L'actualité en France

Petite chronique de la haine ordinaire

Nous avons décidé de publier ce témoignage très fort, diffusé par le CRSH, car il rappelle que si la condition des homosexuels évolue favorablement, l'intolérance et la bêtise existent toujours, et qu'il ne faut pas baisser les bras.

Dimanche 30 mai, 19H30, après une promenade à VTT, je croise une connaissance sur les bords du canal de la Deûle à Lille, non loin du lieu de drague bien connu. Nous avons été interpellé par trois individus, accompagnés de trois chiens (2 Rockwellers et 1 berger allemand).

L'un d'entre eux, Frédérick Verdière, 24 ans, s'adresse à mon ami : "Eh, toi, donne moi ton portable qui pend à ta ceinture ! ". Il s'approche de lui pour lui arracher. Stupeur. Mouvement de recul de notre part, juste le temps pour mon ami de recevoir un violent coup de poing dans le nez. Le sang coule. Un second s'approche, Alain Dierick, 21 ans, il me bouscule "Toi, donnes moi ton vélo!". Je refuse et reçois aussi sec un direct du droit, puis un deuxième et un troisième. Je suis vite aveuglé par le sang qui coule.

Un troisième larron reste à l'écart, c'est Richez, le beau-père de Dierick. Les bêtes tirent sur les laisses, montrent les crocs, aboient, effrayants. "Si tu réponds, on lâche les chiens !". Sous les coups répétés, je trébuche sur la berge glissante et tombe dans la Deûle avec mon vélo, les remous de l'écluse ne sont pas loin. Je suis un bon nageur pourtant. Je bois la tasse plusieurs fois, il me faudra beaucoup d'efforts pour nager et remonter à la surface.

Mon agresseur est sur la berge, et me lance plusieurs grosses pierres extraites du remblai, je les évite avec le bras.

Pendant la diversion que constitue ma noyade, les deux autres laissent s'échapper la deuxième victime que j'aperçois prendre la fuite. Ses vêtements sont déchirés, il a la tête en sang. Verdière s'est bien occupé de lui : "Juste une simple claque, Monsieur a le nez fragile sans doute ! " dira-t il plus tard à la police. Dierick me laisse enfin et rejoint ses camarades dans la poursuite.

Enfin libéré, je réussi à sortir de l'eau et à me diriger tant bien que mal, malgré mon entorse, vers le pont du périphérique sur le quel un homme qui a tout vu a appelé la police avec son portable.

Plusieurs voitures de police arrivent très vite, dont la Brigade anti-criminel, matraque et revolver au poing, ils arrêtent les agresseurs, ceux-ci n'opposent aucune résistance : ils avaient abandonné leur chasse et s'étaient assis sur une pelouse, félicitant leurs bêtes.

Au commissariat, je porte plainte et les trois hommes sont placés en garde à vue pour interrogatoire. La police me laisse une heure, dans une salle d'attente, en sang et trempé. Richez est libéré dès le lendemain, aucune charge ne pèse contre lui. La justice se met au travail : Verdière et Dierick sont déférés devant le parquet de Lille le 1er juin. Le jugement est reporté au 28 juin pour que je puisse prendre un avocat, Maître Céline Marchand (que je salue au passage), conseillée par Sylvain Ladent, président du CRSH (Comité de Reconnaissance Sociale des Homosexuel-les). Les faits sont incontestables et incontestés par les agresseurs eux-mêmes. De nombreux témoins se sont manifestés (La police a reçu 5 appels en 2 minutes).

Leur avocat, aura beaucoup de mal à les défendre. Le verdict du 28 juin 1999 conclue à de la prison ferme : 1 an pour Verdière (récidiviste et sous suivi psychiatrique) et 6 mois pour Dierick, assorti d'une amende de 10 000 Francs pour préjudice subi.

Nota Bene : Lors de l'audience, il a été demandé à Verdière d'expliquer l'origine de l'agression, il a répondu : "c'est normal, monsieur le président, c'étaient des homos et puis c'était la fête des mères, on avait bu et on voulait s'amuser" et Dierick de rajouter "Je lui ai jeté des pierres à la tête parce qu'il n'arrêtait pas de crier, je voulais qu'il se taise !"

Renaud - LILLE - la victime

PS : Dierick ne fera sa peine que pendant ses vacances, en effet, il a trouvé un emploi deux jours avant le verdict qui lui permettra de rembourser sa dette (prélèvement sur salaire). Verdière, sans emploi, est en prison depuis le 28 juin au soir. Grâce aux remises de peine traditionnelles du 14 juillet, il peut compter être libre dès mars ou avril 2000. Peut-être alors la prochaine fois, il ne laissera pas sa victime lui échapper. L'autre victime, peut-être plus blessée que moi n'a pas porté plainte à ce jour.

FQRD

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