Une loi plus large contre les discriminations au travail
Les députés ont adopté le 12 octobre
un projet de loi qui renforce la répression des discriminations
dans le cadre du travail. Le texte a été rédigé
par Jean Le Garrec, et présenté au nom de tout
le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale.
Un amendement déposé au nom du Gouvernement
par Martine Aubry, ministre du Travail, précise explicitement
que ces nouvelles dispositions concernent également les
discriminations fondées sur «l'orientation sexuelle».
La précision est importante, car l'ancienne rédaction
utilisait le terme «moeurs» et était
trop vague pour permettre des poursuites dans les cas d'homophobie.
La charge de la preuve assouplie
Pour plus d'efficacité encore, le projet de Jean Le
Garrec bouleverse la charge de la preuve. Désormais, ce
n'est plus à l'employé seulement de démontrer
qu'il a fait l'objet de brimades. Il doit apporter des éléments
de fait qui laissent supposer l'existence d'une discrimination ;
dès lors que ces éléments sont suffisants,
il appartient à l'employeur de prouver que sa décision
ne se fonde pas sur un motif discriminatoire, mais sur des éléments
objectifs. Il appartient ensuite au juge de se forger une conviction.
De même, les délégués du personnel,
les syndicats et les inspecteurs du travail disposent désormais
d'un droit d'alerte de l'employeur, puis des prud'hommes. Cette
notion est importante, car peu de salariés osaient entamer
eux-même des poursuites, par peur de sanctions ultérieures.
Dans son rapport, la commission des affaires sociales de l'assemblée
nationale constate «s'il n'existe pas de recensement
des plaintes déposées en la matière, les
chiffres communiqués par certains parquets attestent de
la rareté des procédures : en 1997, 16 plaintes
dans le ressort de la Cour d'appel de Caen, 16 à Rouen,
10 à Pau. Plus rares encore sont les condamnations :
toutes procédures confondues, elles s'élevaient
à 74 en 1995 et 81 en 1996».
Un engagement du gouvernement
Ce nouveau dispositif résulte d'un engagement pris
par Martine Aubry au nom du gouvernement, lors de la dernière
Lesbian and Gay Pride, dont le thème était «l'homophobie
est un fléau social». Au mois de juin, quelques
jours avant la manifestation, des membres de son cabinet ont
reçu une délégation d'associations homosexuelles.
Au cours de cette rencontre, les conseillers de Madame Aubry
avaient promis que le ministère du Travail répondrait
aux préoccupations de la LGP par un aménagement
de la loi de modernisation sociale. C'est chose faite, juste
avant que Madame Aubry ne rende son portefeuille ministériel
pour se consacrer aux élections municipales.
Il est incontestable que ces nouvelles dispositions contribueront
à améliorer la situation des gais et des lesbiennes
sur leur lieu de travail. Elles faciliteront surtout leur défense.
Pour autant, la nouvelle loi n'englobe pas tous les domaines
de la vie quotidienne. Il reste encore des avancées significatives
à faire.
Documents annexes :
Jean-Benoît
RICHARD
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