Le Royaume-Uni condamné pour
son interdiction des homosexuels dans l'armée
La Cour Européenne des droits de l'homme a rendu le
27 septembre deux arrêts qui condamnent la Grande Bretagne
pour son attitude à l'égard des homosexuels dans
l'armée. Dans les affaires Lustig-Prean
et Beckett c. Royaume-Uni et Smith et Grady c. Royaume-Uni,
la Cour a conclu à une violation de l'article 8 de la
Convention européenne des droits de l'Homme ; ce jugement
doit mettre fin à l'exclusion des homosexuels de l'armée
britannique.
Duncan Lustig-Prean et John Beckett, Jeanette Smith et Graeme
Grady appartenaient à l'armée britannique. Ils
furent l'objet d'une enquête de la police militaire à
propos de leur homosexualité, qu'ils ont tous reconnue,
puis d'une révocation administrative motivée uniquement
par leur orientation sexuelle. Ils furent renvoyés respectivement
entre 1993 et 1995, de la marine et de l'armée de l'air
en application de la politique du ministère de la Défense
qui exclut systématiquement les homosexuels de l'armée.
Une fois de plus, la Cour a reconnu, non la discrimination,
mais la violation du droit au respect de la vie privée
: elle estime, selon le communiqué
publié par le
greffe, « que l'enquête menée sur les
préférences
sexuelles des requérants ainsi que la révocation
de ceux-ci des forces armées s'analysent en des ingérences
particulièrement graves dans le droit des intéressés
au respect de leur vie privée ».
C'est la première fois que la Cour reconnaît
l'hétérosexisme et assimile explicitement l'homophobie
au racisme et au sexisme. La Cour considère en effet que
les arguments présentés par le ministère
de la Défense « correspondent aux préjugés
des hétérosexuels » et ont la même
valeur que « des attitudes négatives analogues envers
les personnes de race, origine ou couleur différentes
». En outre, elle réfute explicitement les arguments
selon lesquels «l'homosexualité soulève
des problèmes d'une nature et d'une acuité que
ne revêtaient pas les questions tenant à la race
et au sexe » et « l'admission d'homosexuels
poserait des problèmes particuliers quant au partage de
logements et d'autres services collectifs».
Les arrêts deviennent définitifs si, dans un
délai de trois mois, aucune partie ne demande un renvoi
devant la Grande Chambre, renvoi qui n'est accepté par
la Cour que dans des cas exceptionnels.
Ces décisions confirment, dans la lignée des
affaires Dudgeon et Norris (voir la section Conseil
de l'Europe dans nos documents) le rôle prééminent
de cette juridiction dans la reconnaissance des droits des homosexuels
en Europe.
Conséquences et réactions. Les deux arrêts
ont été accueillis avec la plus grande satisfaction
par les associations gaies et lesbiennes, notamment par Stonewall
et Outrage!, mais aussi partout en Europe.
L'ILGA-Europe appelle l'Allemagne, la Grèce, la Pologne
et la Turquie à lever les restrictions aux emplois militaires
des homosexuels.
En Allemagne, l'homosexualité est une cause de disqualification
pour des emplois d'officier ou d'instructeur. Le ministre de
la défense, Rudolf Scharping, a récemment soutenu
ces restrictions, déclarant que « l'homosexualité
est une cause d'incertitude considérable sur la capacité
et barre l'accès à emplois de commandement, d'instruction
et d'entrainement en relation avec les soldats ». Ces
dispositions ne concernent que les officiers ayant une fonction
de commandement, qui se voient affectés à des fonctions
administratives, et non les appelés. D'après Gerald
Pilz, les arrêts de la Cour sont directement applicables
en Allemagne (ce ne sera le cas au Royaume-Uni que dans un an,
en vertu du Human Rights Act de 1998), ce qui devrait conclure
plusieurs affaires en cours.
En Grèce et en Pologne, selon l'ILGA-Europe, les personnels
homosexuels peuvent être démis pour cause de «
désordre de la personnalité » ; en Turquie,
une loi datant de 1996 stipule que les personnes qui ont des
« rapports sexuels contre nature » doivent
être exclus de l'armée.
Au Royaume-Uni, le gouvernement a accepté le jugement
et suspendu hier toutes les procédures disciplinaires
contre les homosexuels dans l'armée. La Cour aura ainsi
évité au gouvernement britannique de prendre de
lui-même une décision à laquelle la hiérarchie
militaire s'oppose ou de se ridiculiser comme l'avait fait Bill
Clinton en 1994. En effet, l'ancien commandant des forces alliées,
le Général Anthony Farrar-Hocklea a réagi
en qualifiant ces arrêts de « ridicules ».
Le directeur du Christian Institute, Colin Hart, n'hésite
pas à parler d'une « violation de la vie privée
des soltats hétérosexuels... qui seront forcés
à dormir et à se doucher avec des hommes qui sont
sexuellement attirés par eux » !
René Lalement
[Le Conseil de l'Europe]
[La Convention
européenne des droits de l'Homme]
[Affaire Lustig-Prean et Beckett
c. Royaume-Uni]
[Affaire Smith et Grady
c. Royaume-Uni]
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