Né autour de 1564, mort en 1619, le Duc Carlo Gesualdo, Prince de Venosa pouvait être un homme charmant dans sa prime jeunesse (on n'en sait rien), mais en tout cas, il a vite mal tourné. Son titre le couvrira de tous ses faits et gestes, y compris musicaux.
C'est son premier mariage en 1586 avec Maria d'Avalos qui l'a façonné. Découvrant l'infidélité de sa femme, il simule une partie de chasse, revient sans se faire annoncer, et surprend les deux amants dans son lit. Ce début de soap-opera tourne vite au drame. Il tue sa femme et son rival. Selon les témoignages abondants de l'époque, les blessures de sa femme se situent surtout dans le bas-ventre dans un lieu indécent, et le corps de son amant était exposé, nu, en place publique, jusqu'à ce que le Duc décide de le faire enterrer (probablement plus pour des raisons d'hygiène que morales).
Malgré tout, il réussit à contracter un second mariage avec Eleonora en 1593, qui tourne assez rapidement à l'aigre aussi. Cette fois-ci, c'est lui qui s'en désintéresse le premier, et pourtant certains observent des restes de passion de temps en temps. Ses deux fils mourront l'un après l'autre. Des bruits suggèrent qu'il serait responsable de la mort de l'un deux. Dans ses dernières années, il s'adonne à des pratiques masochistes, et se fait fouetter fréquemment par une douzaine d'éphèbes pour "chasser les démons" qui le torturaient. On parle aussi d'un valet qu'il aimait tendrement et qui occupait son lit quand sa femme était au loin (ce qui se produisait assez souvent pour éviter les drames) "pour chauffer son dos" paraît-il. Sa mort même soulève des controverses : est-ce une mort naturelle ou est-ce une conséquence de ses exercices ? Probablement les deux...
A tous les esprits bien-pensants qui y voient là un monstre, qu'ils se gardent de juger trop vite : Gesualdo était un homme torturé. Ses démons étaient bien réels. Il avait une nature religieuse et mystique extrêmement poussée, surtout après le double assassinat. On parle d'un tableau qu'il aurait offert après le drame à une chapelle, représentant le Jugement dernier, lui-même dessiné suppliant le Christ Sauveur, ainsi que Marie-Madeleine (ex-femme aux moeurs légères), et d'autres figures symboliques représentant les protagonistes du drame. Il y a aussi sa musique, torturée, dissonante qui traduit son état intérieur.
Oeuvres remarquables :