[a] Magazine "Illico" du 17 juin 2005, dossier
"Spécial Marche 2005" (pp.6 à 11) :/
En ordre de marche ?/ "Couples et parentalité :
l'égalité maintenant !" Derrière ce mot
d'ordre rassembleur qui sera celui de la Marche des Fiertés 2005
se profilent les fractures entre les groupes et associations militants
qui se partagent le rôle de porte-parole des revendications LGBT.../
Par Jean-François Laforgerie et Didier Roth-Bettoni/ Couples, parentalité,
égalité : les trois mots formant le slogan de la Marche
des Fiertés posent à l'évidence les trois enjeux
principaux pour les gays dans les mois à venir. Sauf que, dans
le contexte (politique et militant) actuel, ils sonnent un peu trop comme
des incantations à écho limité : le nouveau
pouvoir ne semble pas avoir beaucoup de goût pour ce type de sujets
(c'est un euphémisme…), l'opposition n'a toujours aucun projet
dans ses cartons (…c'en est un autre) et le mouvement gay lui-même
paraît empêtré dans toute une série de contradictions,
qu'elles soient stratégiques ou de fond, entre sa frange radicale
– Panthères Roses, Act Up… – et sa composante
plus pragmatique – Inter-LGBT, Inter-Centres, Gay Lib'.../ Faut-il
pour autant ne rien attendre de cette Marche 2005, et les dizaines de
milliers de personnes attendues dans les rues de Paris, entre Montparnasse
et Bastille, le 25 juin, ne vont-elles défiler que parce que la
Gay Pride (comme disent encore nombre de manifestants) ne serait à
leurs yeux guère plus qu'un carnaval joyeux, festif, coloré
? Evidemment non : face au désert politique, la Marche
des Fiertés doit être l'occasion de réaffirmer fortement
les revendications des gays, des lesbiennes et des transsexuels en matière
de lutte contre l'homophobie, d'amélioration du PaCS, de mariage,
d'adoption, d'identité. De lutte contre le sida aussi puisque cette
Marche se déroule alors que la lutte contre le VIH a été
proclamée grande cause nationale 2005, et qu'en plein milieu du
parcours, les organisateurs ont prévu trois minutes de silence
en solidarité avec les séropositifs et les malades. Si le
contexte ne paraît guère favorable, il n'en est que plus
essentiel de redonner à la Marche son rôle de levier de nos
droits, de moyen de pression de masse. Car si ce n'est pas la rue qui
gouverne, elle peut au moins servir à se faire entendre.../ didier
roth-bettoni [b] Militants : des stratégies qui s'opposent L'instauration de l'état UMP en 2002 a placé la scène militante LGBT face à un dilemme : attendre l'alternance ou faire avec. Refusant de perdre de précieuses années – cinq ans sans avancées, cela risquait d'être effectivement long – les associations ont choisi de faire avec. Pour autant, elles n'ont pas toutes choisi de le faire de la même manière. Et c'est à l'évidence un problème./ Certaines structures comme l'Inter-LGBT et l'Inter Centres-LGBT ont choisi la coopération sous conditions. D'autres, comme Gay Lib' ou Homosexualités et Socialisme ont privilégié le lobbying au sein des formations politiques dont elles sont proches (UMP et PS). Les dernières, comme les Panthères Roses ou C'est l'Bouquet !, ont opté pour la radicalité et la désobéissance civile pour faire avancer leurs revendications. Mais plutôt que de jouer la complémentarité, le plus souvent, associations et structures tirent à hue et à dia./ "On constate aujourd'hui un morcellement du paysage politique français avec un émiettement sur les extrêmes, le même phénomène se répète dans le paysage militant gay, explique Stéphane Dassé, présidende Gay Lib'. A mon sens, ce n'est pas forcément un handicap. J'y vois même le signe que les gays sont bien intégrés et à l'image même de la société d'aujourd'hui"./ "Les difficultés viennent du fait que la scène gay recoupe la division actuelle de la gauche, analyse Rostom Mesli de C'est l'Bouquet ! Il y a une gauche gestionnaire, de bureau, et une gauche de rue. C'est la même chose dans le mouvement LGBT. Mais pour le moment, la complémentarité qu'on pourrait souhaiter fonctionne mal. Par exemple, nous comptions au minimum sur un silence bienveillant de la part de l'Inter-LGBT à propos du mariage de Bègles et pas sur des attaques publiques de notre stratégie"./ Pour les Panthères Roses, c'est "la volonté d'hégémonie de l'Inter-LGBT" qui pose problème. "Nous avons des principes très fermes comme le fait de ne pas vouloir être des sous-citoyens par exemple, explique Xavier Prieur-Adjadj, un des créateurs du groupe. Et ne pas être ferme sur les principes sous prétexte de faciliter le dialogue, c'est l'échec assuré"./ Doyenne, l'Inter-LGBT, longtemps seule sur le créneau militant, a dû faire face à l'arrivée de nouveaux groupes. Structure marquée à gauche, elle a ainsi dû tenir compte de l'arrivée de Gay Lib'. "L'Inter LGBT est reçue [par les pouvoirs publics] puis c'est notre tour. On décode alors avec nos interlocuteurs gouvernementaux ou parlementaires le langage de l'Inter", s'amuse Olivier Boileau-Descamps de Gay Lib' et sa proximité avec la majorité./ Longtemps leader et porte-parole naturel des associations gay, elle voit aujourd'hui certains de ses champs d'intervention investis par l'Inter Centres-LGBT qui se défend pourtant de toute concurrence. "Notre Fédération considère que le paysage associatif LGBT n'est ni un espace marchand, ni le lieu où on ne sait quelles carrières iraient se construire. Elle ne saurait donc se définir comme concurrente de qui que ce soit et cherche au contraire, systématiquement, à travailler en partenariat avec les associations concernées par ses démarches" explique de son côté l'Inter Centres LGBT. Enfin, jugée trop prudente l'Inter-LGBT déçoit parfois les groupes plus radicaux./ "Nous sommes attachés à faire en sorte que lorsqu'un débat émerge, l'essai soit transformé, avance Alain Piriou de l'Inter-LGBT. C'est la raison pour laquelle nous étions réservés sur la méthode pour le mariage de Bègles. Pour nous, il faut convaincre le législateur et donc agir auprès du gouvernement et des parlementaires et ne pas demander aux juges de se prononcer sur quelque chose qu'ils ne peuvent pas dire. Cela étant, c'est bien qu'aujourd'hui C'est l'Bouquet ! soutienne des gens qui veulent se marier et fasse vivre une revendication en la faisant incarner par des personnes"./ Mais pour l'Inter-LGBT, la radicalité a ses limites. "A mon sens, l'effet des Panthères Roses a été nul sur l'adoption de la loi contre les propos homophobes, combat où nous nous sommes sentis bien seuls. C'est nous qui avons relancé l'idée d'une amélioration du PaCS comme solution pour sortir du conflit que le mariage de Bègles avait provoqué avec le gouvernement, tout en obtenant une avancée qu'on réclamait depuis longtemps". Pour d'autres associations, le problème est bien là aussi : une absence de concertation générale en aval des rencontres avec les pouvoirs publics, ainsi qu'un manque de transparence dans les tractations./ Aujourd'hui, personne ne croit en une unité absolue ni d'ailleurs ne la souhaite. Chacun entend suivre sa route. Qui le militantisme gestionnaire. Qui la résistance. Qui la coopération interassociative au coup par coup. "En fait, il faudrait que les structures les moins radicales se servent des groupes radicaux comme levier et ne se contentent pas de leur demander de ne pas faire de vagues" avance Rostom Mesli de C'est l'Bouquet (voir encart p11). Et ce d'autant que nombreux sont les acteurs qui estiment qu'aujourd'hui la Marche des Fiertés – dont la composition des manifestants a beaucoup changé – joue moins son rôle de pression politique qu'auparavant. La nouvelle donne/ En trois ans, la scène militante
LGBT a connu des évolutions notables :/ Les associations LGBT sont
reçues pour la première fois par un Premier ministre en
2003./ Renforcement de la notoriété et de la crédibilité
de l'Inter-LGBT (fédération de 70 associations essentiellement
parisiennes)./ Montée en puissance de l'Inter Centres LGBT (fédération
de 138 associations et plus de 2000 adhérents) sur les questions
politiques, signe d'une aspiration des régions à se faire
entendre sur le plan national./ Création de Gay Lib', mouvement
gay associé à l'UMP, qui compte plus de 600 adhérents./
Emergence des Panthères Roses, "outil de résistance
et composante politique du combat pour une société alternative"./
Lancement du Manifeste pour l'Egalité des droits qui, après
le premier mariage gay de Bègles en juin 2004, devient C'est l'Bouquet
!, association de défense du mariage homo. [c] Années Raffarin : un bilan balancé Les revendications LGBT ont connu, au cours des trois années de gouvernement Raffarin, des sorts divers. Certaines ont progressé à l'aide des stratégies de coopération classiques avec les pouvoirs publics conduites par l'Inter-LGBT ou, dans une moindre mesure, l'Inter-Centres LGBT. Certaines, parfois les mêmes, ont bénéficié du lobbying interne et intensif conduit à droite par Gay Lib'… D'autres ont pris corps, comme le mariage, grâce à l'activisme contestataire de groupes plus radicaux et une stratégie nouvelle – du moins pour le mouvement LGBT – qui consiste à "forcer" la loi pour tenter de la changer. Bilan, secteur par secteur. Lutte contre l'homophobie/ Revendication phare, la lutte contre l'homophobie a trouvé sa traduction législative en deux occasions : l'homophobie considérée comme un facteur aggravant dans certains crimes et délits (loi sécurité intérieure) et pénalisation des propos homophobes. L'Inter-LGBT considère qu'il s'agit de son bébé, tout comme Gay Lib' qui estime avoir joué un rôle majeur dans l'adoption du dispositif. L'Inter Centres LGBT considère aussi qu'il s'agit d'un succès personnel. Reste que, sur le plan symbolique et même dans certains aspects du texte, le compte n'y est pas. Les associations n'ont pas réussi à faire respecter l'engagement gouvernemental d'un projet de loi spécifique à cette question et ont très difficilement contenu l'opposition protéiforme – cathos, syndicats de presse, parlementaires UMP, structures en charge des droits de l'Homme ! – au texte. Mariage/PaCS/ L'hostilité initiale de l'Inter-LGBT sur le calendrier et la stratégie choisie (mariage de Bègles) par certains militants LGBT et les Verts pour défendre l'ouverture du mariage aux couples de même sexe a jeté le trouble. Le gouvernement, très hostile à cette revendication, s'est engouffré dans la faille. Résultat : un blocage complet à droite, un engagement du PS en faveur du mariage mais toujours rien de concret et une très modeste amélioration du PaCS avec la disparition du délai de trois ans avant imposition commune (loi de finances 2005) dont Gay Lib' et l'Inter-LGBT s'attribuent la paternité. Gay Lib' n'a pas réussi à se faire entendre de Sarkozy (alors ministre de l'Economie) sur des améliorations dans le domaine successoral. Les associations ont été incapables d'accélérer le calendrier que Perben (alors ministre de la Justice) faisait durer plus que de raison. Mais le débat a été mis au centre de la place publique. Homoparentalité/adoption/ Un refus ferme et définitif du gouvernement Raffarin, une nette hostilité des parlementaires de la majorité, un engagement socialiste à légiférer mais aucune proposition en vue, un PC divisé sur la question et des Verts, unique parti de gouvernement engagé frontalement sur ce dossier. C'est l'échec pour les associations puisqu'en trois ans, rien n'a bougé. Education/ Suicide des jeunes, lutte contre l'homophobie à l'école… Le dossier Education n'avance pas. Le regroupement, pourtant actif, des syndicats d'enseignants, d'associations de parents d'élèves et de structures LGBT n'a pas permis d'être entendu depuis trois ans. Résultat : aucun progrès dans ce domaine. "Lorsque le gouvernement ne veut rien entendre, est-ce l'échec des associations ?" s'interroge l'Inter-LGBT. Trans/ Echec complet sur ce dossier pourtant défendu par plusieurs associations. Celles-ci n'ont pas obtenu la prise en compte de la notion d'identité de genre ou d'identité sexuelle dans la loi pénalisant les propos homophobes, ni d'avancées sur les revendications propres aux transsexuelles. Pourtant, l'épisode de Rueil montre bien que les discriminations sont réelles et constantes. Déportation/ L'Inter-LGBT et l'Inter Centres se sont
beaucoup investis sur ce dossier mais sans concertation. Les rendez-vous
avec les associations d'anciens déportés et le gouvernement
ont été doublonnés au risque de perturber la lisibilité
des revendications. Résultat 1 : L'Inter Centres-LGBT considère
comme un succès personnel que Jacques Chirac ait mentionné
la déportation homo dans son discours (avril 2005) mais pouvait-il
faire autrement à l'occasion du 60ème anniversaire de la
libération des camps et alors que cette page de l'histoire de France
est reconnue officiellement depuis 2001 ? Résultat 2 :
une nette amélioration de la participation des associations homos
à la cérémonie officielle parisienne mais, comme
tous les ans, des associations LGBT en régions ont été
exclues des cérémonies officielles et les recommandations
gouvernementales aux préfets sont restées très en
deçà des espérances associatives. [d] Pride : faut-il être respectable ? Les difficultés que connaît la scène militante
LGBT ne sont pas seulement liées à la question de la représentativité
des différentes associations qui la composent : elles sont
aussi le résultat d'une vision différente de l'homosexualité,
de sa place dans la société, de sa visibilité, de
la respectabilité comme on disait naguère./ "Lorsqu'on
a rejeté notre candidature comme membre de l'Inter-LGBT, Certains
nous ont dit que nos pratiques activistes allaient nuire à leur
travail et les empêcher d'être crédibles aux yeux de
leurs interlocuteurs, rappelle Pascale Berthault des Panthères
Roses. Nous considérons que le radicalisme est important parce
qu'il nous valorise pour ce que nous sommes et pas comme les autres souhaiteraient
que l'on soit"./ "Leur radicalisme nous est objectivement utile
dans la mesure où il nous permet d'être plus écoutés
de nos interlocuteurs ministériels. Pour autant, il ne correspond
pas à notre méthode qui est de mener un travail de fond
en privilégiant le dialogue... quand il est possible" avance
l'Inter Centres-LGBT. Une position que ne partage pas du tout Gay Lib'.
"L'importance de l'image est primordiale, explique Stéphane
Dassé. Nous devons montrer que nous sommes des citoyens comme les
autres. Les manifestations radicales comme celles des Panthères
Roses ou d'Act Up ne font pas avancer la cause, elles nous marginalisent
même alors que tout notre travail consiste à ne pas marginaliser
les gays et à faire comprendre qu'ils constituent un enjeu électoral". L'INTER CENTRES
LGBT fédère les CGL de France et leurs Membres associés.
Les 37 Membres de l'INTER CENTRES LGBT sont les sept CGL d'Angers, Lille, Lyon, Metz, Paris et Reims, et leurs 30 Membres associés à Amiens, Bordeaux, Caen, Chartres, Chauny, Cherbourg, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble et Lyon, au Mans, à Massy, Marseille, Mont-de-Marsan, Montpellier, Nancy, Nice, Nîmes, Nouméa, Orléans, Rennes, Rivière-Salée, Rouen et Sarreguemines, au Tampon, à Toulouse, Tours, Troyes, Valence et Versailles. Les 37 Membres de l'INTER CENTRES LGBT fédèrent 138 organisations et 2.546 militant/es lesbiennes, gaies, bi ou trans à travers toute la France. Ils accueillent environ 30.104 personnes par an (données 2003/2004 recueillies auprès de 21 Membres). L'INTER CENTRES LGBT est soutenue par le SNEG et par Connection. Elle est membre du Collectif pour une autorité indépendante universelle de lutte contre les discriminations et des Gais et lesbiennes branchés.
PRESS RELEASE No.IC/CP/05/34 Marriage and Parenthood
[English translation of the above French original text. In the event of any differences between the English translation and the French original, the French text shall prevail. Translated by T.E.] Equality of rights - No interference from the Vatican!
V6IC__200505311230JFLA/ R11-2 / 3-7 Réponses aux six questions
posées par "Illico" le 26 mai
http://inter-centres-lgbt.org/11R/11Rcp28.html Mis en ligne le 17 juin 2005 INTER CENTRES LGBT Alliance des Centres lesbiens, gais, bi & trans de France et de leurs Membres associés Association loi 1901 fondée le 12 décembre 1998, déclarée le 5 novembre 2003 (J.O. du 22 novembre 2003) contact@inter-centres-lgbt.org - http://inter-centres-lgbt.org/ c/o J'En Suis, J'Y Reste, Centre gai & lesbien de Lille - 19, rue de Condé - 59000 Lille Sept Membres titulaires : CGL Paris, Couleurs Gaies - Centre LGBT de Moselle (Metz), Ex Æquo (Reims), FGL Lyon, J'En Suis, J'Y Reste (CGL Lille), Quazar (Angers) et Reims Liberté Gaie Vingt-cinq Membres associés : An Nou Allé ! (CGL Martinique), Arc-en-ciel 31 (Toulouse), ARIS (Lyon), CGL Nîmes, CGL Rennes, CIGaLes (Dijon), C.I.GA.LE. (Grenoble), Enfants terribles (Caen), GAG Loiret (Orléans), HOMogênE (Le Mans) et Homo-Sphère (Nouméa) (Associations affinitaires), Mimi (Nice), Siegfried des anciens Enfants terribles (Cherbourg), François de l'ancienne Maison de l'homosocialité de Bordeaux, Bernadette de l'ancienne Maison des homosexualités de Touraine et Jean-Gabriel de l'ancienne Homosphère (Troyes) (Correspondants locaux), Agayri Sud-Est (Valence), Aisne Gaie (Soissons), Arc-en-ciel 28 (Chartres), Comme ça ! (Rouen), Émergence 57 (Sarreguemines), G2L (Mont-de-Marsan), Gay-Union (Le Tampon), Homonyme (Nancy) et Mémoire des sexualités (Marseille) (Observateurs) Données à jour au 11 octobre 2004 UNIR LES FORCES MILITANTES, PARTAGER LES EXPÉRIENCES © INTER CENTRES LGBT - Merci de consulter les informations légales relatives à l'utilisation des données du présent site Internet. L'INTER CENTRES LGBT est soutenue par le Syndicat national des entreprises gaies. |