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INTER CENTRES LGBT
PV9R
ANNEXE N°IC/9R/15/381/a (1/2)
<Position
| Boutin | Annexes>
*
LE FAIT L.G.B.T. DANS LE RAPPORT
DE CHRISTINE BOUTIN SUR LE SUICIDE
- Position incidente de David Auerbach, Administrateur du CGL Paris,
Membre de Couleurs Gaies, le samedi 6 mars 2004 -
- Avertissement liminaire : la présente position
nengage que son auteur -
- Vous trouverez à la suite de cette position le texte du rapport
et de ses annexes -
*

Non, ce nest pas à lIndex...
© AFP, 2002
*
<Position
| Boutin | Annexes>
<POSITION | A - Une analyse... |
B - Six propositions... | C - So
what ?>
§X0- RÉSUMÉ -A-
Le rapport sur lisolement et le suicide remis le 29 septembre 2003 par
Christine Boutin contient une analyse intéressante mais trouble
du suicide LGBT en France : intéressante, parce quelle
y reprend (rapidement) les thèses des associations LGBT quelle
a rencontrées. Trouble, parce quelle y révèle un
fond LGBTphobe mal liquidé. -B- Les six propositions
ensuite émises par la députée des Yvelines dans son
rapport seraient utiles mais sont présentées sans conviction.
Utiles parce quelles amèneraient des changements profonds de la
société française (une loi contre les LGBTphobies,
une AAI, une amélioration du statut des séropositifs/ves,
une enquête publique sur le lien entre suicide et sexualité,
des espaces daccueil pour les personnes victimes de LGBTphobies et une
plaquette dinformation dans lécole et dans les entreprises) ;
Présentées sans conviction, parce que sans dispositif daccompagnement,
sans engagement personnel et sans calendrier alors que 6.000 personnes
LGBT se suicideraient chaque année (soit 16 par jour).
-C- La "pasionaria anti-PaCS" semble avoir, dans une démarche
finalement assez intime proche de la pénitence, tenté de
réparer le mal fait durant la querelle du PaCS. Elle laisse
aux militantes LGBT une base précieuse à leurs
revendications, sans plus les convaincre ni peut-être se convaincre,
et sans laisser augurer, cinq mois après, dune intensification
prochaine des politiques publiques de lutte contre le suicide LGBT.
§X1- Dans les 290 pages
de son épais rapport sur lisolement et le suicide en France, remis
au Premier ministre le 29 septembre 2003, la "pasionaria anti-PaCS",
qui sétait signalée par ses positions LGBTphobes lors des
débats parlementaires sur le PaCS de 1998 et 1999 et lors de la
manifestation anti-PaCS du 31 janvier 1999, névoque pas une seule
fois lidentité LGBT. Elle évoque cependant lhomosexualité
(et lhomophobie) à deux reprises : une fois pour analyser
le suicide LGBT (A), une autre pour le traiter (B).
En quelques mots : "méritant mais peut mieux faire" (C).
[NB : le texte de son rapport relatif à lanalyse
du suicide LGBT apparaîtra ci-dessous en cliquant
ici ; le texte des solutions quelle envisage en cliquant
ici.]
* *
*
§X2- A- UNE
ANALYSE INTÉRESSANTE MAIS TROUBLE - Christine Boutin change,
ce qui étonnera heureusement les militantes LGBT (A.1),
mais reste fidèle à elle-même... ce qui rassurera
pieusement ses propres militantes (A.2).
[NB : le texte de son rapport relatif à lanalyse
du suicide LGBT apparaîtra ci-dessous en cliquant
ici.]
*
§X3- A.1
- Une analyse intéressante (ou : De lheureuse conversion
de Christine Boutin) - Dans la partie I de son rapport, Les
réalités de lisolement, Christine Boutin trace une
"typologie de lisolement lié à lhomosexualité"
que ne renierait pas le/la premier/e militant/e LGBT venu/e, allant même
jusquà évoquer, de manière saisissante quand on
la connaît et quand on sait quelle avait inscrit labrogation du
PaCS à son programme de candidate à lélection présidentielle
de 2002, une "revendication légitime dégalité"
(titre I.B.3). La députée des Yvelines semble reprendre
avec une certaine fidélité quelques-unes des analyses des
associations et des personnalités LGBT ou LGBTphiles quelle a
rencontrés : Sida Info Service, le Centre Gai et
Lesbien, Membre de lINTER CENTRES LGBT à Paris et
en Île-de-France, Ex Æquo, Membre de lINTER CENTRES LGBT
à Reims et dans la Marne, Le Refuge et le psychologue Eric
Verdier, quelle mentionne ; le psychologue clinicien Didier Appourchaux
et Jean-Luc Roméro (quon ne présente plus), quelle ne
mentionne pas. Elle pousse lobligeance jusquà reprendre en annexe
le texte intégral de leurs contributions (le Centre Gai et Lesbien,
Membre de lINTER CENTRES LGBT à Paris et en Île-de-France,
étant curieusement classé dans les "institutions"
avec les "associations de personnes handicapées"...
lapsus freudien ?).
[NB : le texte de ces annexes apparaîtra ci-dessous
en cliquant ici.]
§X4- Quelles analyses reprend-elle
dans son titre I.B.3 ? En substance, Christine Boutin évoque
des "injustices", un "ostracisme", une
"discrimination" à lencontre des personnes homosexuelles,
"au quotidien, dans la vie professionnelle notamment".
Elle admet la notion dhomophobie, ce qui nétait pas acquis,
évoquant "linjure" aux homosexuels et la
"négation" de lhomosexualité commes les
formes active et passive de lhomophobie, ce qui dénote de sa part
une acuité intellectuelle certaine et méritoire sur ce point
de doctrine méconnu de nombreux/ses militant/es LGBT. Elle évoque
des "stéréotypes" (mot quelle souligne),
évoque "une sursuicidalité des jeunes qui
découvrent leur homosexualité dans un environnement homophobe",
évoque "lhomosexualité intériorisée".
Elle parle de "drame" lié à la "non-conformité
sexuelle" (sic), "source disolement social et de
solitude éprouvée". Elle évoque le lien
VIH/sida et suicide, son attention étant attirée par le
problème des relations des personnes séropositives "avec
les banques, et en particulier en ce qui concerne lobtention de
prêts bancaires" (elle souligne lensemble de cette citation).
§X5- Christine Boutin porte
donc à son texte une partie significative du discours militant
LGBT. On ne peut que lapprécier et saluer ce geste, voire peut-être
de sa part ce courage intellectuel. On peut cependant émettre des
réserves, non pas en raison du passé de la députée
des Yvelines, ni même en raison de son engagement supposé
auprès de lOpus Dei*, mais bel et bien en raison des failles,
nombreuses, que son texte révèle à un examen pas
même si exigeant que cela.
* http://www.monde-diplomatique.fr/1995/09/NORMAND/1804
*
§X6- A.2
- Une analyse trouble (ou : De la rassurante permanence de Christine Boutin)- On peut émettre ces réserves sur un mode quantitatif
(A.2.1) ou qualitatif, tant sur le registre psychanalytique
(A.2.2) que sur le registre linguistique (A.2.3).
On peut également, après avoir dénoncé les
défauts de cette analyse, dénoncer ses omissions (A.2.4).
§X7- A.2.1
- Huit paragraphes, 704 mots - La première réserve
quil est possible démettre est purement quantitative :
sur les 290 pages dun rapport consacré à un fait
de société, le suicide, qui concernerait pour moitié
les personnes LGBT, Christine Boutin consacre en tout et pour tout 8
paragraphes soit 704 mots à lanalyse du suicide LGBT. Cest
bien peu. En outre, il est possible démettre des réserves
qualitatives sur ces 704 mots.
§X8- A.2.2
- Lapsus linguæ ?
- a/ Demblée, Christine Boutin donne un peu rapidement
un caractère absolu à une analyse qui, bien quelle recouvre
une tendance très ponctuellement observée, mériterait
grandement dêtre relativisée : "Avec le V.I.H.,
lhomosexualité a perdu le caractère tabou quelle
a longtemps revêtu..." Si lon a très ponctuellement
pu observer des coming-out facilités par lannonce dune
séropositivité, la vérité sociale semble
généralement être toute autre : dans limmense
majorité des cas, le poids écrasant de la sérophobie
vient au contraire sajouter à celui des LGBTphobies pour stigmatiser
les personnes LGBT, séropositives ou non, dans leurs entourages
familial et professionnel ou dans leur voisinage. Pourquoi diantre alors
Christine Boutin tient-elle une telle affirmation ? On peut tout
simplement penser, en termes psychanalytiques, quelle projette :
pour elle, très fervente catholique, les personnes LGBT ne sont-elles
pas devenues fréquentables à partir du moment où
elles ont été "frappées" par la maladie,
vue comme une épreuve divine qui les aurait grandies ?
b/ Dans cette même phrase, Christine Boutin
semble parler avec une relative réticence de "revendication
légitime dégalité", puisquun lapsus
sans doute freudien lempêche de manière piquante de préciser
quil sagit de la revendication légitime dégalité
des personnes homosexuelles -quelle évoque pourtant par
la suite : cest "la revendication légitime dégalité"
toute seule, légalité toute nue posée là
sur la commode, légalité entre personne et personne...
Comme sil lui était pénible dénoncer tout de
go, dun trait, cette notion dégalité des personnes homosexuelles :
Avec le V.I.H., lhomosexualité
a perdu le caractère tabou quelle a longtemps revêtu.
En effet, il a fallu parler de ce qui était caché et
intime afin de pouvoir faire face à la maladie. La revendication
légitime dégalité a permis...
c/ Ensuite, quand la députée de
Rambouillet aborde lhomophobie, elle précise aussitôt
que cest là notion dont le contenu est "encore débattu"
au sein "même" de la communauté homosexuelle,
comme sil lui fallait impérativement la relativiser immédiatement
après lavoir admise... Ce qui serait une manifestation insolite
dhomophobie "refoulée" survenant chez Christine Boutin
au moment même où elle dénonce lhomophobie "défoulée"
de la société, dernière résistance peut-être
dun sur-moi qui saccroche.
d/ Encore, quand elle veut évoquer lhomophobie
intériorisée, elle se prend les pieds dans le tapis et
parle "dhomosexualité intériorisée",
peut-être autre lapsus freudien indiquant que justement ce sur-moi
qui saccroche aimerait bien que lhomosexualité soit le plus
intériorisée possible !... À tout le moins,
signe que la notion dhomophobie nest pas encore entièrement
un acquis de la pensée Boutin.
e/ Enfin, quand elle veut évoquer la discrimination
homophobe, elle se reprend les pieds dans le tapis et parle de "discrimination
sexuelle" !... Mélangeant ainsi allègrement,
dans une belle confusion qui fera la joie du lecteur ou de la lectrice
freudien/ne, la discrimination à raison de lidentité
LGBT et celle à raison du sexe. Péchés véniels
admettons-le, signes peut-être dun certain trouble dune femme
conservatrice dont la plume tremblerait fort sur ces sujets brûlants,
moins préoccupants en tout cas que dautres failles plus troublantes.
§X9- A.2.3
- Les mots pour ne pas le dire - Outre ses lapsus ou approximations
dans le maniement des subtilités théoriques de la question
LGBT, la députée se met souvent à distance danalyses
quelle expose alors davantage quelle ne les avance :
Pour
le psychologue Éric Verdier... Il constate, pour sa part,
une sursuicidalité des jeunes qui découvrent leur homosexualité...
Selon le Centre Gai et Lesbien de Paris... Ex Æquo
remarque que "lensemble de ces facteurs conduit
à une sur-suicidalité des jeunes LGBT" [entre
guillemets]... Les injures sexuelles sont, toujours selon
ces mêmes responsables associatifs... On imagine
parfaitement que des personnes homosexuelles conçoivent
un fort sentiment disolement, susceptible de conduire
à une tentative de suicide...
§X10- "Pour...
Pour sa part... Selon... Remarque... [Guillemets...] Toujours selon...
On imagine... Conçoivent... Susceptible... Tentative..."
Autant de termes, dexpressions, de signes typographiques ou de
choix de registre de vocabulaire qui laissent plus ou moins volontairement
entendre que la députée ne reprend pas, ou pas complètement,
à son compte les propos quelle rapporte. Certes, à côté,
elle utilise également laffirmatif. Mais elle ne semble à
aucun moment simpliquer, ce quelle nhésite pas à faire
à dautres moments du rapport. Elle reste constamment descriptive
et ne parle que de ce dont dautres parlent. Elle semble redouter le
registre émotionnel voire simplement empathique. Elle emploie
le "on" quatre fois pour personnifier le narrateur quelle
est, jamais le "je" (ou le "nous" de convenance
pour un auteur) :
On estime la vulnérabilité
des jeunes garçons homosexuels face au suicide quatre à
sept fois plus élevée que la moyenne... Le nombre dindividus
concernés, homosexuels ou à orientation bisexuelle,
nest pas inférieur à 10%, soit, pour la France,
au moins 6 millions de personnes, sans que lon puisse
estimer la validité de ce chiffre... On peut comprendre
leurs motifs... On imagine parfaitement...
§X11- Cest à
peine si un timide "moi" apparaît au détour dune
phrase, et encore est-il tronqué :
Les représentants de ces mêmes
associations ont également tenu à malerter...
§X12- Mais ses quelques
affirmations et cet unique et partiel "moi" sont me semble-t-il
concurrencés par le triple relativisme de la phrase conclusive
de ce titre I.B.3 :
Au total, on imagine parfaitement
que des personnes homosexuelles jeunes ou pas confrontées
à lune ou plusieurs de ces situations en conçoivent
un fort sentiment disolement, susceptible de conduire
à une tentative de suicide.
§X13- Cest "on"
qui parle : pas Christine Boutin. Cest "on" qui parle,
cest "on" qui est là, Christine Boutin nest pas là,
à tout le moins ne se "mouille pas". Ce "on"
ne fait "quimaginer". Et ce "on" ne fait "quimaginer"
des choses seulement "susceptibles" daboutir à des
"tentatives" : un phénomène "imaginaire"
ne saurait être bien grave. Christine Boutin donne le sentiment
de chercher à timorer son propos : ne finit-elle pas, à
force, par le minorer ? Les 6.000 personnes LGBT qui décèderaient
chaque année dun suicide (soit plus de 16 chaque jour) ne se
contentent pas, elles, dimaginer leur tentative de mort
susceptible. Elles provoquent leur mort effective,
si lon peut dire elles la vivent. Mais cette mort reste pour Christine
Boutin de lordre de limaginaire, sans accéder à la case
"Convictions" de son cerveau.
§X14- A.2.4
- Le "continent noir" de Christine - Christine Boutin,
cest dailleurs évident dans lintitulé de son titre,
Lisolement lié à la sexualité, qui
méconnaît la question du genre, parle des "personnes
homosexuelles" sans saisir quon ne peut envisager de traiter le
suicide LGBT que si lon envisage la question LGBT tant dans son unicité
LGBT que dans ses particularismes lesbien, gai, bi et trans. Elle évoque
certes une fois les "individus à orientation bisexuelle",
une fois le suicide des "jeunes garçons homosexuels",
mais en reste globalement à un amalgame (les personnes homosexuelles)
qui, outre toutes les réserves que le terme dhomosexuel appelle
depuis sa naissance à la fin du XIXème siècle,
concerne éminemment dans son esprit comme dans le sens commun
les seuls gais. Christine Boutin na pas encore tout à fait saisi
quil existe des personnes lesbiennes, des personnes gaies et des personnes
bi et elle na pas encore saisi du tout quil existe des personnes trans.
Elle na pas capté le terme LGBT dans le discours de ses interlocuteurs/trices.
Si les termes en "homo" (homosexuel/le(s),
homosexualité, homophob(i)e) figurent 15 fois dans
son texte, les termes en "bi" ne figurent quune fois,
les termes en "lesb" et en "trans" jamais
(si lon exclut la mention du nom de lassociation Centre Gai et
Lesbien...). Il ne sagit pas seulement dun problème de
vocabulaire ; il sagit dune vision de la société
et des politiques quil est concevable ou inconcevable de mettre en
place ; il sagit des morts quon envisage déviter et de
celles quon pourra dautant moins éviter quon ne les aura ni
vues ni prévues.
§X15- Lautre pan du continent
noir de Christine Boutin est la séropositivité :
si elle distingue bien les contours de la séronégativité
menacée, autre projection personnelle bien compréhensible
("... ces appelants ou ces visiteurs, souvent submergés
par la peur dêtre devenu malade..."), les terres
de la séropositivité restent dans les brumes de sa navigation.
Elle voit certes le problème du non-respect de la convention
Bélorgey : cest bien ; cest peu ; cest bien
peu. Tout particulièrement, elle ne voit ni le problème
de la sursuicidalité des personnes séropositives ni celui,
partiellement lié, de lexposition des personnes LGBT aux conduites
à risque. Les problèmes du barebacking notamment
demeurent ainsi terra incognitæ pour Christine Boutin qui
réussit même lexploit, ailleurs dans son rapport (sous
le titre I.A.2 Sentiment de solitude et détresse
morale), de faire état de son entretien avec Sida Info Service
sans évoquer une seule fois le VIH, le sida ou la condition des
personnes séropositives... quelle névoque pas plus sous
le titre I.B.2 Lisolement dû à des
problèmes de santé, pourtant a priori tout
destiné ! Le terme "sida" ne figure que deux fois
dans son rapport, sous le présent titre I.B.3 (si lon exclut
la mention du nom de lassociation Sida Info Service...), le
terme "V.I.H." une fois, les termes en "séro"
(séropositivité, séropositif/ve(s),
sérophobie) pas une seule fois de tout le rapport annexes
comprises. Encore une fois, il ne sagit pas dun problème de
vocabulaire : il sagit de déni, si ce nest de mépris.
Une seule phrase pourrait laisser croire à une certaine empathie
de Christine Boutin, lorsquelle parle du non-respect de la convention
Bélorgey, mais elle emploie alors une expression tellement allusive
et contournée quelle pourrait tout aussi bien laisser croire
au contraire à un curieux mélange de sérophobie
et de LGBTphobie :
Cette forme de discrimination par
la santé, assimilée par beaucoup à une discrimination
sexuelle (on peut comprendre leurs motifs)...
§X16- Que veut dire lexpression
"on peut comprendre leurs motifs" ? On peut les
comprendre, parce que quon est solidaire du sentiment de rejet quils/elles
éprouvent alors ? Ou lon peut les comprendre, parce quon
est singulièrement bien placé pour savoir que cest vrai ?
Ou lon peut les comprendre, mais pas les approuver ?... À
force de manipuler le sujet avec des pincettes (et sans doute aussi
avec un masque et avec des gants Mapa), sans vouloir se mouiller, sans
vouloir choquer dans les chaumières de Rambouillet, à
force de vouloir se garder la possibilité de soutenir devant
son électorat ultramontin quelle na pas approuvé un
discours "dhomosexuels prosélytes", Christine Boutin
dépasse la distance à laquelle elle veut sans doute accéder
et accède à lambiguïté.
*
§X17- Il y a donc beaucoup
à redire sur lanalyse de Christine Boutin. Il faudrait pourtant
être de mauvaise fois pour ne pas reconnaître, au-delà
de ses lapsus, de ses distanciations et de ses lacunes, la justesse globale
des vues de la députée lorsquelle analyse le lien entre
identités LGBT et suicide : elle en dit peu, bien peu, elle
semble se réserver la possibilité de dire ultérieurement
quelle na jamais dit ce quelle dit, mais ce quelle dit est grosso
modo correct. Las... si le diagnostic du docteur Boutin est riche
en promesses, force est de constater que son ordonnance ne les tient guère.
Comme loasis du Capitaine Haddock, le grand soir de la LGBTphobie de
Christine Boutin séloigne alors quon croit lapprocher.
>Résumé<
* *
*
<Position
| Boutin | Annexes>
<POSITION | A
- Une analyse... | B - Six propositions... | C - So
what ?>
§X18- B-
SIX PROPOSITIONS UTILES MAIS PRÉSENTÉES SANS CONVICTION
- Les propositions de Christine Boutin sont en effet courageuses (B.1)...
mais pas téméraires (B.2).
[NB : le texte des solutions quelle envisage apparaîtra
ci-dessous en cliquant ici.]
*
§X19- B.1
- Six propositions utiles (heureuse surprise...) - Dans sa partie IV,
Quatre urgences pour répondre aux quatre crises,
Christine Boutin évoque (1°) une "loi densemble
pénalisant les propos discriminatoires", (2°) une
"autorité administrative indépendante de lutte contre
les discriminations", (3°) une "modification de lapproche
des maladies dans leur ensemble", (4°) une "étude
sur les liens entre suicide et sexualité", (5°) un
"accueil par des travailleurs sociaux formés à ce
type de problématique dans des espaces de parole neutres",
et (6°) une "plaquette dinformation en vue de sensibiliser
les parents, les enseignants et le monde professionnel aux difficultés
de ces personnes". Et cest tout. Cest beaucoup par rapport
à ce quon pouvait attendre de la députée des Yvelines.
Cest beaucoup par rapport à ce qui existe aujourdhui : chacune
de ces propositions, si elle était appliquée, serait une
petite révolution en soi. Mais cette ambition même est suspecte,
dans la mesure où elle devrait sappuyer sur un certain nombre
déléments qui manquent cruellement.
*
§X20- B.2
- Six propositions présentées sans conviction (rassurante permanence...)
- Les six propositions évoquées par Christine Boutin
tiennent en 2 paragraphes et 235 mots. En 235 mots hélas, pas la
place de mettre plus que six propositions toutes nues (B.2.1),
pas la place de prévoir un agenda tellement superflu (B.2.2),
pas la place dentrer dans les détails et de sortir dun conditionnel
bien compréhensible (B.2.3), pas la place de
rattraper le retard pris dans la partie analytique concernant les questions
lesbienne, bi, trans et séropositive (B.2.4).
§X21- B.2.1-
"Cest un peu court..." - La députée
minorant le phénomène du suicide LGBT dans son analyse,
il est logique que ses propositions ne soient pas à la hauteur
de lenjeu : environ 6.000 personnes LGBT décédées
chaque année dun suicide, la première ou deuxième
cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 34 ans.
Ses six propositions seraient, appliquées, autant de petites
révolutions, mais quels aménagements institutionnels,
politiques ou sociaux prévoit-elle pour les accompagner et pour
permettre quelles puissent effectivement se réaliser ?
Aucun. Évidemment : 235/6=39,17... Et 39 mots par proposition,
cest un peu court pour développer. On conçoit. Christine
Boutin ressemble à un architecte estimant utile de construire
une tour de 50 étages et qui décrirait minutieusement
le 22ème... sans se préoccuper des 49 autres et encore
moins des fondations.
§X22- B.2.2-
Problème de timing - En toute logique, des propositions
sont émises dans loptique de les voir un jour mises en uvre.
À quel horizon Christine Boutin appelle-t-elle de ses vux
la mise en uvre de ses propositions ? À aucun. Des
propositions sans calendrier sont-elle encore des propositions ?
Naccèdent-elles pas au rang de suppositions ? dimaginations ?
dutopies nayant pas nécessairement vocation à se concrétiser ?...
de, on nose le dire, simples "vux pieux" ?
§X23- B.2.3
- Liberté conditionnelle - De même que Christine
Boutin paraissait quelque peu à distance des analyses quelle
portait à son texte dans son titre I.B.3, elle paraît quelque
peu à distance des mesures quelle évoque dans ce titre IV.
En effet, elle utilise pour les trois premières (1°, 2°
et 3°) le conditionnel et non lindicatif : "serait
une première étape pour favoriser le respect mutuel...",
"pourrait aider les victimes...", "permettraient
déviter certaines discriminations..." Notons ici, qui plus
est, quelle parle de "favoriser le respect mutuel",
sans doute soucieuse de lutter contre linsupportable hétérophobie
qui fait des milliers de victimes chaque année... Sans compter
que la loi (1°) et lAAI (autorité administrative indépendante) (2°)
envisagées sont peu ou prou des engagements déjà
pris par Jacques Chirac avant même le 29 septembre, date
de remise du rapport. Comme on le dit familièrement, Christine
Boutin "ny est pas vraiment", elle ne prend pas vraiment
le sujet très à cur.
§X24- Quant aux deux dernières
propositions (5° et 6°), elles pourront pour leur part "être
envisagées dans un deuxième temps..." :
étant donné que le "premier temps" nest lui-même
pas fixé dans le temps, ça laisse de la marge. Seule la
quatrième proposition a le privilège dêtre présentée
comme "nécessaire" : encore sagit-il de réaliser
"un enquête" (sic) sur les liens entre suicide et sexualité.
Si une telle étude est effectivement indispensable et attendue
des associations LGBT, le fait que ce soit la seule mesure présentée
de manière soutenue par Christine Boutin montre quel crédit
elle a accordé à ce que ces associations lui ont dit...
Il est logique de demander à se renseigner avant que dagir contre
un phénomène quon estime imaginaire. Pour Christine Boutin,
lurgence en matière de suicide LGBT, cest donc dattendre.
Il faut, certes, collecter des données, mener "un enquête",
mais il faut surtout attendre. Pendant que Christine Boutin estime
si urgent dattendre, environ 16 personnes LGBT mettraient chaque jour
fin à leurs jours : au moins nont-elles plus besoin dattendre.
Christine Boutin na pas compris que lurgence en matière de
suicide LGBT, cest dagir et pas dattendre.
§X25- B.2.4
- Terre inconnue, terre perdue - Les personnes lesbiennes, bi,
trans et séropositives sont aussi méconnues de Christine
Boutin dans sa partie propositionnelle que dans sa partie analytique.
Les mots "V.I.H." et "sida", qui se voyaient gratifier
de trois occurrences dans celle-ci, ne sont même plus mentionnés :
la députée yvelinoise parle des "maladies"...
>Résumé<
* *
*
<Position
| Boutin | Annexes>
<POSITION | A
- Une analyse... | B - Six propositions... |
C - So what ?>
§X26- C -
SO WHAT ? - Les personnes LGBT ou en interrogation
se suicideraient ou tenteraient de se suicider cinq fois plus que lensemble
de la population. Les personnes LGBT jeunes et les personnes LGBT séropositives
semblent significativement surexposées à ce risque suicidaire
déjà surélevé. Une personne sur deux qui se
suiciderait ou tenterait de se suicider serait concernée par une
thématique LGBT. Une personne concernée par une thématique
LGBT sur deux tenterait, à un moment ou à un autre de sa
vie, de mettre fin à ses jours, ou envisagerait sérieusement
de le faire.
§X27- Autant dire que le
fait LGBT devrait être central dans tout ouvrage sur le suicide
digne de ce nom. Christine Boutin ne lévoque pas une seule fois,
pas une seule, PAS UNE SEULE, PAS UNE SEULE !, dans lintroduction
ou dans la conclusion de son rapport. Elle évoque à foison
les petites vieux/vieilles abandonnées
par leurs familles indignes, elle disserte longuement sur les liens distendus
dune démocratie quon devine gangrenée par la permissivité
(ou, comme elle le dit de manière plus allusive, par la "confusion
ambiante"), mais elle joue petit jeu sur lenjeu principal du
suicide en France. Elle tient une analyse finalement ambitieuse sur le
lien entre identités LGBT et suicide, mais cest une montagne qui
accouche dune souris. En termes juridiques, elle ne déduit pas
les conséquences politiques de ses propres constatations. Elle
ne donne pas à son analyse les suites propositionnelles que le
lecteur / la lectrice était en toute logique en droit dattendre :
les six propositions quelle avance, qui seraient pour chacune dentre
elles une petite révolution en soi, souffrent de nêtre portées
par aucun dessein densemble sur la question LGBT, de lacunes préoccupantes
comme sur la suicidalité des personnes séropositives, et
surtout dune absence flagrante de réelle volonté politique
sur ce dossier.
§X28- Christine Boutin
a fait son pensum, elle a accomplit un effort héroïque en
apprenant à "parler homosexuel" lespace de 10 paragraphes
(pas un de plus, pas un de moins), mais inutile dattendre quoi que ce
soit dautre de sa part et surtout pas une réforme densemble de
la société machiste et patriarcale. Elle a été
mandatée le 17 avril 2003 pour un rapport rendu le 29 septembre :
elle a donc disposé de 165 jours pour mener ses investigations ;
au bout de ces 165 jours, elle a pu rédiger 939 mots sur le suicide
LGBT. Le présent texte qui les commente en compte à lui
seul quelque 4.300...
§X29- Peut-être avait-elle
le sentiment davoir été trop loin en 1999... Sans doute
avait-elle beaucoup à se faire pardonner auprès dun électorat
curieusement moins LGBTphobe que la société... Faudrait-il
lui dire merci de sa bonne action ? Sa pénitence nous vaudra
désormais de pouvoir nous appuyer sur un rapport public pour demander
la satisfaction de nos revendication. Voir plus dans ce texte trouble,
en tout cas troublant, peut-être troublé, qui me semble perclus
de conservatisme mal refoulé, me paraîtrait abusif. Quant
à Tatie Christine, elle est passée à autre chose :
elle vend son "dividende universel" et rêve à
son destin national. >Résumé<
|
David AUERBACH,
Administrateur du CGL Paris,
Membre de Couleurs Gaies
|
|
NB :
Le texte du rapport est copié-collé
du site Internet officiel de la députée missionnée*.
Les décomptes ont été effectués sur ce
site, le 6 mars 2004, à laide du moteur de recherche
dInternet Explorer 5.1.6 sous MacOS 8.6. Merci de me signaler
toute éventuelle erreur.
* http://isolement.frs-online.org/
<POSITION | A
- Une analyse... | B - Six propositions... |
C - So what ?>
<Position
| Boutin | Annexes>
Mis en ligne le 7 mars 2004. Mis à
jour le 12 mars 2004
INTER CENTRES LGBT
Alliance des Centres lesbiens, gais, bi & trans de France et de leurs
Membres associés fondée le 12 décembre 1998, déclarée
le 3 novembre 2003
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- http://inter-centres-lgbt.org/
- c/o JEn Suis, JY Reste, Centre gai & lesbien de Lille - 19, rue de
Condé - 59000 Lille
Huit Membres titulaires : Arc-en-ciel 31 (Toulouse), CGL Paris,
Couleurs Gaies - Centre LGBT de Moselle (Metz),
Ex Æquo (Reims), FGL Lyon, JEn Suis, JY Reste (CGL Lille),
Quazar (Angers), Reims Liberté Gaie
Dix-neuf Membres associés : Alter Égaux (Nancy), ARIS (Lyon),
CGL Nîmes, CGL Rennes, CIGaLes (Dijon), C.I.GA.LE. (Grenoble),
Enfants terribles (Caen), GAG Loiret (Orléans),
HOMogênE (Le Mans) (Associations affinitaires),
Mimi (Nice), Siegfried des anciens Enfants terribles (Cherbourg),
François Garrido de lancienne Maison de lhomosocialité
de Bordeaux et Bernadette de lancienne Maison des homosexualités
de Touraine (Correspondants locaux),
Agayri Sud-Est (Valence), Aisne Gaie (Soissons), Arc-en-ciel 28 (Chartres),
Comme ça ! (Rouen), Gay-Union (Le Tampon) et Mémoire des sexualités (Marseille)
(Observateurs)
Données à jour au 13 février 2004
UNIR LES FORCES MILITANTES, PARTAGER LES EXPÉRIENCES
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gaies.

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