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Les notes de lecture
de Nathalie Mège
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| Culture |
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Armistead Maupin,
Nouvelles Chroniques de San Francisco,
Passage du Marais, 139 F |
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| Roman | Nous l'appelions de nos voeux en août, le voici ! Pour tous ceux et toutes celles qu'a passionnés le premier volume de cette série culte, et qui adorent déjà Mrs Madrigal, Michael Tolliver, Mary Ann Singleton et toute la cohorte d'habitants du très cannabinistique 28, Barbary Lane. Le grand mérite de Maupin réside dans l'évocation à la fois caustique et tendre d'individus parfois vellétaires, pris dans la mouvance gay et alternative du San Francisco de la fin des seventies (n'oublions pas qu'avant de succéder au triangle rose comme emblème de la communauté gay, l'arc-en-ciel fut le symbole de la jeunesse contestataire américaine). Un style alerte, un auteur incontournable - à découvrir si ce n'était déjà fait. |
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Sandra Scoppettone,
Tout ce qui est à toi...,
Fleuve Noir, 57 F |
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| Roman |
Enfin une privée lesbienne! diront certain(e)s. Dommage qu'elle
ressemble en tous points, féminisme et
auto-dépréciation1 mis à part,
à ses homologues mâles. Intégration ou
démagogie ? Allons, cette intrigue classique, mêlant
viol et sombres affaires de famille, portant un regard critique sur
l'Amérique post-reaganienne, se laisse lire avec plaisir. Et l'on
a finalement bien envie de revoir Lauren Laurano et sa petite amie Kip
dans les deux volumes à venir de la série. Saluons au
passage les éditions du Fleuve Noir, éditeur "populaire",
ainsi que Rivages et X qui avec Joseph Hansen, Dan Cavanagh ou Sandra
Scoppettone, font montre d'un brin de hardiesse éditoriale en
traduisant les aventures de détectives homo. à quand la
même chose sous la plume d'un ou d'une
français(e) ?
1Ces deux aspects sont-ils bien compatibles ? |
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Lax/Bertois,
Soleil cou coupé,
Aire Libre, 75 F |
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| BD | Voici une BD qui dénote à plus d'un titre dans la frileuse production francophone : collaboration inusitée entre un dessinateur connu (Lax) et un jeune scénariste qui n'est autre que son fils (Bertois), Soleil cou coupé ose mettre en scène une histoire d'amour entre trois travestis (Ruth, Linda, Sacha) qui séduisent tour à tour un ouvrier "décalé" (Antoine). Le traitement de l'histoire laisse de côté l'univers de la prostitution pour nous entraîner sur les chemins tortueux de la passion. Chacun des travestis personnifie une forme de relation amoureuse et cet aspect symbolique fonctionne de manière assez heureuse. On peut cependant s'interroger sur le mélange de genres - cette présence de l'homosexualité en BD, passant par l'image du travesti, est loin de la banaliser - ainsi que sur le graphisme, qui ne va pas sans quelques maladresses. |
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E.M. Forster,
Quelle importance ?,
Christian Bourgois, 90 F |
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| Nouvelles | On fait beaucoup l'amour dans ces nouvelles de Forster. "On" : surtout des garçons avec des garçons - mais... quelle importance ? Est-il vraiment choquant que le Président de la république de Pottibakie ait une maîtresse et un amant ? Que le frère d'une jeune sainte rescapée de justesse des mains d'un Goth chérisse le torque d'or du barbare, souvenir de sa propre étreinte avec l'homme ? Qu'un bel officier anglais partage sa cabine, puis sa couchette, avec un jeune marchand indien ? Par l'auteur de Maurice, une fine plongée dans la répression sexuelle intériorisée, où chaque mensonge social et individuel se confronte à la réalité. Résolument subversif, drôle à souhait, ce recueil intemporel a dû faire sursauter ses premiers lecteurs, en 1947... |
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Xavier Lacroix (dir.),
L'amour du semblable - questions sur l'homosexualité,
Cerf, 166 F |
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| Essai | Un ouvrage qui présente l'homosexualité au néophyte est chose suffisamment rare pour être signalée... Sous quel jour la "société réelle" envisage-t-elle les relations amoureuses entre personnes du même sexe et leurs implications sociales ? Plusieurs débuts de réponse nous sont fournis avec cet excellent recueil d'articles qui, bien que non-militant, analyse la différence sexuelle sous les multiples facettes de la sociologie, la psychologie, la littérature, et même... la théologie - les éditions du Cerf sont en effet une maison résolument chrétienne! Les textes, synthétiques et précis, fournissent un bon corpus de références et de citations, sous la plume d'auteurs visiblement au fait des débats qui secouent la "communauté". Un bémol de taille, encore fréquent de nos jours : le quasi oubli des lesbiennes (et des bi) par certains auteurs... |
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Maud Tabaschnik,
Un été pourri,
Viviane Hamy, 85 F |
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| Roman | Boston, l'été. Quatre hommes meurent égorgés, puis émasculés. L'enquête de l'inspecteur Sam Goodman piétine : les victimes sont tous auteurs d'abus sexuels, mais aucun détail ne relie les meurtres. Les Bostoniennes approuvent ce qu'elles considèrent comme des exécutions, tandis que Goodman finit par douter du bien-fondé de sa tâche... Un suspense réussi, qui suscite un regret : Maud Tabaschnik fait preuve de quelque complaisance envers les tenants de la guerre des sexes... |
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Françoise Héritier,
Masculin, féminin, la pensée de la différence,
Odile Jacob, 140 F |
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| Essai | Ancienne élève de Claude Levi-Strauss, l'auteur ajoute aux trois piliers de la société humaine selon le Maître (exogamie / prohibition de l'inceste, reconnaissance sociale d'une forme d'union, et répartition des tâches selon le sexe), une quatrième condition, préexistant aux autres : la construction sociale de la différence sexuelle. La distinction physique homme/femme suscite l'élaboration de systèmes culturels (chez nous : "le genre") différents selon les sociétés. Le corps et ses fluides (sang, sperme, lait nourricier...) servent de base à des symboliques qui recoupent les questions des rapports sociaux de sexe, et l'étude des derniers ne saurait se faire sans une mise en perspective des premiers... Cet ouvrage passionnant, très érudit, reste à la portée de tous ; il deviendra probablement un classique... du genre. En attendant ce jour béni, lisez Françoise Héritier, qui fournit ici un cadre de réflexion autour duquel de nombreux éléments jusque là inexpliqués font soudain sens. |
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Tennessee Williams,
Soudain, l'été dernier,
10/18 |
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| Théâtre | Si vous avez vu le film de Manckiewicz avec Mongtomery Clift, Elizabeth Taylor et Katharine Hepburn, vous voudrez conserver la trace de cette histoire où une mère dévorante refuse jusqu'au bout de reconnaître l'homosexualité de son fils. La structure joue sur les similitudes entre enquête policière et psychanalyse, symbolisme des corps et des esprits "avalés" par le désir... Complexe, ambigü, voici sans doute l'un des meilleurs scénarios écrits par le grand Tennessee Williams. |
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Les veillées du couvent par un Bâtard de Mirabeau
l'aîné,
Séguier, 85 F |
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| Roman | Un libertin pas si "affranchi" que cela de la morale chrétienne dresse l'histoire d'initiations érotiques féminines... Les tribades ne le demeurent qu'un moment puisqu'elles vont être ramenées dans le droit chemin du pénis et du phallus par un joli jardinier. Las! on se demande bien pourquoi ces innocentes n'utilisent pas de cierges! |
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Sylvie Denis,
Jardins virtuels,
DLM, 60 F |
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| Nouvelles/SF | Des nouvelles du futur où se projettent les névroses de la famille nucléaire d'aujourd'hui. Les tentatives individuelles pour en sortir : (dés)incarnations et interventions cybernétiques en tous genres. Le texte et le cyberspace deviennent sublimation de l'espace mental... Sylvie Denis a réussi dans ces nouvelles le pari de la bonne science-fiction, humaniste et métaphorique. Et comme tout va ensemble, rien de plus normal que d'y aimer une personne de l'un ou l'autre sexe... |
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Claude Aron,
La bisexualité et l'ordre de la nature,
Odile Jacob, 160 F |
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| Essai | Eminent biologiste, Claude Aron livre ici le fruit de ses recherches sur la bisexualité animale et soupèse les extrapolations possibles à la sexualité humaine. Une démonstration scientifique longue, mais qui peut se lire comme une enquête policière... et des mises en perspective fondamentales sur les récentes tentatives d'explication génétique de l'homosexualité. Car on est bien forcé d'admettre, à la lecture de ce livre, que les comportements sexuels, même réduits à leur dimension biologique, s'inscrivent principalement ailleurs que dans l'ADN... |
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Léa Duffy,
Féminin, féminin,
Fixot, 99F |
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| Témoignage | Les témoignages individuels sur la prise de conscience et la sortie du placard sont souvent touchants... de naïveté - celle-là même que l'on peut perdre à force d'affronter la réalité. Ce livre pétri de louables intentions s'égare parfois dans les méandres de l'autojustification... Ceci dit, tant que les goudous pensantes ne proposent rien d'autre aux éditeurs grand public, on ne va pas jeter la pierre à celles qui font ce qu'elles peuvent pour faire avancer le schmilblik. |
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Hisham Sharabi,
Le néopatricarcat,
Mercure de France, 150 F |
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| Essai | Au maximalisme actuel autour d'une certaine conception de l'islam, Sharabi oppose des analyses issues de l'anthropologie afin de dresser un tableau exhaustif du fonctionnement actuel des sociétés d'Afrique du Nord. Il est rare que des ouvrages étrangers de ce domaine soient traduits en France, pays persuadé de sa suprématie intellectuelle en la matière. C'est dire l'incontestable qualité de celui-ci. |
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Différence des sexes et protection sociale,
Presses Universitaires de Vincennes, 140 F |
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| Essais | Comment l'"égalité des sexes" s'accommode-t-elle des différences de genre ? Cet ouvrage collectif soulève des questions de philosophie politique et propose des réponses à travers l'étude des systèmes de protection sociale globale ou sur le lieu de travail. Carrefours des choix économiques et sociaux, ces derniers s'avèrent rarement adaptés aux femmes enceintes ou aux personnes vivant avec le VIH... des points de vue variés et argumentés sur un dossier qui fédère bien des problématiques. |
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Pierre Sisser,
Amour et humour gay,
Ramsay, 119 F |
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| Humour | Sisser parvient parfois à nous faire rire dans ce recueil à mi-chemin entre fin persiflage de dîner mondain et beaufitude genre Almanach Vermot, où le lecteur est supposé neutre, c'est-à-dire non-gay (selon la bonne vieille méthode du pseudo-universel dénoncée par les féministes)... le plus drôle de toute l'histoire, c'est que des homos vont acheter ce livre! |
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Alain Buisine,
Verlaine, histoire d'un corps,
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| Littérature | Des décennies après la mort de Bachelard, l'incarnation semble enfin gagner l'esprit français, et l'étude du corps relégitimer l'analyse biographique d'une oeuvre ou d'un auteur - les anthropologues y sont pour beaucoup. Alain Buisine a bien compris cette stratégie, qui se livre ici avec finesse et brio au dé-corticage charnel de Verlaine. Il faut dire que le sujet s'y prête. Une recherche remarquable, y compris pour le naturel avec lequel est traitée la liaison avec Rimbaud. Pour amateurs de poésie, de biographie et amoureux des constructions imaginaires complexes. |
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Quentin Tarantino,
Reservoir dogs, suivi de True Romance,
10/18 |
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| Scénarios | Homophobe, violent, ou second degré ? Le film a fait couler beaucoup d'encre à sa sortie, et a déchaîné des réactions épidermiques chez beaucoup de gais. Voici une occasion de distancier l'image et ses pouvoirs et de se confronter à un des scénarios sans conteste les plus noirs des dernières décennies. Une histoire d'hommes ou plutôt, pour être précise, une intrigue autour de l'exacerbation de la construction sociale du "masculin". |
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Fay Weldon,
Wanda et les autres,
Joëlle Losfeld, 115 F |
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| Roman | Ce roman enthousiasmant présente avec beaucoup de force et de subtilité un univers de femmes -- ou mieux, l'univers vécu et vu à travers des femmes "ordinaires". C'est d'une justesse rare, ça fonctionne à tous les niveaux de lecture. On pense au ton inclassable des canadiens français... c'est juste anglo-américain et très bien traduit. |
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Jaime Baily,
Ne le dis à personne,
Stock, 150 F |
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| Roman | Récit péruvien très médiatisé, qui a créé le scandale dans son pays car bien des personnages publics qui s'y livrent au sexe gai sont réels - et le Pérou reste un pays très conservateur. Stock, qui nous avait habitués à mieux avec Zweig, Wilde et tout son "Cabinet Cosmopolite", ne tarit pas d'éloges pour cet ouvrage. Malheureusement, ce n'est qu'une suite de faits d'armes sexuels et d'états (senti)mentaux aussi intéressant littérairement et psychologiquement qu'un roman à l'eau de rose. Si l'auteur avait été français, on se demande si son ouvrage aurait jamais trouvé un éditeur. |
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Andrea Weiss,
Paris était une femme,
Anatolia, 139 F |
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| Histoire |
Au début de ce siècle, Paris était ravagée
par la turbulente présence d'amazones qui
préféraient le thé à l'absinthe et les
plaisirs de la plume à en tailler une aux messieurs. Ecrivaines
(Colette, Gertrud Stein, Djuna Barnes, Renée Vivien, Vita
Sackville West, Natalie Barney, etc) et peintres (Marie Laurencin,
Romaine Brooks...) le plus souvent lesbiennes évitaient donc la
compagnie des soûlards surréalistes, des Hemingway et
autres américains à Paris au profit de celle du plus calme
et plus queer James Joyce, ou de peintres inconnus à
l'époque (Picasso, Derain, etc.) qui fréquentait comme
elles la légendaire Maison des Amis des Livres
créée par Adrienne Monnier et la librairie Shakespeare
& Co, fondée par la non moins célèbre Sylvia
Beach. Ce livre richement illustré est le premier en France à retracer l'ambiance de ces rencontres auparavant entrevues par fragments au hasard des biographies. Il a fait l'objet d'un documentaire qui a été projeté en juin 1996 par le Zoo en présence des réalisatrices. |
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Maud Tabaschnik,
Le festin de l'araignée,
Viviane Hamy, 89 F |
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| Roman | Où l'on retrouve avec bonheur Sandra Khan, journaliste et lesbienne, qui découvre dans la petite ville Boulder (Arizona) une conspiration du silence autour de disparitions mystérieuses. On adore Sandra, sa détermination à traquer la bêtise... et le meurtrier, un adventiste du 7ème jour obsédé par la purification. Maud Tabschnik écrit des romans noirs uniques en leur genre, situés dans l'amérique imaginaire - et pourtant bien réelle - des bons auteurs français nourris à la Série Noire. Les portraits de gais et de lesbiennes englués dans une ville de province hostile donnent la touche finale à une oeuvre forte où l'humour est souvent la seule arme contre la violence. |
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René de Ceccatty,
Aimer,
Gallimard, 110 F |
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| Roman | Le prétexte est fréquent : le "roman", raconté à la première personne, sert au narrateur-auteur pour solder une histoire d'amour désastreuse et nous séduire au passage - Hervé, objet de ses amours ratées, est d'ailleurs d'abord tombé amoureux de ses livres. Nicole Muller, dans Ce qu'il y a d'affreux dans l'amour (Actes Sud), avait parfaitement réussi l'exercice. Mais ici la distance, indispensable pour faire effet de fiction, reste quelque peu maladroite. Car le narrateur néglige d'en passer par l'indispensable : pour qu'il mérite notre compassion, notre compréhension, voire notre amitié, son texte doit aussi être un projet réussi de compréhension de soi... Il se contente ici de rouer de coups les fantômes ressucités par l'écriture, avec un angélisme, une auto-complaisance et un aveuglement qui laissent un petit goût d'inachevé. Un texte qui ne décolle pas en tant que roman, mais qui mérite de figurer dans vos rayonnages comme "manuel d'évitement des bourgeois refoulés de quarante ans à l'usage des gays désemparés du même âge", ce qui n'est déjà pas si mal ! |
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Armistead Maupin,
Autres chroniques de San Francisco,
Passage du Marais, 139 F |
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| Roman | Passage du Marais poursuit la désopilante publication des aventures de Mrs Madrigal, Michael Tolliver et les autres, dans le San Francisco du début des années 80. Vous n'avez pas lu les premiers ? Dommage pour vous, mais ce n'est pas grave : chaque roman "se tient". Situations cocasses (mais crédibles), humour des dialogues, satire des comportements... c'est une comédie de moeurs plus profonde qu'il n'y paraît sur la décrispation sociale et la libération sexuelle, et à laquelle on n'est pas près d'échapper dès qu'on a par mégarde ouvert la première page. Le succès de la série lui a même valu (excusez du peu) une adaptation télévisée du premier volume en six épisodes. Vive Armistead Maupin ! |
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Georges Eekhoud, un illustre uraniste,
Question de Genre / GKC, 60 F |
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| Textes | Un personnage fascinant que cet anarchiste de Georges Eekhoud, que le regretté Michel Cressole avait surnommé "le Pasolini des Flandres". Non content de défier la morale bourgeoise du début de ce siècle par ses romans, il a aussi défendui ce qu'on appellerait aujourd'hui la culture gay. Nous sont présentés ici deux textes sur la peinture (l'un sur le peintre Jérôme Duquesnoy, l'autre sur la figure de Saint-Sébastien), un troisième consacré à "la sensibilité dans la littérature moderne", et surtout la narration des péripéties juridiques autour de son propre roman Escal Vigor, occasion d'un vibrant plaidoyer pour la liberté de moeurs. Le tout est accompagné d'une passionnante préface de Mirande Lucien, chercheuse férue d'Eekhoud à l'origine de cette réédition, et plusieurs articles d'une étonnante modernité concernant Eekhoud, originellement parus durant les années 1900 dans les Annales des Sexualités Intermédiaires et en particulier de l'homosexualité que publiait Magnus Hirschfeld à Berlin. |
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Claudine Ducaté,
Terre de femmes - L'homosexualité féminine,
Ed. Morrisset, 92 F |
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| Essai | Un livre bref, qui part d'une intention louable, et a le mérite d'exister... mais tout de même, pas plus que Le Rose et le Noir, tant la généralité frise souvent l'approximation ! Et que penser de son prix élevé pour son nombre de pages - 152, dont beaucoup d'adresses qui figurent dans tous les guides existants - de ses erreurs (p. 48, c'est Josyane Savigneau, et non Gisèle Halimi qui interroge François Mitterrand sur la non-discrimination au sujet des moeurs en 1981), de ses facilités. Et comment ne pas bondir devant des affirmations comme "les garçons homosexuels défient la société parce que (...) comme tous les hommes, ils cherchent avant tout à assouvir leur besoin violent de jouissance sexuelle", ou devant les doutes de l'auteure quant à la bisexualité, et ses conclusions autour de citations de Malraux (grand libérateur sexuel, c'est bien connu) ? J'ai ri jaune en apprenant que "les femmes homosexuelles ont depuis toujours déstabilisé l'organisation masculine (...)". Toutes ? Toujours ? Ben dis donc, faut voir ce que ça donne ! |
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France QRDLa France Gaie et Lesbienne
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Last modified: Tue May 4 20:56:13 MET DST 1999
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