Femmes: les principales infections génitales
Les infections qui touchent les femmes séropositives sont
les mêmes que chez les femmes séronégatives. Mais certaines
d'entre elles sont plus fréquentes: c'est le cas des candidoses,de
l'herpès et des infections dues au Papillomavirus, un virus qui
peut donner des lésions des organes génitaux, de l'anus,
du col de l'utérus. Les atteintes du col de l'utérus présentent
un risque d'évolution vers le cancer. Il est donc important qu'elles
soient surveillées et traitées.
Qu'est-ce que la candidose génitale?
La candidose est due au Candida albicans (voir articles sur les
candidoses, p14-18). Ce champignon vit habituellement dans le tube digestif
(bouche,intestins).Une femme sur quatre est porteuse de Candida au niveaude
la &laqno;flore vaginale». Cette &laqno;flore» est constituée
de la population de microbes vivant habituellement dans le vagin. Toutes
les circonstances où ces microbes vaginaux &laqno;normaux»
sont détruits, les défenses immunitaires diminuées
ou l'acidité vaginale modifiée, sont propices au développement
des champignons ou de microbes nocifs.
Ainsi, l'apparition de candidoses peut être favorisée
par lestraitements antibiotiques, les traitements corticoïdes, la
toilette locale au Lactacyd® ou au Dermacide®, l'utilisation de
tampons périodiques parfumés, les gelées spermicides,
les injections vaginales fréquentes, la grossesse, les pilules fortement
dosées en oestrogènes, le diabète...
Chez les femmes séropositives, les candidoses sont fréquentes.
Elles peuvent apparaître même lorsque le taux de T4 est élevé.
Candidoses: les symptômes
La candidose génitale se traduit par des démangeaisons
intenses et des douleurs provoquées par les rapports sexuels. Les
pertes vaginales sont blanchâtres, épaisses, en grumeaux.
La vulve et le vagin sont gonflés et rouges. Les lésions
s'étendent parfois à la vulve, autour de l'anus et sur les
cuisses.
La candidose génitale peut être transmise ou entretenue par
les rapports sexuels. Chez l'homme, la candidose génitale ne donne
généralement pas de symptôme. Parfois elle provoque
des brûlures en urinant ou une inflammation du gland. Chez la femme,
les Candida peuvent aussi passer de l'anus vers la vulve, lors des rapports
ou de la toilette: essuyer la peau de l'anus vers la vulve transporte les
Candida contenus dans les selles ou vivant sur la peau.
Candidoses: les traitements
Les ovules gynécologiques (Gynopévaryl®, GynoDaktarin®...)
doivent être placés bien au fond du vagin, de préférence
dans la position couchée. Il faut ensuite rester allongée
au moins5 ou 10 mn. L'emploi d'un savon surgras ou de savon de Marseille
est recommandé pour la toilette. Les bains de siège avec
un savon alcalin (Hydralin®).
Il est conseillé d'éviter les tampons périodiques
et le port de pantalons trop serrés et de mettre des sous-vêtements
en coton.
Le traitement du ou des partenaires est recommandé. Les rapports
doivent être protégés pendant le traitement.
Lorsque le traitement local ne suffit pas, ou lorsque la candidose
réapparaît fréquemment, un traitement par voie orale
(par la bouche) est nécessaire. Les médicaments généralement
employés sont leTriflucan® ou le Nizoral® (pour l'utilisation
pendant la grossesse, voir le tableau, p 18).
L'herpès génital
L'herpès génital est dû à un virus,très
proche de celui qui donne le &laqno;bouton de fièvre», au
coin de la bouche. On estime que l'herpès génital touche
une femme séropositive sur trois. Il se transmet par voie sexuelle.
Les signes de l'infection apparaissent cinq à sept jours
après unrapport contaminant: douleur, rougeur, gonflement de la
vulve, avec bulles ou ulcérations (plaies) , fièvre à
38°, fatigue, gros ganglions au niveau de l'aine. La première
infection dure environ deux semaines et peut guérir spontanément.
Mais le virus de l'herpès demeure ensuite dans l'organisme, et l'infection
peut réapparaître &laqno;spontanément» ou à
la suite d'une baisse de l'immunité, d'un stress, ou parfois à
l'occasion des règles. Des brûlures et des douleurs peuvent
être ressenties avant l'apparition des lésions.
L'homme peut être porteur du virus de l'herpès, sans
avoir de symptômes. Mais l'infection peut aussi se traduire chez
lui par des brûlures, de petites cloques, des plaies...
Herpès: le traitement
Le seul traitement actif est le Zovirax® (généralement
donné à la dose de 5 comprimés à 200 mg par
jour, pendant5 à10 jours). Si l'infection survient alors que le
traitement est déjà en cours, la dose sera augmentée
à 10-15 comprimés par jour.
Le traitement local doit être doux: toilette soigneuse (sans
désinfectant acide, et pas à longueur de journée!),
avec séchage au sèche-cheveux. L'application de crème
Zovirax® (5 fois par jour) a une bonne action calmante (attention:
le tube de 10 grammes est remboursé, mais pas le tube de 2 grammes).
En revanche, les pommades et crèmes corticoïdes (Dermoval®,
Synalar®, Betneval®...) sont contre-indiquées, car elles
risquent d'aggraver les lésions.
Les rapports protégés jusqu'à la fin de la cicatrisation
sont évidemment recommandés et le partenaire doit être
traité.Si l'herpès génital survient dans la semaine
précédant l'accouchement, celui-ci se fera par césarienne,
afin d'éviter la contamination de l'enfant, qui peut avoir des conséquences
graves.
Les infections à Papillomavirus humain (PVH)
Ces infections touchent 20 à 40% des femmes séropositives.Elles
se transmettent par voie sexuelle. Les PVH sont responsables de différents
types de lésions (voir ci-dessous).
Il est nécessaire de repérer les lésions dues
aux PVH et de les traiter, pour éviter le risque d'évolution
vers le cancer. C'est pour cela qu'un examen gynécologique, avec
frottis, est conseillé tous les six mois (ou plus souvent, si le
médecin estime que c'est utile). Ce conseil vaut pour toutes les
femmes séropositives, quelque soit le taux de T4, et que la femme
ait ou non une activité sexuelle.
&laqno;Crêtes de coq»: les traitements
Les &laqno;crêtes de coq» ressemblent... à
des crêtes de coq. Elles sont dues au Papillomavirus (PVH). Elles
sont molles et n'entraînent pas de douleur. Elles se développent
sur la vulve et l'anus chez la femme, sur le gland, le prépuce et
l'anus chez l'homme. Leur existence impose un examen gynécologique,
avec frottis et colposcopie tous les six mois (voir: l'examen gynécologique,
p 11).
Par ailleurs, il est important de traiter ces lésions, ainsi que
les autres maladies sexuellement transmissibles, chez le(s) partenaire(s).
Lorsque les &laqno;crêtes de coq» sont de petite taille,
le traitement consiste en des applications de crème (Condyline®,
Efudil®). Ces crèmes peuvent être irritantes et provoquer
des douleurs. Pour éviter ces inconvénients, il est important
de respecter exactement les conditions d'utilisation qu'indiquera le médecin.
Le produit ne doit pas toucher la peau saine à côté
des lésions. Pour cela, on peut utiliser une crème protectrice
(comme la vaseline; certains médecins conseillent aussi une pommade
au zinc). Signalons que Condyline® et Efudil® sont contre-indiquées
chezles femmes enceintes.
Lorsque les &laqno;crêtes de coq» sont très étendues,
ou résistantes au traitement par Condyline® ou Efudil®,
ainsi que chez les femmes enceintes, le médecin pourra proposer
un traitement chirurgical (laser ou électro-coagulation). Ces traitements
se font sous anesthésie locale ou générale. Ils doivent
être pratiqués par un chirurgien spécialisé,
très progressivement, en plusieurs séances lorsque les lésions
sont très étendues.
Autres lésions dues au Papillomavirus (PVH)
Les PVH peuvent provoquer d'autres types de lésions, qui
ne se voient pas (on les appelle &laqno;condylomes plans»). Elles
atteignent le col de l'utérus ou le vagin. Pour repérer ces
lésions, il faut faire un frottis. Celui-ci sera confirmé
par un autre examen, la colposcopie (voir: l'examen gynécologique,
p 11). Le médecin devra aussi rechercher les lésions chez
le(s) partenaire(s).
Le risque de cancer du col de l'utérus
Le PVH (Papillomavirus) peut être responsable de lésions
précancéreuses (risquant d'évoluer vers le cancer),
atteignant le col de l'utérus. Ces lésions sont appelées
dysplasies (anomalies). Le risque de survenue de ces dysplasies est cinq
fois plus élevé chez les femmes séropositives que
chez les femmes séronégatives. Elles sont d'autant plus fréquentes
que le système immunitaire est affaibli.
Chez les femmes séropositives, le plus souvent, les lésions
non traitées persistent ou s'aggravent. Il est donc important de
les traiter. Comme elles peuvent réapparaître, un suivi gynécologique
régulier est nécessaire.
Lorsque le frottis dépiste une dysplasie (anomalie), il faut
faire une biopsie (voir: l'examen gynécologique, p 11). Si la lésion
n'est pas confirmée, ou si elle est peu grave, on fait un contrôle
(généralement sixmois plus tard). Lorsque la lésion
est sévère, le seul traitement est une intervention chirurgicale
(appelée &laqno;conisation»), qui consiste à enlever
une partie du col de l'utérus. Cette intervention est effectuée
sous anesthésie générale, par un chirurgien gynécologue.
Dans tous les cas, les décisions de surveillance et de traitement
doivent résulter de discussions approfondies entre la femme et l'équipe
médicale (médecin spécialiste du VIH, gynécologue,
chirurgien), en tenant compte de l'importance du déficit immunitaire.
Dominique FAUCHER
Remerciements aux Drs Isabelle HEARD et Catherine CRENN