MARS 1997
La neuropathie, atteinte des nerfs, se manifeste par des sensations anormales ou douloureuses dans les pieds ou les mains. Elle est généralement due au VIH ou à certains médicaments. Pour calmer ce type de douleur, des médicaments habituellement utilisés pour traiter la dépression ou l'épilepsie peuvent être efficaces. La morphine peut aussi être utilisée, dans certains cas.
Neuropathie:
repérer la cause,
traiter la douleur

 

Certaines neuropathies peuvent donner des sensations de décharge électrique mais pas aussi fortes que sur ce dessin!

Qu'est-ce qu'une neuropathie?

Les nerfs conduisent les informations entre le cerveau et le reste du corps: peau, muscles, organes, etc. L'atteinte des nerfs, appelée neuropathie, peut donner des troubles moteurs, qui rendent certains mouvements difficiles, ou des troubles sensitifs: sensations anormales, insensibilité, douleur.

Au cours de l'infection à VIH, les neuropathies sont surtout responsables de troubles sensitifs. Elles atteignent souvent un pied, une jambe (ou les deux), parfois les mains. Elles entraînent des sensations bizarres de fourmillements, de brûlure, "d'électricité". On peut aussi avoir l'impression de marcher dans du coton. Il est important de consulter rapidement son médecin pour déterminer la cause de ces troubles, qui ont parfois d'autres origines (la toxoplasmose, par exemple).

Les causes les plus fréquentes

L'atteinte des nerfs par le VIH est souvent responsable de neuropathies. Un traitement anti-VIH plus efficace, par exemple une trithérapie avec inhibiteur de protéase, semble parfois avoir un effet bénéfique sur la douleur.

Certains médicaments peuvent provoquer des neuropathies, notamment les antirétroviraux ddC (Hivid®), D4T (Zérit®), ddI (Videx®), la dapsone (Disulone®) employée en prévention de la pneumocystose, le métronidazole (Flagyl®), un antibiotique, l'isoniazide (Rimifon®), un anti-tuberculeux, la vincristine (Vincristine®, Oncovin®) utilisée en chimiothérapie.

Si l'on éprouve des sensations anormales dans les mains ou les pieds au cours d'un traitement, il est important d'en parler très rapidement à son médecin. On décidera avec lui de l'opportunité d'arrêter ou non de prendre le médicament.

Lorsqu'on interrompt un traitement responsable d'un début de neuropathie, les sensations anormales diminuent après quelques jours et finissent la plupart du temps par disparaître en quelques semaines. En revanche, si l'on continue le traitement, la neuropathie risque de s'aggraver et peut devenir irréversible.

Lorsque la neuropathie a disparu, il est parfois possible, en accord avec le médecin, de recommencer à prendre le médicament à dose plus faible sans que cet effet secondaire réapparaisse.

Par ailleurs, le CMV peut lui aussi entraîner des atteintes des nerfs. Il sera traité par Cymévan® ou Foscavir®. Des causes extérieures à l'infection à VIH, comme le diabète ou l'alcoolisme, peuvent également être responsables de neuropathies.

Enfin, d'autres affections atteignant les nerfs ou les muscles donnent des symptômes proches. Il est important que le médecin procède à une évaluation précise, avant de proposer un traitement. En cas de doute, il est utile de consulter un neurologue.

Sensations anormales dans les pieds ou les mains: consulter rapidement son médecin.

Traiter la douleur

Les traitements devront tenir compte des mécanismes particuliers de ces douleurs qui, comme dans le cas du zona (voir p. 20, 21), sont liées à l'atteinte des nerfs.

Rappelons que, pour être efficaces, les médicaments anti-douleur doivent être pris à doses suffisantes, de manière régulière au cours de la journée, et non pas en une prise unique, au moment où la douleur devient insupportable.

Quand la neuropathie est modérée, les anti-inflammatoires comme Advil® ou les médicaments contenant de la codéine (Codoliprane®, Dafalgan Codéine®, etc.) peuvent présenter un intérêt.

Lorsque la neuropathie entraîne une douleur et une gêne importantes, on a recours à certains antidépresseurs actifs sur ce type de douleur: Laroxyl®, Anafranil®, Tofranil®, Pertofran®, Quitaxon®, etc. (voir encadré: conseils d'utilisation).

D'autres antidépresseurs (Prozac®, Deroxat®, Floxyfral®) sont en cours d'évaluation pour le traitement des douleurs des neuropathies.

Des médicaments habituellement utilisés pour traiter l'épilepsie (Rivotril®, Tégrétol®) peuvent être utiles, en particulier contre les douleurs survenant brutalement (sensation de décharge électrique, par exemple). Ces médicaments peuvent, en début de traitement, entraîner une somnolence. Elle disparaît généralement ensuite. Il faut commencer avec des doses faibles et les augmenter progressivement.

Lorsqu'il prescrit un antidépresseur ou un antiépileptique, le médecin devra être attentif aux risques d'interactions avec les autres traitements en cours, notamment les antiprotéases.

Certaines personnes sont soulagées par la morphine (Moscontin® ou Skénan®) ou ses dérivés (Temgésic®). Cependant, ces médicaments ne sont pas toujours efficaces sur les douleurs des neuropathies. Ils doivent généralement être utilisés à dose élevée. Enfin, dans certains cas, il est nécessaire d'associer morphine et antidépresseur ou antiépileptique pour parvenir à contrôler la douleur.

Précisons que, lorsqu'on arrête un traitement par antidépresseur, antiépileptique ou morphine, il faut diminuer les doses progressivement.

Par ailleurs, certaines neuropathies peuvent s'améliorer grâce à un apport en vitamines du groupe B. Il est conseillé de demander conseil à son médecin ou à un médecin nutritionniste et, en tout cas, d'éviter les surdosages.

 

Autres techniques anti-douleur

On peut tremper le pied ou la main atteinte dans l'eau très froide. Si la neuropathie touche la jambe, il est conseillé de ne pas porter de chaussures serrées et d'éviter de rester debout ou de marcher trop longtemps.

Les pommades anesthésiques, type Emla®, peuvent réduire la douleur pendant un moment; l'acupuncture peut parfois apporter une aide.

Certains centres anti-douleur prêtent aux patients des appareils d'électro-stimulation. Cela donne une sensation de fourmillement agréable, avec une diminution de la douleur. L'effet se prolonge pendant les heures qui suivent.

Des centres spécialisés dans le traitement des douleurs existent dans de nombreux hôpitaux. Il est préférable d'y être adressé par son médecin.

Thierry PRESTEL

 Antidépresseurs: conseils d'utilisation

Certains antidépresseurs, de la famille des "tricycliques", peuvent être efficaces sur les douleurs des neuropathies. Néammoins, leur utilisation impose quelques précautions.

Ces médicaments sont contre-indiqués chez les personnes atteintes de certains troubles du rythme cardiaque: il est conseillé d'effectuer un électrocardiogramme avant le début du traitement.

Par ailleurs, il faut commencer à prendre ces médicaments par de petites doses et les augmenter progressivement, afin de limiter les effets secondaires. Ceux-ci se caractérisent par des vertiges qui peuvent être évités par la prise d'un autre médicament (Heptamyl®), par la sécheresse de la bouche, la constipation et, chez certaines personnes, par la somnolence (notamment avec Laroxyl®) ou par une sensation d'excitation et une insomnie (plutôt avec Pertofran®). Le choix du médicament et des horaires de prise doit tenir compte du moment auquel la neuropathie est la plus gênante (jour ou nuit).

La sécheresse de la bouche favorise les problèmes dentaires: il est conseillé de se brosser les dents après chaque repas et d'utiliser un bain de bouche (type Hextril®, Alodont®, etc.). Il est utile d'avoir une bouteille d'eau à portée de la main, pour boire régulièrement, et de presser sur les plats secs un jus de citron: cela fait saliver. Enfin, des médicaments comme Sulfarlem S25® peuvent augmenter la production de salive.

La constipation est parfois bienvenue si l'on souffre de diarrhée. Sinon, elle peut être traitée avec des laxatifs, en évitant ceux qui sont irritants pour l'intestin.

Lorsqu'on prend l'un de ces antidépresseurs, il faut se donner deux ou trois semaines pour l'évaluer. Ce délai est généralement nécessaire pour que l'efficacité se manifeste et pour que les effets secondaires diminuent.

Enfin, l'efficacité et les effets secondaires de chacun de ces médicaments varient d'une personne à l'autre: si l'un d'entre eux ne "marche" pas, il peut être intéressant d'en essayer un autre.