Billy Budd


Opéra en deux versions créé en 1951 puis révisé en 1960, son livret a des origines prestigieuses : tiré d'une nouvelle de Melville, il fut adapté à la scène par Crozier et E.M. Forster (l'auteur de Maurice et d'autres nouvelles attaquant l'hypocrisie de la société bourgeoise anglaise et une revalorisation de la nature et des gens simples). Celle que j'ai vue à l'opéra Bastille en 96 est la version révisée. D'aucuns diront que la symétrie et les caractères sont mieux affirmés dans la première version...

Billy Budd est un personnage solaire, jeune et beau, professeur de chant, mais depuis toujours attiré par la Royal Navy. Dans les moments difficiles il a la fâcheuse tendance de bégayer, ce qui lui vaut les railleries du capitaine Vere, maître du bateau qui a secouru le petit radeau de naufragés parmi lesquels se trouvait Billy. Bientôt pourtant, l'aristocratie de la galère étouffera ses moqueries : Billy a fédéré autour de lui tout l'équipage qui reconnaît sa valeur et sa bonté. La musique est un grain de folie et de sédition dans la vie dure de ces hommes maltraités et insultés par des nobliaux en culotte courte. Tout cela n'est pas du goût du maître d'armes : John Claggert, qui voit sa colère redoubler alors même qu'il ne peut s'empêcher d'être attiré par le jeune Billy. Comme il lui est impossible de détruire ce qu'il aime, il suivra des chemins torturés pour éliminer Billy Budd jusqu'au jour où celui-ci par malchance, tuera le maître d'armes dans un accident. Le capitaine, quoiqu'aimant Billy Budd dans lequel il reconnaît un fils potentiel, est obligé de le faire pendre, réalisant malgré lui la vengeance posthume de Claggert, alors même que l'équipage gronde sa colère.

A noter : l'extrême violence à fleur de peau de l'opéra. Certes, on n'y voit pas de sang, pas de personnages verdiens avec des épées à bras le corps. C'est une violence sournoise, dans un opéra où n'apparaît aucune femme, dans une atmosphère très "homoérotique". Le choeur d'hommes est un choeur de souffrance que seul le chant de Billy Budd apaisera. Les enfants ne sont que des aristocrates qui ne comprennent pas les sentiments des hommes. Deux moments de choix dans cet opéra : le monologue de Claggert révélant ses sentiments, honteux et pourtant magnifiques dans ce monde dur, et le monologue de Billy Budd au clair de lune avant de mourir. Le symbolisme du maître d'armes, personnage viril s'il en est, aimant ce qu'il veut détruire, détruisant ce qu'il aime, jusqu'à perdre sa vie pour obtenir ce qu'il veut, est tout bonnement pathétique.


Musique (sommaire) | Britten