avoir plusieurs entretiens avec des médecins et des
psychologues. Ce suivi est beaucoup plus approfondi que pour les couples
qui viennent avec un&laqno;simple&laqno;problème de stérilité...
Il semble que l'état de santé du père joue un rôle
important dans la décision du CECOS. Le délai moyen entre
la demande et l'insémination est généralement de douze
à quatorze mois. Il est identique pour tous les couples.
- L'insémination par don de sperme est dénuée
de risque de contamination par le VIH: tous les donneurs ont subi un bilan
biologique qui comporte notamment deux tests de dépistage du VIH
et des tests de dépistage des hépatites B et C. Cette méthode
représente donc une alternative sûre pour les couples chez
qui elle est compatible avec le désir d'enfant.
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- Conception naturelle: l'étude
de Cochin
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- Une étude récente menée
à l'hôpital Cochin-Port-Royal, à Paris, a montré
que la conception naturelle d'un enfant par des couples où seul
l'homme est séropositif n'expose qu'à un faible risque de
transmission.
- Entre 1986 et 1996, 104 grossesses ont été
suivies, issues de couples où 85 % des hommes étaient asymptomatiques
(548 T4/mm3 en moyenne), et 20 % sous traitement anti-VIH.
- Chez ces couples, les infections génitales
avaient été diagnostiquées et traitées. Les
rapports sexuels non protégés avaient lieu uniquement pendant
la période d'ovulation (quand l'ovule est mûr pour la fécondation).
- Aucune séroconversion n'a été
observée chez les mères dans les six mois qui ont suivi la
conception. Ce résultat est compatible avec les statistiques observées
chez des couples stables n'utilisant pas le préservatif: le risque
de contamination est d'environ 1 pour 1 000 rapports vaginaux non protégés.
Rappelons cependant qu'il s'agit d'une valeur statistique et que la possibilité
d'être contaminé au cours d'un seul rapport non protégé
existe.
-
- Conception naturelle: réduire
les risques
-
- Si un couple décide de faire un enfant
de cette manière, quelques précautions peuvent être
prises pour diminuer le risque de contamination.
- Il faut diagnostiquer et traiter les infections
génitales (qui sont souvent sans symptômes), car celles-ci
fragilisent les organes génitaux chez la femme et, chez l'homme,
augmentent la quantité de VIH dans le sperme.
- Il faut vérifier la fertilité des
deux partenaires afin d'éviter de prendre des risques inutilement
et repérer le moment de l'ovulation, où le rapport non protégé
aura lieu (en surveillant la courbe de température ou mieux, par
échographie). L'ovulation peut éventuellement être
déclenchée par des injections d'hormones.
- Cette aide à la conception naturelle est
assez simple. Elle pourrait être pratiquée par de nombreux
gynécologues, à l'hôpital ou en ville. Mais, devant
la difficulté de trouver un médecin qui accepte cette démarche,
de nombreux couples s'adressent à l'équipe de Cochin-Port-Royal
(consultation Puzos, tél.: 01 42 34 12 01, standard: 01 42 34 12
12).
- Enfin, on peut essayer de diminuer la quantité
de VIH dans le sperme en mettant en place un traitement anti-VIH chez le
père, en particulier si celui-ci a une charge virale sanguine détectable.
Il semblerait en effet que le sperme soit plus riche en VIH chez les hommes
qui ont une charge virale élevée et chez ceux qui ont moins
de 200 T4/mm3 ou des symptômes liés à l'infection à
VIH.
- Cependant, charge virale&laqno;indétectable&laqno;dans
le sang ne signifie pas absence de virus dans le sperme. Par ailleurs,
la quantité de VIH dans le sperme varie beaucoup d'un homme à
l'autre, même lorsque le taux de T4 et la charge virale sont similaires.
Elle change aussi d'un jour à l'autre, chez la même personne.
-
- Le &laqno;lavage» de sperme
-
-
- Le sperme est un mélange de liquide séminal,
de spermatozoïdes et de&laqno;cellules rondes», notamment des
globules blancs.
- Le VIH est surtout présent dans le liquide
séminal et dans les cellules rondes, mais il peut aussi se lier
aux spermatozoïdes, sans qu'on comprenne bien comment. Séparer
les spermatozoïdes du reste du sperme permettrait de diviser par plus
d'un million la quantité de VIH.
- Ce procédé, appelé&laqno;lavage
de sperme», est employé par le Pr Semprini, à Milan.
Les spermatozoïdes sont ensuite inséminés chez la femme
(après traitement des infections génitales, vérification
de la fertilité et déclenchement de l'ovulation).
- Parmi les 350 femmes ayant bénéficié
de cette technique, environ la moitié ont été enceintes,
souvent après plusieurs tentatives d'insémination. Des résultats
plus détaillés ont été publiés lors
d'un congrès et Remaides peut les envoyer aux personnes intéressées.
En revanche, nous n'avons pas d'information sur le coût de cette
méthode.
- Aucune contamination des femmes inséminées
n'a eu lieu jusqu'à présent. Deux hôpitaux anglais
seraient sur le point d'adopter cette technique. Elle n'est pas pratiquée
en France actuellement, mais elle pourrait l'être à l'avenir
(voir ci-dessous).
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- La méthode Chermann-Bréchard
-
- Il y a quelques mois, cette méthode avait
été présentée par un hebdomadaire à
sensation comme étant la découverte dont on privait les personnes
séropositives. Elle consiste à collecter du sperme dont la
moitié est congelée pour insémination et l'autre moitié,
mise en culture et analysée pour détecter la présence
de VIH.
- Si le VIH n'est pas identifié (certains
éjaculats peuvent ne pas contenir de VIH détectable, en particulier
chez les hommes asymptomatiques), le sperme congelé est inséminé
à la femme.
- Cette technique a été utilisée
dans peu de cas. Elle est critiquée par les scientifiques. En effet,
le sperme complet contient des substances qui peuvent inhiber la mesure
de la charge virale et bloquer les mises en culture, ce qui expose à
croire négatif du sperme qui ne l'est pas.
- Ces doutes sont renforcés par le fait
que, pour le moment, aucune information scientifique sérieuse concernant
cette méthode n'a été publiée. En tout cas,
il est faux de prétendre qu'on aboutit à un risque nul.
- Nicole Bréchard pratique cette technique
dans son laboratoire de biologie, à Marseille, et plusieurs personnes
nous ont indiqué que Jean-Claude Chermann l'emploierait également,
dans un établissement privé (voir témoignage en pages
suivantes).
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- La fécondation in vitro (FIV)
-
- La FIV consiste à prélever l'ovule
chez la femme, à le féconder en éprouvette avec des
spermatozoïdes du père et à le réimplanter ensuite
dans l'utérus de la femme. Cette méthode est fréquemment
utilisée chez les couples confrontés à des problèmes
de stérilité.
- Une technique appelée micro-injection
consiste même à féconder l'ovule avec un seul spermatozoïde.
Ainsi, dans le cas d'un père séropositif, la contamination
de la femme et de l'enfant ne serait possible que si ce spermatozoïde-là
est porteur du virus. Le risque serait donc extrêmement faible. Mais
cette méthode n'est, pour le moment, pas accessible aux couples
confrontés au VIH.
-
- Quand ces techniques seront-elles
disponibles?
-
- Les techniques évoquées ci-dessus
sont en cours d'évaluation en France. Une équipe de biologistes
de la reproduction de l'hôpital Cochin-Port Royal (à Paris)
y travaille et devrait publier de premiers résultats d'ici à
quelques mois.
- S'ils s'avèrent concluants, certains médecins
envisagent déjà d'associer ces possibilités (par exemple,
détection du VIH dans le sperme et FIV), pour réduire à
un niveau infime le risque de contamination de l'enfant et de la mère.
En pratique, pour le couple, le parcours médical imposé par
cette méthode serait très proche de celui qu'exige une FIV
chez un couple ayant un problème de stérilité.
- Une autorisation du ministère de la Santé
(voir encadré: risque réduit...) sera cependant indispensable,
avant que ces techniques puissent être proposées aux couples
confrontés au VIH.
Stéphane
KORSIA
Thierry PRESTEL
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Et s'il y avait contamination?
Le risque de transmission lors de la conception naturelle est faible,
surtout si l'on s'entoure des précautions indiquées dans cet
article. Il pourra bientôt, on l'espère, être encore
réduit avec les différentes techniques de préparation
du sperme.
Mais un risque subsiste néanmoins. Si la mère est contaminée
pendant la conception ou au cours de la grossesse, on pense que l'enfant
a un risque élevé d'être touché. En effet, pendant
les premiers mois qui suivent la contamination, la quantité de virus
dans le sang de la mère (charge virale) est extrêmement élevée.
Pour cette raison, après fécondation par le sperme du père,
il est indispensable que la mère soit suivie régulièrement
pour dépister au plus vite une éventuelle contamination et
envisager les différentes possibilités, comme la mise en place
d'un traitement. |
- Risque réduit ou risque nul?
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- Lorsque l'homme est séropositif, les seules
méthodes pour lesquelles il n'existe aucun risque de contamination
de la femme et de l'enfant sont l'adoption ou le don de sperme par un organisme
agréé (CECOS).
- Lorsque c'est le sperme de l'homme séropositif
qui féconde l'ovule, il existe toujours un risque. Il est possible
de le réduire. On espère le rendre infime en combinant entre
elles différentes techniques. Mais les spécialistes estiment
actuellement qu'aucune méthode ne permettra de l'éliminer
totalement.
- Cette absence de certitude peut être angoissante
pour certains couples. On pourrait cependant la mettre en parallèle
avec le risque, présent pour toute grossesse, que l'enfant soit
atteint d'une maladie génétique. Celui-ci est d'environ un
pour cent: il est donc beaucoup plus élevé que le risque
de contamination par le VIH lors de la conception naturelle. Mais il est
vrai que, pour les maladies génétiques, il n'existe pas de
risque de transmission à la mère.
- Le&laqno;risque non nul&laqno;inquiète
aussi de nombreux médecins: vont-ils, malgré cette incertitude,
engager leur responsabilité en aidant les couples confrontés
au VIH à avoir un enfant? Cette question préoccupe également
les pouvoirs publics. On se situe en effet dans le contexte de la procréation
médicalement assistée (PMA), dont la pratique est encadrée
par la loi et placée sous le contrôle du ministère
de la Santé.
- Une enquête du Conseil national d'éthique
est en cours, à propos de la PMA chez les couples confrontés
au VIH. Se situera-t-on dans une logique de&laqno;risque nul», qui,
de fait, bloquerait l'accès à ces techniques et renverrait
les couples à eux-mêmes ou au contraire dans une stratégie
de réduction du risque? Il faudra en tout cas que les personnes
concernées par le virus et les associations qui les représentent
soient associées à cette réflexion.
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