L'université euroméditerranéenne
des homosexualités

Marseille mercredi 24 juillet 2002

Colloque public

 

Les UEEH rééditent le concept du colloque public dans la ville de Marseille. En 2001, nous étions accueillis au palais des congrès, cette année, c'est dans la grande salle du conseil régional, dernier bastion du parti socialiste, que se déroulera cette journée.
Un conseiller régionnal fut même présent pour nous dire combien région était heureuse et fière de participer à cet esprit d'accueil républicain initier en son temps par Gaston Deferre, alors maire de la ville.

Un contexte de discimination

Le colloque est organisé par l'association "Mémoire des sexualités", etChristian De Leusse plantera le décor de cette journée.
Le thème abordé : "20 ans de dépénalisation... et après", fut l'occasion pour de nombreux(ses) militants(es) d'éclairer le chemin parcouru. ce fut une découverte pour nombre d'oreilles attentives, d'entendre parler de cette répression dure, même dans les années qui ont suivies la dépénalisation. Les flagrants délits sous prétexte d'atteinte aux moeurs, le racolage passif (encore verbalisé il y a peu de temps), avec à la clé des enfermements parfois violents, voire des traitements psychiatriques aux effets plus sédatifs que réparateur d'un je ne sais quel mal".

Un peu d'histoire avec une projection partielle du documentaire "bleu, blanc, rose"

Yves Jeuland, le réalisateur du documentaire "bleu, blanc, rose" parle des figures des mouvements qui ont donné, plaqué un sens politique sur la souffrance des homosexuels délictueux. Radio FG était encore une radio gaie mais seulement parisienne, la vie était extérieure, dans les parcs, voire "l'homme blessé" de Patrice Chéreau), qui montre souvent la souffrance, la furtivité dans des lieux plus ou moins glauques. Les femmes privilégiaient les ambiances qui favorisaient les rencontres calmes et paisibles.
David Girard apparaît. Personne n'a autant incarné le commerce et la fête que lui. Avec ses saunas, ses boites, ses restaurants,, il fabriquait tout ce que les gais veulent bien payer. Une position radicalement marketée sur l'homosexualité. Nous aurons aussi l'occasion d'en reparler, Yves Jeuland fera une projection des deux documentaires vendredi.

Le projet "Université d'été des Homosexualités de Marseille"

20 ans, les universités d'été existaient depuis peu. La conception initiale devait s'extraire du modèle "club Med". Une option politique a été insufflée dés le départ, rappelle Jacques Fortin.
"il fallait aussi être visible en entrant dans la sphère publique". Il est clair que le féminisme a été le lit de nombreux mouvements homosexuels. Rappelons nous du FHAR. Les femmes, déjà engagées dans une résistance active et radicale ont été présentes dés le début. Mais la non mixité a généré de nombreux débats et bagarres.
Il semble que les hommes ne comprenaient pas, et ne comprennent toujours pas, pourquoi dans la construction d'un mouvement non mixte homo/hétéro, les femmes voulaient aussi une non mixité homme/femme. Néanmoins, la mixité des universités à toujours été une volonté déterminée.
Le principe du débat sur une semaine, permettait le passage d'un certain dialogue :

  • débats conflictuels,
  • moments plus chaleureux aux calanques,

Les conflits étaient basés sur la réforme ou le radicalisme. En ce sens, les UEEH sont l'enfant du féminisme et de plusieurs années d'étouffoir arcadien, même si Jean Louis Borie, qui se situait à la frontière de l'auto justification, a été le premier à parler de l'homosexualité profonde.

Radicalisation lesbienne dans la fin des années 70

Nous sommes loin du consensus ambiant LGBT. Les années 70 étaient marquées par la radicalisation du discours et des actions. Suzette Triton-Robichon n'est pas historienne, simplement une militante qui se souv ient. Les groupes de lesbiennes autonomes apparaissent sur la place publique, notamment avec la création du FHAR, alors que les mouvements féministes n'étaient pas forcément homosexuels.
D'autres mouvements encore plus révolutionnaires ont vu le jour comme "les gouines rouges", mais leur destin fut rapidement consommé. L'importance de ces groupes résidaient dans la volonté de construire une force collective à travers les histoires individuelles. L'axe Paris-Lyon a mis en évidence les traces du lesbianisme dans le passé et permit de jetter les premiers jalons d'une culture lesbiennes.
La fin des années 80 a vu la réalité du couple lesbien s'installer, balbutiant mais évidemment là. Le concept d'une nation lesbienne apparaît, avec ses dérives sectaires et séparatistes.
Une nouvelle étape est franchie, les groupes, les collectifs se créent pour travailler sur la santé, la convivialité. Ils se font connaître dans toute la France grâce au journal "Lesbia" qui perdure, là où les premiers essais de commerces lesbiens avaient échoués comme "Désormais". Le transmission de ce qui a été vécut et produit se pose. Même si des militantes entretiennent les archives lesbiennes, la majeur partie s'envolera avec les femmes.

Le CUARH

Le CUARH a été conçut comme une coordination de groupe dont l'objet est la lutte contre la répression envers les homosexuels. Le Cuarh se mobilise auprès de personne ayant perdu leur emploi du fait de leur homosexualité. Le Cuarh s'engage aussi sur plusieurs thèmes :

  • la parentalité,
  • les fichiers,
  • l'asile politique,
  • la suppression de l'homosexualité de la liste des maladies psychique en France et à l'OMS,

On le constate, des thèmes toujours d'actualité. Jean Michel Rousseau et Catherine Gonnardévoque ainsi la mobilisation militante à une époque des plus pernicieuse qui fut pour les homosexuels : la jouissance d'une première citoyenneté assombrie par l'ombre du VIH qui se répand sur la planète. Le Cuarh était mixte, et cela l'a conduit dans une démarche originale sur des revendications gay et lesbiennes, qui seront poussées avec la même force.
Pour se faire connaître, le Cuarh édite "Homophonie" de 1980 à 1987. Mais le passage en kiosque lui donne un autre élan, plus large, hors du champs connut des militants, celui des personnes, qui lui imposera aussi une nouvelle ligne directrice.
En 1982, c'est Libération qui titre "Le cancer gay". Un terme malheureux qui fut vite repris en choeur par le reste de la presse française. Le Cuarh réagit contre cette stigmatisation. Récrire l'histoire serait si simple, à l'époque, 1982, les très prudents professeurs Montagnier et Rosenbaum, commencent à peine à parler de préservatifs. Le milieu gay ne s'attendait pas au pire. Les 221 cas français ne laissaient pas imaginer l'ampleur de la pandémie en pleine période de jouissance enfin libérée, c'était incroyable presque par définition.
Mais pendant ce temps, la stigmatisation continue : les homosexuels ne peuvent plus donner leur sang. Le mouvement associatif change, les politiques s'essoufflent, la convivialité et les associations ludiques se développent.

Pause déjeuner

L'hotel de la région son patio était le théatre de cette pause / détente nécessaire après un tel voyage dans le passé.

Les groupes se reforment, les couples se retrouvent, s'ils étaient perdus. Le vent est de la partie pour emporter couverts, serviettes, assiettes et leur contenu.

A l'abri de ces turpides méditéranéennes, Jean Le Bitoux, Gérard Bach-Ignasse et Geneviève Pastre dédicacent leur livres respectifs.


Un magazine généraliste : "Gai Pied"

"On a dit et écrit beaucoup de choses sur "gai pied", tant ce média a été unique dans l'histoire du mouvement gay. Mais chacun a raconté des choses partielles et pas toujours vraies, réglant ses comptes au passage.
Le fondateur du journal, Jean le Bitoux, est venu aux UEEH qui ont fait le bilan de 20 ans de militantisme, pour nous livrer enfin pour la première fois l'histoire vraie de ce média pas comme les autres.
Un discours dont la vérité referme la parenthèse des "années Gai Pied", rend leur honneur aux journalistes, et évoque les origines des médiocres pratiques que la presse gaie a cru devoir adopter depuis.
Nous remercions Jean de nous l'avoir amicalement confié, et sommes fiers de vous le diffuser."

Retrouvez le texte intégral de Jean Le Bitoux en suivant ce lien.

Ce fut un moment d'intense émotion. Gai Pied a non seulement été le premier journal homosexuel généraliste, le fil rouge pour nombre d'entre nous, mais il a été aussi un creuset de formation de nombreux militants. Jean Le Bitoux n'en est pas des moindres et la salle entière s'est levée pour l'acclamer pendant plusieurs minutes.

Merci !

Génèse et lancement du magazine Lesbia

Catherine Marjollet redactrice du magazine Lesbia raconte aussi l'histoire de ce média pas comme les autres. Crée en 1982, le numéro 0 a été tiré à 100 exemplaires. Son objectif était simple : "un appel à colaboration". Le numéro 1 tiré à 400 exemplaires devient un vrai magazine, encore distribué manuellement. L'enfer commença. Lesbia avait la volonté d'avoir un contenu journalistique et d'aider à la rencontre des esseulées. Dés le numéro 2 du mois de janvier, la signature par le nom est adoptée. Le tirage atteint 900 exemplaires en juin 1983, Lesbia est devenu un magazine de 36 pages.

Mais Lesbia n'est pas seulement un magazine, c'est aussi un concept de convivialité qui permettra l'organisation de fêtes, des moments de rencontre avec des militantes, être et dire tout ce qui se passe partout où vie une lesbienne. Au bout de sept années, les fêtes mensuelles sur la péniche du chaland, les 48 pages à écrire épuisent les bénévoles. Et jusqu'en 1989 Lesbia n'a pas réussit à devenir un magazine autonome. Comme beaucoup de commerce lesbiens, très rare, Lesbia ne trouve pas le financement qui lui permettrai de vivre.
Mais l'essentiel spirituel est conservé.

Cinéma cinéma

Un moment de cinéma avec Lionel Soukaz réalisateur de Racd'ep. Un des premiers films sur les homosexuels. Il connut des début difficile, puisqu'il fut interdit ainsi que le premier festival de film gai à la pagode. Le ministère de la culture saisit les films. L'évenement fut relaté longuement dans toute la presse.

La difficile dépénalisation de l'homosexualité (1978-1982)

Gérard Bach-Ignasse est Directeur de l'Observatoire des Moeurs et responsable du DESS Genres et Sexualités (Université de Reims). Si Patrick Bloche et Jean Pierre Michel sont les pères du PACS, ont dire que Gérard Bach-Ignasse par ses travaux et ses réflexions en est l'inspirateur. Il nous livre ses pensées sur cet événement majeur pour nous.

Il aura fallu quatre ans de débats parlementaires en France, de 1978 à 1982, pour aboutir à une totale dépénalisation de l'homosexualité. Cette dépénalisation ne peut être comprise que si on la situe à l'intérieur d'un grand mouvement de libération sexuelle, initié én 1968, continué par le mouvement de libération des femmes et celui de l'homosexualité.

D'autre part, cette revendication entrait en résonance avec d'autres prises de parole sur la liberté sexuelle des mineurs : il y a eu un Front de libération de la jeunesse et de jeunes adolescents participaient aux actions du Front homosexuel d'action révolutionnaire. Cela a conduit plusieurs intellectuels dont Michel Foucault, à envoyer à la fin des années 70, une lettre à la commission de révision du code pénal sur la liberté sexuelle des jeunes.

Enfin, c'est cette lutte pour la dépénalisation qui a permis de structurer le mouvement homosexuel et d'augmenter sa visibilité. Aujourd'hui, il y a plus de 500 000 personnes aux Gay Prides, mais au début des années 70, il n'y avait que quelques dizaines, au mieux quelques centaines de participants dans les manifestations homosexuelles. C'est à l'occasion du débat pour la dépénalisation qu'une manifestation réunit pour la première fois plus de 1000 personnes le 16 octobre 1980, plus de 10 000 le 4 avril 1981.

Les contradictions du libéralisme avancé

Il s'agissait d'abroger la loi de Vichy qui interdisait les relations homosexuelles consentantes avec un mineur de 21 ans (alors que les relations hétérosexuelles étaient autorisées à partir de l'âge de 15 ans), et une ordonnance de 1960 (moment où l'homosexualité avait été qualifiée de fléau social) qui doublait les peines en cas d'outrage public à la pudeur homosexuel.

L'élection de Valéry Giscard d'Estaing à la présidence de la République en 1974 avait fait espérer une évolution de l'ensemble de la société sur la question des moeurs. De fait dès le début de son septennat, l'abaissement de l'âge de la majorité de 21 à 18 ans et la liberté de l'interruption volontaire de grossesse donnent des gages. La première disposition a un effet pour l'homosexualité puisqu'à partir de 1974 les relations homosexuelles deviennent légales avec les jeunes de 18 à 21 ans. Un consensus se fait jour pour supprimer le redoublement de peine en cas d'outrage public à la pudeur. On aurait pu penser qu'un consensus droite-gauche se manifeste pour supprimer totalement la loi de Vichy, de la même manière qu'une majorité s'était dégagée pour dépénaliser l'avortement. Mais, comme pour le pacs, vingt ans plus tard, ce consensus sera impossible à établir et c'est finalement la gauche seule, arrivée au pouvoir en 1981, qui dépénalisera totalement l'homosexualité. 

Pourtant, en 1978, une première proposition de loi avait été déposée par un sénateur de centre-gauche, Henri Caillavet, ancien ministre radical chargé de la Marine de guerre dans le gouvernement Mendès-France. Henri Caillavet m'a raconté comment cela s'était passé : un ami homosexuel avait attiré son attention sur les dispositions du code pénal et les conditions de vie des homosexuels : " j'ai donc déposé un texte qui prévoyait au moins l'égalité avec dans mon esprit la volonté d'aller plus loin. Quand j'ai déposé mon texte, début 78, M. Poher, le Président du Sénat, m'a fait venir ; il m'a dit : " Maintenant, tu t'occupes des pédérastes ". Je lui dis : " Je te ferai remarquer qu'il y a aussi les lesbiennes. Nous avons le devoir de faire en sorte que rien d'attentatoire à la liberté ne soit mis en oeuvre. Tu es chrétien, je fais appel à ta conscience. Il faut quand même que tu réfléchisses ". Il a accepté le débat et le texte est venu en discussion.

Le 28 juin 1978, Monique Pelletier, qui représente le gouvernement de R. Barre invoque l'évolution de l'opinion pour accepter la proposition Caillavet. A l'Assemblée, alors de droite, ce sont les socialistes et radicaux de gauche qui proposent la dépénalisation. Mais quand le texte vient en séance le 11 avril 1980, le président gaulliste de la commission des lois Jean Foyer, connu pour sa conception très réactionnaire en matière de moeurs, refuse la dépénalisation au nom de la protection des mineurs : c'est un thème permanent pour stigmatiser l'homosexualité en France. Jean Foyer s'exprime ainsi : " Songez, entre autres, qu'il existe des établissements qui reçoivent des mineurs de 15 à 18 ans dont certains sont des infirmes, des handicapés, des malades mentaux. Il me répugnerait d'affranchir pénalement des sanctions qu'ils encourent par la loi actuelle, ceux qui se livrent, à l'égard de ces mineurs, à des actes homosexuels ". 

Le gouvernement fait volte-face et se rallie à la position de Jean Foyer. La majorité est divisée, les gaullistes ne soutiennent plus Giscard et l'élection présidentielle approche. Les homosexuel-le-s, comme d'autres, en feront les frais. Le 16 octobre 80, le Sénat lui-même se déjuge. Les deux chambres étant désormais d'accord pour réprimer, la loi est définitivement adoptée. Cela donne lieu à une manifestation très revendicative des homosexuels et des lesbiennes devant le Sénat.

L'action du mouvement homosexuel

Devant l'incapacité des parlementaires à faire évoluer les choses, le mouvement homosexuel se structure autour du refus de la loi répressive. Le Comité d'Urgence Anti-Répression Homosexuelle, créé l'été 1979 pour fédérer les groupes homosexuels français envisageait d'abord son rôle (ainsi que son titre l'indiquait) comme un moyen de réaliser des actions immédiates face à tel ou tel cas de répression. Il va devenir l'instrument principal de la lutte pour la dépénalisation. Dans le même temps, la naissance du journal Gai Pied, vendu dans tous les kiosques, donne un poids considérable à l'expression homosexuelle jusque-là souvent soumise à la censure.

La campagne pour l'élection présidentielle de 1981 voit, pour la première fois, le thème de l'homosexualité apparaître dans le champ politique au plus haut niveau. Le débat parlementaire entre 1978 et 1980 a recréé un clivage droite-gauche : en 1980 seule la gauche vote pour la dépénalisation. Le CUARH décide d'organiser une grande manifestation pour les droits et libertés des homosexuels et des lesbiennes le 4 avril 1981, un mois avant l'élection présidentielle. Il va rassembler plus de 10 000 personnes ce qui ne s'était jamais vu auparavant. Surtout, le parti socialiste soutient la manifestation et presque tous les candidats de gauche à l'élection présidentielle, F. Mitterrand, H. Bouchardeau, G. Marchais, M. Crépeau, A. Krivine (mais pas A. Laguiller) se prononcent pour la dépénalisation de l'homosexualité.

Le 8 mai 1981, deux jours avant le deuxième tour de la présidentielle, Le Monde reproduit les programmes des deux candidats en lice. Pour la première fois, l'homosexualité fait partie des rubriques citées. Dans la colonne réservée à F. Mitterrand, on trouve sa position selon laquelle "l'homosexualité doit cesser d'être un délit". La colonne de Valéry Giscard d'Estaing est vide. Le président sortant s'est empêtré dans ses contradictions. L'homosexualité est devenue un thème du débat politique et elle a probablement contribué à l'issue du scrutin. "On estimait, dimanche soir, que le vote homosexuel avait contribué à la victoire du nouveau président, soit directement, soit par abstention" indique Le Monde du 12 mai 1981. Gai Pied titre après l'élection de F. Mitterrand : "Sept ans de bonheur ?".

Les suites de l'élection présidentielle de 1981 

A partir de l'élection de Mitterrand commence un dialogue institutionnel entre la nouvelle majorité de gauche confirmée aux législatives de juin et les représentants des homosexuels. Le ministre de l'Intérieur, G. Defferre supprime le groupe de contrôle des homosexuels et les fichiers les concernant.

En octobre 1981, les députés socialistes déposent une nouvelle proposition de loi tendant à supprimer l'article 331-2 du code pénal. Le 20 décembre 1981, ainsi qu'il l'a rappelé à Sciences-Po le 6 avril 2002, Robert Badinter, Garde des Sceaux prend la parole à l'Assemblée devant un hémicycle clairsemé mais avec des tribunes du public pleines à craquer. Après avoir fait une étude historique de l'homosexualité, R. Badinter cite un de ses illustres prédécesseurs, Cambacérès, homosexuel notoire, et conclut : "Il n'est que temps de prendre conscience de ce que la France doit aux homosexuels, comme àtous ses autres citoyens".

Au nom de la nouvelle opposition de droite, Jean Foyer intervient. Un seul député de droite s'abstient, tous les autres votent contre la dépénalisation alors que la gauche unie vote pour. Sur cette question de l'homosexualité, R. Badinter n'a pas entraîné une partie de la droite comme il l'avait fait, juste avant, pour l'abolition de la peine de mort.

Le CUARH souhaite que la dépénalisation soit le prélude à une plus grande reconnaissance de l'homosexualité et de la liberté sexuelle : il fait des propositions pour la révision du code pénal. On s'apercevra ensuite que la dépénalisation était sans doute le maximum tolérable dans ces années quatre-vingts.

Au Sénat, l'attitude répressive est dominante. L'ère libérale est terminée et le Sénat veut apparaître comme le principal opposant à la gauche. Après plusieurs péripéties, l'Assemblée nationale tranche en dernière instance le 27 juillet 1982 et l'abrogation devient la loi du 4 août 1982, date anniversaire de la nuit du 4 août 1789 qui vit la suppression de tous les privilèges de l'Ancien Régime.

Débat

Une journée aussi dense fit naître de nombreuses questions. Un débat animé s'organisa spontanément. Il apparaît une sission entre les grandes organisations : l'inter-lgbt, la coordination lesbienne nationale et les individus. La légitimité, la représentativité ne se décrète pas. Elle est le résultat de la vie et des actions de chacun. C'est la somme des vécut qui permettra de construire notre vie dans cette société. ce jour a été un grand travail de transmission et un moment exceptionel d'émotion. Les grandes organisation semble oublié que chaque jour des gais et des lesbiennes se font toujours agresser partout en France.  Alors que depuis le PACS aucune avancée n'a pu être obtenue, le gouvernement actuel donne clairement des signes de renforcement de la répression.

Le candidat Chirac s'est engagé pour lutter contre l'homophobie mais pas sur une loi.

Faut-il un autre rendez-vous annuel dans chaque ville de France, une date unique d'exclusive revendication contre l'homophobie ?

C'est bien d'echec qu'il fut question dans ce débat : l'echec des marches des fiertés pour porter nos revendications politiques.

Soirée mouvementée

L'UEEH ayant conclus quelques accords avec des restaurants de la ville pour le diner du soir, les GLB les ont soigneusement évité. 400 personnes se retrouvant dans dans six restaurants dont un fermé, ne pouvaient que générer de l'attente.

Mais c'est au campus que le mouvement fut le plus violent. L'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours me l'a raconté. Un groupe de filles armées de pistolets à eau se prennent de jeu en arrosant des garçons assis au pied du bâtiment C. L'un deux poursuivit une fille qui tomba, il l'a plaqua à terre et dans la chute elle se blessa. L'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours, me relata qu'il n'y a eu aucun appel au secours.

Mais ce fut le début d'une discussion houleuse et même violente au sein des UEEH, et la réapparition de ressentiments sur cette éternelle guerre hommes/femmes.

Reportage : , Pierre Léonard, Donald Suzzoni.

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