Oeuvre en trois actes, créée en 1877 non pas en France, mais à Weimar, par Liszt. Elle est souvent qualifiée d'opéra oratorio pour son sujet biblique. En France, elle sera créée en 1892. L'intrigue cependant s'éloigne assez de la version de l'Ancien Testament, et la poésie de Ferdinand Lemaire est de nos jours considérée comme un peu lourde.
Alors que ses frères se lamentent sous la domination des Philistins, Samson, consacré par Dieu, leur insuffle du courage. Grâce à sa force prodigieuse, il met en déroute les Philistins et le grand prêtre de Dagon (la divinité locale). Or le grand prêtre a une fille, Dalila, dont Samson est amoureux depuis tout petit (mais oui) et qui justement propose à Samson les joies du vainqueur s'il consentait à venir dans sa maison, ce que tout le monde, Samson y compris, interprètera comme un piège éhonté.
En attendant l'arrivée de Samson, sûre de sa puissance, Dalila reçoit la visite de son père qui lui propose de l'argent en échange du secret de la force de Samson. Dalila refuse l'argent (contrairement à la Bible) et veut uniquement se venger de Samson par haine amoureuse et par nationalisme. Après le départ du grand prêtre, arrive alors Samson. Commence ensuite le grand duo "d'amour", point central de tout l'opéra dans lequel Dalila cherche à draguer Samson pour lui faire lâcher le morceau. Samson finit par céder tandis qu'à l'orchestre gronde la voix du Seigneur dans le tonnerre et l'impuissance.
Samson, prisonnier aux yeux crevés est soumis aux humiliations de Dalila et des Philistins dans le grand temple de Dagon avant le sacrifice prévu. Guidé par un enfant, il adresse une dernière prière à Dieu lui demandant pardon pour sa chair faible et surtout la destruction des Philistins. Sa force lui est alors rendue et, tirant sur les colonnes du temple, il fait s'écrouler l'édifice sur ses ennemis et meurt.
L'analogie entre la situation politique de la France en 1870 et la situation du peuple d'Israël explique en partie la désaffection du public français qui trouve l'oeuvre un peu datée en 1892. En outre, l'utilisation par Saint-Saëns de motifs à la Wagner n'est pas toujours comprise. L'ombre de Wagner plane en effet sur cet opéra dont le coeur, le duo d'amour, est créé depuis longtemps par un cercle intime d'amis du compositeur, wagnériens convaincus (Augusta Holmès en Dalila, ce qui lui correspondait assez bien, et Henri Régnault, le peintre, en ténor). Ce duo d'amour est la perle centrale de l'oeuvre, admirée par de nombreux compositeurs, en particulier l'air de la mezzo-soprane "Mon coeur s'ouvre à ta voix", un des rares moments où la poésie de Lemaire affirme toute son expressivité sans lourdeur (jolie comparaison entre Dalila et la flèche fatale...).
Un peu de psychanalyse à deux francs maintenant... Pour ceux qui ne l'auraient pas encore deviné, ce chef-d'oeuvre barbare de Saint-Saëns est aussi intéressant par la personnalité de Dalila, le rôle des rôles pour les mezzos, à la voix sombre et sucrée et au caractère de femme fatale castratrice. Samson est un homme faible à la fois attiré et repoussé par la figure féminine et autoritaire de Dalila. Ce n'est pas la première fois que Saint-Saëns prend pour sujet l'impuissance de l'homme face à la femme. On rappelle volontiers à ce sujet le Rouet d'Omphale, où Hercule, le demi-dieu ultra-viril de la force cèdera et déposera sa puissance devant une femme.
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