| |
|
|
Les Républicains, s'ils n'ont pas perdu la majorité qu'ils détenaient, ont perdu les élections de mi-mandat le 3 novembre dernier : ayant pris le parti d'incarner une droite conservatrice et moralisatrice, ils ont été désavoués par les électeurs, dégoutés par la surenchère du Monicagate et les attaques contre les homosexuels et l'avortement. La Démocrate Tammy Baldwin, du Winsconsin, est devenue la première femme ouvertement lesbienne élue à la Chambre des Représentants, dont les tous les 435 sièges étaient en jeu. Elle est aussi la seule des candidats non-sortants ouvertement homosexuels à être élue. Dans l'État de Washington, l'ex-colonel Margarethe Cammermeyer, qui avait été forcée à quitter l'armée et dont le personnage fut incarnée à la télévision par Glenn Close, n'a recueilli que 45 % des votes contre 55% au Républicain sortant. En Californie, la Démocrate Christine Kehoe est battue, par 47% contre 49 % au représentant sortant, ainsi qu'en Oklahoma, le Démocrate Paul Barbya. Les deux représentants sortants ouvertement gais sont réélus : il s'agit du Démocrate Barney Frank, du Massachusetts, réélu sans difficulté (et sans adversaire!), et du Républican Jim Kolbe, de l'Arizona. Contrairement à Baldwin, ils n'avaient révélé leur homosexualité qu'après avoir été élus, ce qui ne les a pas empéché d'être réélus. Au Sénat, dont 34 sièges étaient en jeu, deux résultats étaient particulièrement attendus. À New York, le Républicain sortant Alfonse D'Amato, bien que soutenu par la direction nationale du HRC, a été battu par le Démocrate Charles Schumer, soutenu par les gais et lesbiennes new-yorkais. En Californie, la Démocrate sortante Barbara Boxer, est réélue contre un candidat qui avait fait un don de 50000 $ à un groupe de pression traditionnaliste. Cette journée d'élections a été aussi l'occasion d'un certain nombre de référendums locaux. À Hawaï et en Alaska, plus des 2/3 des électeurs ont approuvé des amendements constitutionnels relatifs au mariage : à Hawaï, l'amendement reconnaît à la constitution de l'État la possibilité d'être ultérieurement amendée afin de restreindre le mariage aux couples hétérosexuels. Le Gouverneur Ben Cayetano, qui était favorable à cet amendement, veut maintenant faire avancer le projet de loi de "partenariat domestique", qui donnera aux couples homosexuels un certain nombre d'avantages réservés aux couples mariés, et qui serait la première loi de ce genre au niveau d'un État. En Alaska, l'amendement adopté spécifie désormais qu'il ne peut y avoir mariage dans cet État qu'entre un homme et une femme. La Californie et le Vermont devraient être les prochains États à connaître une bataille contre le mariage homosexuel. Un autre référendum local, en Caroline du Sud, proposait un amendement à la constitution de l'État supprimant les dispositions interdisant les mariages interraciaux ; bien ces dispositions aient été rendues caduques par la décision de la Cour Suprême il y a 30 ans, le fait que 40% des votants se soient exprimés contre cette abrogation montre que la question est loin d'être résolue aux États Unis. Le Sénateur Ted Kennedy déclarait récemment que « les droits civils restent l'oeuvre inachevée de l'Amérique » et exprimait le souhait que le nouveau Congrès s'engage dans un programme audacieux en matière de droits civils.
Les anglais et la « mafia gay » Deux ministres ouvertement homosexuels figurent dans le gouvernement de Tony Blair : la ministre de l'environnement Angela Eagle, et le ministre de la culture Chris Smith. Bien que cela soit sans précédent, et dans un pays qui continue à traiter l'homosexualité de façon très disciminatoire, cela n'a pas posé le moindre problème ni aux milieux politiques ni à la presse. Cependant, le 27 octobre dernier, le secrétaire aux Pays de Galles, Ron Davies, a été contraint de démissioner après une mésaventure nocturne dans un lieu de drague homosexuel bien connu. Immédiatement accusé d'être gai par la presse, Davies, 52 ans, (re-)marié et père d'une fille, a réfuté ces accusations, sans convaincre la presse ni ses collègues qui l'ont très mollement soutenu. Le soir, un ancien député conservateur lui-même ouvertement gai, Matthew Parris, déclarait à la télévision qu'il y avait au moins deux ministres homosexuels, Chris Smith, et Peter Mandelson (commerce et industrie). Ce dernier, déjà plusieurs fois qualifié de « gay » a toujours refusé d'évoquer son orientation sexuelle ; contrairement à Davies, il est non marié et n'a jamais prétendu être hétérosexuel. Peu après, pour éviter un « outing » imminent par les News of the World, c'est au tour du très populaire ministre de l'agriculture Nick Brown, à se déclarer homosexuel ; contrairement à Davies, dont « l'erreur de jugement » avait été sévèrement appréciée par Blair, le ministre de l'agriculture a reçu un soutien total de la part du gouvernement. Norman Tebbit, ancien ministre conservateur et membre de la chambre des Lords réagissait à cette affaire en déclarant que les homosexuels devraient être tenus à l'écart des postes de responsabilité gouvernementale et évoquait une « conspiration gaie ». Le Sun, le plus gros tirage des quotidiens anglais, demandait « Dis-nous la vérité, Tony ... Sommes-nous gouvernés par une Mafia Gay ? », en invoquant le droit du public de savoir si les hommes d'influence au gouvernement, dans les médias et dans les palais royaux étaient gais, tout en se défendant de la moindre homophobie. Le Mirror, concurrent du Sun, ouvra alors une ligne téléphonique où ses lecteurs pouraient à la question « Voulez-vous connaître la sexualité de votre député? ». Sur les appels reçus, 15000 affirmaient leur indifférence à cette question, contre 9000 qui s'en préoccupaient. Ces affaires ont ouvert deux débats. Le premier, récurrent, porte sur le droit au respect de la vie privée qui n'est absolument pas reconnu par le droit anglais, alors que c'est l'un des piliers du droit français. Le second porte sur la reconnaissance sociale de l'homosexualité. Un sondage, réalisé auprès de 1222 adultes par téléphone les 6 et 7 novembre et publié le 10 novembre par le Guardian, montre qu'à 56 contre 36%, les électeurs considèrent qu'être gai est moralement acceptable, les femmes étant plus tolérantes que les hommes (resp. 61% et 51%). Les résultats de ce sondage et de la ligne d'appel du Mirror indiquent un décalage entre l'opinion publique d'une part et une presse populaire très conservatrice : l'acceptation de l'homosexualité gagne du terrain, et les attitudes évoluent. C'est ainsi que le parti conservateur, qui s'était engagé aux Communes en faveur de l'égalisation des âges de consentement, n'a pas apprécié les déclarations de Tebbit, et que le Sun a pris l'engagement de ne plus faire de «outing » des homosexuels. Une conséquence de cette évolution, que révèle en particulier le traitement différencié réservé par Blair à Brown et Davies, est que l'homosexualité accidentelle de ceux qui vivent dans un placard meublé, avec femme et enfants, sera d'autant moins moralement acceptable que l'homosexualité ouverte sera acceptée. |
|
|
1/12/98 © Gais et Lesbiennes Branchés |