Paris, le 22 avril 2003

L'ordre moral contre le suicide :
le remède pire que le mal ?

Homosexualités et Socialisme (HES) émet de vives réserves en apprenant que le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, a confié à Christine Boutin (députée ex-UDF devenue UMP) une mission sur les causes du taux de suicide particulièrement élevé en France, spécialement chez les jeunes.

Pour avoir travaillé sur le sujet depuis quelques années, HES recommande à la chargée de mission la lecture du remarquable ouvrage d'Éric Verdier et Jean-Marie Firdion, "Homosexualités & Suicide", qui pourrait lui éviter des contre-sens concernant le cas des jeunes à orientation sexuelle "non conventionnelle" et l'aider à proposer des réponses pertinentes. On peut en effet s'indigner de la nomination d'une députée qui fut la pasionaria traditionaliste des anti-Pacs et la thuriféraire de la Bible à l'Assemblée nationale, craindre une analyse biaisée de la réalité sociale et s'inquiéter du texte même de la lettre de mission : la famille traditionnelle et la religion y sont déjà érigées comme un rempart contre le suicide des jeunes.

Afin d'être vraiment constructif, il conviendrait de renforcer les moyens de l'Union Nationale pour la Prévention du Suicide (UNPS) qui co-organise depuis 7 ans la Journée Nationale de Prévention du Suicide (JNPS). Cette association structurée et compétente pourrait, sans dogmatisme ni intolérance, conseiller utilement ce gouvernement pour qu'il mette enfin en place une politique de prévention du suicide, comme le recommandait déjà en 2001 la DREES du ministère de la Santé (rapport n° 109 d'avril 2001) et comme avait commencé à le faire Bernard Kouchner, avec par exemple la circulaire du 6 avril 2002 (DGS/SD6C n° 2002-258).

Ce n'est pas de la compassion ni des larmes d'une représentante des ultra-conservateurs que la société française a besoin en matière de prévention du suicide, mais d'une véritable politique laïque et multi-référentielle dotée de réels moyens financiers.