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1er décembre : journée mondiale du sida

Il est des rendez-vous qu'on aimerait ne plus avoir à honorer. La journée mondiale du sida, qui se tient le 1er décembre depuis 12 ans, est de ceux-là.

Comme tous les ans, les associations françaises de lutte contre le sida organisent des manifestations un peu partout en France. A Paris, un rassemblement est prévu à 18 heures, place des Vosges.

De son côté, le président Chirac recevra Jean-Albert Gastaut, professeur de médecine à l'Institut Paoli-Calmette de Marseille, qui préside le Conseil national du sida. Le professeur Gastaut présentera au président les dernières avancées en matière de traitement, et, comme il le confie dans une interview au journal La Provence, il insistera auprès de lui pour que l'on accélère les procédures permettant aux malades en échec thérapeutique d'avoir accès aux nouvelles molécules.


Un monde à deux vitesses

En prévision de la journée mondiale du sida, l'ONU-SIDA a publié fin novembre un bilan chiffré qui permet de mieux saisir l'ampleur de la maladie. Il y a actuellement 33,6 millions de séropositifs et de malades sur la planète. Rien que pour 1999, le sida a tué 2,6 millions d'hommes, de femmes et d'enfants. Le nombre total de morts depuis le début de l'épidémie est de 16,3 millions. Mais le plus dramatique sans doute est que 5,6 millions de personnes ont été infectées par le VIH pour la seule année qui vient de s'écouler.

Ces chiffres bruts masquent une autre réalité. Les hommes ne sont pas égaux face à la maladie. Les habitants de l'Europe et de l'Amérique sont beaucoup moins frappés par l'épidémie que ceux d'Afrique et d'Asie. 90% des populations touchées se concentrent sur ces deux derniers continents. Ces disparités s'expliquent par des motifs économiques : les riches, vivant dans les pays développés ont accès à l'information et aux traitements. Ils survivent. Les pauvres, qui ne sont pas touchés par les campagnes de prévention et qui sont incapables de payer leurs médicaments, périssent.

En France même, des disparités apparaissent. L'association Migrants contre le sida constate qu' «un gouffre se creuse entre malades issus de l'immigration». Le rapport Delfraissy (1999) pointe «l'arrivée récente dans les services de patients [d'origine immigrée] vus pour la première fois souvent au stade SIDA non traités». En deux ans, selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), la proportion des malades étrangers parmi l'ensemble des cas de SIDA est passée de 14 % (1 sur 8) à 20 % (1 sur 5). Les inégalités se creusent, car le système de santé est fondé sur la discrimination entre Français et Immigrés, entre régularisés et sans papiers, bref, entre riches et pauvres. «C'est l'apartheid médical» conclut Migrants contre le sida, «il existe un lien direct entre l'urgence des malades dans les pays du Tiers-monde, et celle des immigrés malades, installés dans les pays riches».

Ce monde à deux vitesses décrit par les associations de lutte contre le sida est causé par les laboratoires qui détiennent les molécules anti-VIH, analyse Act Up. Dans un communiqué virulent, les activistes constatent : «Au Nord, les laboratoires tardent à lancer leurs molécules sur le marché alors que presque 8000 personnes sont en échappement thérapeutique. Au Sud, ces mêmes laboratoires continuent à appliquer une marge coût/profit intolérable qui a pour seul effet de laisser le virus décimer les populations».

Du coup, Act Up déclare la guerre aux laboratoires et exige des industriels du sida : (Abbott, B.M.S., Boehringer, Chiron, DupontPharma, Gilead, GlaxoWelcome, Merck, Pharmacia&Upjohn, RhônePoulenc, Roche, ScheringPlough, Triangle.) :

  • qu'ils produisent et distribuent en masse les nouvelles molécules
  • qu'ils mettent en place une tarification des médicaments adaptée aux pays en développement
  • qu'ils cessent leurs pression sur les gouvernements et les instances internationales pour conserver le monopole de la production et de la distribution des traitements

Jean-Benoît RICHARD

FQRD

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