La sexualité est une partie essentielle de la qualité
de vie. Au-delà des causes psychologiques, les symptômes physiques
de la maladie et les effets secondaires des médicaments peuvent être
responsables d'une baisse du désir sexuel ou de petites «pannes».
L'exploration des causes possibles par le médecin traitant et leur
correction par des mesures appropriées permettent souvent de rétablir
les choses.
La qualité de vie: si l'on demande à des personnes atteintes
de maladie chronique de définir ce concept, quelques éléments
communs émergent: énergie suffisante, autonomie dans la vie
quotidienne, absence de douleur ou d'effets secondaires, sexualité
préservée. Pour-tant, dans le suivi thérapeutique,
il est bien rare que ce dernier facteur soit évalué et soutenu.
Dans l'infection par le VIH, il semble même que ce sujet soit quasi
systématiquement évacué de la consultation, peut-être
pour ne pas évoquer le spectre de la possible transmission du VIH
lors de relations sexuelles ou bien parce que le domaine de la sexualité
est souvent délégué aux psychothérapeutes. Cependant,
il est important de pouvoir aborder toutes ces questions avec son médecin.
Comme les athlètes
Toutes les études effectuées montrent que la perte du désir
sexuel ou de la capacité d'assouvir ce désir est plus fréquente
chez les personnes avancées dans la maladie. Tout se passe comme
si le corps consacrait toute son énergie à lutter contre les
infections. La fonction sexuelle est alors mise au repos, comme chez les
athlètes de haut niveau où les dépenses physiques intenses
entraînent une diminution du désir sexuel.
La fatigue est une cause fréquente de la perte de la libido chez
les personnes à un stade avancé de la maladie. Sa prise en
charge comporte de multiples facettes: recherche et traitement éventuel
d'infections silencieuses (MAC - infection à mycobactéries
atypiques - ou tuberculose, par exemple), optimisation de l'alimentation
et augmentation de l'apport énergétique (calories), recherche
d'effets secondaires médicamenteux expliquant la fatigue et remplacement
des médicaments suspects, amélioration du sommeil, etc.
Dépression
Au-delà de la fatigue due à des causes physiques, il peut
y avoir une fatigue provoquée par un état dépressif.
Celui-ci peut affecter directement le désir sexuel mais peut également
diminuer indirectement la libido en réduisant le niveau d'énergie
de la personne. Un traitement psychothérapeutique et médicamenteux
de la dépression peut redonner la forme et «relancer la machi-ne».
Cependant, comme nous le verrons plus loin, beaucoup de médicaments
antidépresseurs peuvent avoir comme effet secondaire une... diminution
de la libido! Il faudra alors essayer de trouver le médicament qui
comporte le moins d'effets secondaires et la plus grande efficacité.
Les douleurs
Les douleurs ont un effet négatif sur le désir sexuel. Quoi
de pire qu'une rage de dents pour gâcher un dîner amoureux?
Les douleurs chroniques épuisent et ne laissent guère d'énergie
et de désir pour la bagatelle. Qu'elles soient liées à
l'infection par le VIH ou non, elles doivent être énergiquement
prises en charge et leurs traitements, adaptés à leurs variations
au cours du temps.
Chez les hommes, les neuropathies (atteintes des nerfs des membres, dues
au VIH, au CMV ou à des médicaments), peuvent produire des
troubles de l'érection. Ces troubles disparaissent lorsque la neuropathie
est traitée. Par ailleurs, la présence d'ulcères (plaies)
douloureux sur les organes génitaux (par exemple, un herpès
vaginal) rend les rapports difficiles: cela peut entraîner, en réaction,
une disparition du désir sexuel. Un traitement approprié permettra
la disparition rapide de ces lésions. Le thalidomide est très
efficace pour traiter certains ulcè-res... mais il fait parfois diminuer
la libido!
Désir et hormones
Le désir et les fonctions sexuelles sont sous le contrôle des
hormones sexuelles. Un déséquilibre de ces hormones peut entraîner
une baisse de la libido ou une incapacité sexuelle (alors que la
personne connaît toujours le même désir).
Ce problème, bien que plus fréquent chez les hommes immunodéprimés,
se retrouve également chez les femmes. L'administration d'hormones
(des «pilules» dosées de façon adéquate)
peut per-mettre une régularisation du cycle hormonal et une reprise
du désir sexuel.
Chez les hommes, le problème de l'insuffisance en hormone sexuelle
(testostérone) est désormais bien connu. Chez certains patients
plutôt avancés dans la maladie, la sécrétion
de testostérone est insuffisante et engendre de nombreux symptômes:
perte de poids par fonte des muscles, fa-tigue, dépression, troubles
de l'érection et perte du désir sexuel. Cette insuffisance
a été retrouvée chez de nombreux patients souffrant
de perte de libido, même si eux-mêmes attribuaient cette perte
à une dépression.
Pour être sûr que ces symptômes sont dus à une
baisse de la testostérone, on peut doser cette hormone dans le sang
ou dans les urines.
Si les taux sont faibles, un traitement de remplacement est possible: injec-tions
intramusculaires de dérivés de la testostérone ou application
sur la peau d'un gel contenant cette hormone (Andractim®). Lors-que
la cause des difficultés sexuelles est une insuffisance en testostérone,
l'effet du traitement peut être très rapide et certains patients
retrouvent une énergie qu'ils croyaient avoir perdue à jamais.
Les effets secondaires de certains médicaments
La perte du désir sexuel ou l'incapacité à le satisfaire
peuvent également être dues aux effets secondaires de certains
traitements. Premiers coupables en ce domaine, la plupart des médicaments
qui agissent sur le système nerveux. Ils peuvent diminuer le désir
sexuel. En outre, les patients masculins peuvent être atteints d'impuissance,
de difficultés d'érection ou d'érections «intempestives»,
de retard à l'éjaculation ou d'éjaculation précoce
ou inattendue, d'orgasmes supprimés ou spontanés... Ces troubles
disparaissent généralement après arrêt ou diminution
du traitement responsable mais cela peut prendre quelques semaines à
quelques mois.
Parmi les antidépresseurs qui peuvent entraîner ce genre de
problème, on peut citer le Laroxyl®, le Tofranil®, l'Anafranil®,
le Prozac®, le Deroxat®, etc. Parmi les médicaments contre
l'anxiété: le Valium®, le Xanax® ou le Temesta®
par exemple. Parmi les tranquillisants (neuroleptiques), on peut entre autres
citer le Largactil®, le Majeptil® ou la Terfluzine®. La liste
pourrait être très longue. Heureusement, tous les patients
ne présentent pas ces effets indésirables avec tous ces médicaments.
L'objectif est de trouver, pour chaque patient, les molécules efficaces
et qui n'entraînent pas d'effets de ce type.
D'autres médicaments peuvent provoquer une diminution du désir
sexuel: les chimiothérapies anticancéreuses, certains médicaments
contre les ulcères d'estomac (Tagamet®, Azantac®), des médicaments
contre les infections à champignons (Nizoral®) ou les interférons.
De plus, certains traitements hormonaux vi-sant à augmenter l'appétit
et à faire gagner du poids peuvent être responsables de diminution
de la libido chez les hommes: la Prodasone® est même parfois utilisée
pour provoquer la perte du désir sexuel chez les maniaques sexuels
violents! Si un de ces médicaments est suspecté d'être
la cause de problèmes de libido, le médecin trouvera un traitement
moins ennuyeux ou diminuera éventuellement la dose d'un médicament
irremplaçable.
En conclusion
La perte du désir sexuel ou les troubles du fonctionnement sexuel
peuvent avoir des causes physiologiques indépendantes de l'état
psychique de la personne. Ces troubles se retrouvent beaucoup plus fréquemment
chez les personnes très immunodéprimées qui doivent
faire face à des infections et prendre de nombreux traitements. Dans
ce cas, il convient de faire une recherche poussée des causes possibles
et de trouver le traitement le plus adapté pour que la personne récupère
une qualité de vie optimale incluant, si elle en a envie, les plaisirs
de la chair. Consommez avec (ou sans) modération!
Stéphane KORSIA