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Élections européennes 1999
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Paris, le 28 mai 1999 A lintention de Jean-Benoît Richard et René Lalement, la France Gaie et Lesbienne.
Bonjour,
Nous avons reçu le questionnaire que vous avez bien voulu nous adresser. Très préoccupés depuis toujours par les questions dégalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels, nous sommes particulièrement contents de pouvoir y répondre. 1. En application de larticle 13 du traité dAmsterdam, êtes-vous en faveur dune directive-cadre interdisant les discriminations fondées sur lorientation sexuelle dans tous les domaines de compétence de lUnion européenne ? Nous sommes très favorables à une telle directive. En 1994 déjà, cétait à linitiative du groupe Vert au Parlement européen quune résolution visant à établir légalité des droits des Gays et des Lesbiennes dans lUnion Européenne avait été adoptée (il sagit de la résolution Roth). Mais une résolution ne contraignant pas les Etats à agir, nous souhaitons aujourdhui une directive. Celle-ci imposerait aux Etats membres lélimination de toute forme de discrimination fondée sur la préférence sexuelle. 2. Etes-vous en faveur dun financement communautaire de programmes visant à lutter contre lhomophobie dans tous les Etats membres ? Bien sûr. En effet, nous avons été très favorables à la mise en place des programmes de lutte contre linégalité entre les sexes (menstreaming ) dont le financement provient de fonds communautaire. Il serait absurde quune directive, dont nous souhaitons quelle voit le jour le plus rapidement possible, ne soit pas accompagnée de programmes visant à lutter contre lhomophobie financés par la Communauté. Cette campagne européenne de lutte contre lhomophobie et la lesbophobie devra être ambitieuse et envisager toutes leurs manifestations (à lécole, sur les lieux de travail, dans la politique ) 3. Estimez-vous que les différences constatées dans la loi pénale (âge de consentement) et dans le droit de la famille (reconnaissance des unions homosexuelles, exercice de lautorité parentale) constituent des entraves à la liberté de circulation garantie par les traités fondateurs (art. 8A), et quun rapprochement des législations des Etats membres doit être envisagé dans ce domaine pour lever les entraves (art. 100, art.235) ?
Toute différence entre les législations nationales (car le raisonnement que vous appliquez au problème de la sexualité pourrait être tenu pour dautres problèmes de société au sujet desquels les législations nationales divergent) ne se résument pas à des entraves à la liberté de circulation. Nous pensons que le problème mérite dêtre considéré plus globalement. Ce qui se joue ici, cest un véritable projet de civilisation européenne. Si nous voulons une harmonisation des législations nationales sur les questions sexuelles, cest moins pour des questions de liberté de circulation (même si du point de vue logique, largument est tout à fait valable) quen raison dune vision ambitieuse de lEurope. Il est effectivement des domaines où le principe de subsidiarité est inapplicable, car il est contraire à lémergence dune civilisation européenne. LEurope que nous voulons devra se doter très rapidement dune législation claire et unifiée sur les questions dâge de consentement, de reconnaissance des unions homosexuelles (où une fracture très nette entre pays du Nord et pays du Sud est manifeste) et dexercice de lautorité parentale. 4. Le droit communautaire (par exemple, le règlement CEE n°1612/68) accorde certains droits aux " membres de la famille " et au " conjoint " dun travailleur ressortissant dun Etat membre, alors même que ces notions sont hors du champ de compétences de lUnion. Considérez-vous que ces dispositions devraient être interprétées comme sappliquant au partenaire de même sexe dun ressortissant de lUnion, notamment lorsque leur partenariat bénéficie dune reconnaissance légale dans un autre membre de lUnion (ce qui est le cas au Danemark, aux Pays-Bas, en Suède, et prochainement en France) ? Oui. Nous avons été les plus ardents défenseurs du PACS. Cest avec lidée que le " conjoint " pouvait être une personne de même sexe. Il nous semblerait absurde de ne pas défendre cette conception dans linterprétation du droit communautaire, que les notions de " conjoint " et de " membre de la famille " appartiennent ou pas au champ de compétences de lUnion. Nous essaierons, dans la suite de notre combat au niveau national, de lutter pour que cette interprétation prévale et que les pays nayant pas créé de statut pour les couples homosexuels accordent cependant au conjoint de même sexe dun travailleur ressortissant dun Etat membre les droits quil aurait accordés à un conjoint dun autre sexe. 5. Dans la perspective de lharmonisation des dispositions relatives au droit dasile, êtes-vous favorables à linclusion explicite des personnes risquant dêtre persécutées du fait de leur orientation sexuelle dans la catégorie des " groupes sociaux " mentionnés par la Convention de Genève ? Nous sommes favorables à cette inclusion. En effet, nous avons inscrit dans notre programme la réforme des accords de Schengen en matière de droit dasile et lapplication pleine et entière dans toute lUnion Européenne de ce droit tel quil est défini par la convention de Genève. Par ailleurs, dépassant la convention de Genève, et en application des accords de Dublin, ce droit doit concerner toutes les personnes menacées dans leur pays (pays membre de lUnion ou pays tiers), quelle que soit lorigine de ces menaces. Et nous tenons à ce que linclusion dans ces menaces des violences homophobes et lesbophobes soit respectée. Jespère que ces réponses vous satisferont et vous prie dagréer lexpression de mes meilleures salutations. Anne Le Strat |
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