Véronique Dodin

Malgré un match de coupe de football qui, par la victoire de la France sur l’Italie le jour de notre arrivée, n’inclinait pas nos hôtes à la plus grande courtoisie; malgré un Saint Père bien peu acquis à la cause de nos amis et amies; malgré quelques pickpockets qui ont dû boire à la santé de certains Gais Musette; malgré l’absence de Marcello pour me sortir de la fontaine cette nuit-là...  Rome s’est offerte à nous, ainsi qu’à quelques milliers de pèlerins invertis.

Et quand Rome s’offre, on en a plein les mirettes : sous un soleil resplendissant, de beaux parcs où trônent des ruines antiques, des plages de sable blond en guise de banlieue, des palais Renaissance remplis d’oeuvres d'art, peu d’établissements gays ou lesbiens, mais beaucoup de boutiques de mode très abordables et tant de fontaines, de places, d’églises (plus de 364)... Et un Vatican, ma foi très propre, dont le faste éblouit mais masque mal une idéologie qui fait de l’homophobie un de ses credo. Voyez-vous cet Etat dirigé uniquement par des hommes en robe où règnent les arts décoratifs et la mise en scène, à tel point qu’on pourrait facilement imaginer que Michel-Ange ou quelque souverain pontife auraient bien pu, eux aussi, être des garçons trop sensibles.

Nombreux furent les dîners en plein air accompagnés de tangos et madisons dansés sur le pavé romain; nombreux furent les moments un peu décontractés où nos adhérentes - pourtant représentantes de la fille aînée de l’église ! - qui les pieds dans l’eau d’une fontaine, qui dégustant une glace, lançaient des oeillades à ces jeunes romaines aux épaules nues.

Bref, l’esprit si parisien des Gais Musette s’est teinté, le temps d’un pèlerinage peu orthodoxe, d’un air de vacances romaines. Moi-même, Véronique Dodin, je me suis vue, un court instant, parée d’une longue chevelure d’ébène, avec de grands yeux bruns, serrée dans une jupe fleurie et dans un chemisier d’un blanc éclatant, rentrant avec mes voisines du marché, pourvue de tout l’accommodement nécessaire au plat de pâtes à préparer pour un mari volage mais si charmeur et si attaché à notre ribambelle d’enfants. Et je me suis sentie heureuse…

 

 
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© Les Gais Musette - Page mise à jour le 30/8/2000